Six semaines après son entrée fracassante à Wall Street, SpaceX s’apprête à dévoiler mardi 4 août ses premiers résultats trimestriels en tant qu’entreprise cotée. Selon BFM Bourse, les investisseurs scruteront moins les chiffres eux-mêmes que le message porté par Elon Musk, ainsi que l’appétit du marché pour les actifs à haut risque.

L’enjeu est de taille : après un départ à 135 dollars par action le 12 juin, le titre a reculé de près de 20 %, évoluant actuellement autour de 108 dollars. Pis encore, il a chuté de 52 % depuis son plus haut historique du 16 juin. Une contre-performance qui reflète les craintes croissantes des marchés autour de l’intelligence artificielle (IA), secteur clé pour SpaceX via sa filiale xAI et ses futurs centres de données Colossus.

Ce qu'il faut retenir

  • SpaceX publie mardi 4 août ses premiers résultats trimestriels depuis son introduction en Bourse le 12 juin, à un prix de 135 dollars par action.
  • L’action a perdu 20 % depuis son introduction, avec un recul de 52 % depuis son plus haut historique du 16 juin, autour de 108 dollars.
  • Les analystes anticipent un chiffre d’affaires de 6,85 milliards de dollars pour le deuxième trimestre, en hausse de 68 % sur un an, mais avec une perte opérationnelle attendue de 1,62 milliard de dollars.
  • L’expiration de clauses de « lockup » à partir du 6 août pourrait libérer jusqu’à 911,5 millions d’actions, soit près de 50 % de plus que lors de l’introduction en Bourse.
  • La gestion de la dette et des dépenses d’investissement dans l’IA sera scrutée de près par les investisseurs, alors que SpaceX a levé 86 milliards de dollars en juin tout en émettant 25 milliards de dollars d’obligations.

Un contexte boursier peu favorable à l’optimisme

Le marché affiche une méfiance grandissante envers les promesses de croissance de l’IA, un secteur où SpaceX mise gros. Les « hyperscalers » comme Amazon, Microsoft ou Oracle, déjà très actifs, alimentent les craintes d’une saturation des dépenses dans ce domaine. Pour rappel, SpaceX a levé 86 milliards de dollars lors de son introduction en Bourse, puis émis 25 milliards de dollars d’obligations quelques jours plus tard. Une stratégie qui interroge, d’autant que l’entreprise n’est pas désendettée.

Selon S&P Global, le ratio de dette nette de SpaceX rapportée à son résultat brut d’exploitation ajusté reste élevé. L’agence souligne également que le groupe brûle actuellement du cash et ne devrait pas dégager de flux de trésorerie positif avant 2029. « SpaceX apparaît comme un signal d’alerte utile face aux excès spéculatifs et à une dynamique qui s’essouffle », a déclaré Stephen Innes, de Spi AM.

Malgré ce contexte, l’action de SpaceX s’échange encore à un multiple de 76 fois son dernier chiffre d’affaires, bien au-dessus de celui de Nvidia (22,3 fois), ce qui interroge sur la soutenabilité de cette valorisation.

Des résultats attendus, mais un message plus important encore

Les analystes tablent sur un chiffre d’affaires de 6,85 milliards de dollars pour le deuxième trimestre 2026, en progression de 68 % sur un an. La croissance devrait être tirée notamment par l’IA, avec une hausse de 176 % du chiffre d’affaires de cette division. Cependant, la perte opérationnelle attendue s’élève à 1,62 milliard de dollars, avec une charge supplémentaire de 2,3 milliards de dollars imputable à la division IA.

Mais au-delà des chiffres, c’est la crédibilité du discours d’Elon Musk qui sera déterminante. Dans une note publiée vendredi, les analystes de Bernstein, dirigés par Douglas Harned, ont souligné que « les résultats trimestriels ne devraient pas avoir d’importance. Ce qui comptera, c’est le niveau de confiance affiché par la direction quant à la trajectoire de croissance de l’entreprise ». Une logique qui rappelle celle observée chez Tesla, autre société du milliardaire.

« Le marché n’est plus disposé à financer toutes les promesses futuristes sans se demander ce qu’elles coûtent », a ajouté Stephen Innes, pointant du doigt la difficulté pour SpaceX de justifier l’alourdissement de ses dépenses d’investissement (« capex ») dans l’IA. Une tâche que même Amazon a réussi à mener à bien récemment, mais qui s’est soldée par des échecs pour Alphabet, Meta et Tesla.

Le casse-tête des « lockup » et leur impact sur le flottant

Autre sujet de préoccupation majeur : l’expiration des clauses de « lockup ». Ces engagements, courants lors des introductions en Bourse, interdisent aux actionnaires de vendre leurs titres pendant une période déterminée. Pour SpaceX, cette période arrive à échéance deux jours après la publication des résultats, soit le 6 août.

Selon les calculs de Morningstar, l’expiration de ces clauses pourrait théoriquement libérer plus de 6,4 milliards d’actions sur le marché. Un volume colossal qui pourrait peser lourdement sur le cours du titre. « C’est à ce moment-là que les investisseurs ayant investi avant l’introduction en Bourse auront la possibilité de vendre près d’un milliard d’actions », résume Nicolas Owens, analyste chez Morningstar. Plus précisément, jusqu’à 911,5 millions de titres supplémentaires pourraient être mis en vente, soit près de 50 % de plus que lors de l’introduction en Bourse.

« Nous pensons que la plupart des actions disponibles seront mises sur le marché, car les vendeurs actuels bénéficient d’un faible coût d’acquisition et ont détenu leurs titres pendant de longues périodes », estime Nicolas Owens. Pour lui, « il est concevable qu’une grande partie de la récente chute du cours de l’action SpaceX soit précisément due à l’anticipation de la dilution liée à l’expiration des périodes de blocage ».

Zephirin, cité par Dow Jones Newswires, met en garde : « L’ampleur de cette libération potentielle de titres risque de créer une pression technique importante et d’accroître la volatilité du cours de l’action à court terme ».

Un effet domino sur les fonds indiciels (ETF)

L’augmentation du flottant de SpaceX pourrait également contraindre les gestionnaires de fonds indiciels à se renforcer sur le titre. « La raison de cet effet d’entraînement tient au mode de calcul de la pondération d’une action dans les indices, qui reflète la capitalisation boursière d’une entreprise ajustée en fonction du flottant », explique Morningstar.

« Si le cours de l’action reste inchangé, un triplement du nombre d’actions en circulation — comme cela pourrait se produire pour SpaceX d’ici fin septembre — triplerait la capitalisation boursière de l’entreprise. Cela signifierait alors que la pondération de SpaceX serait également multipliée par trois. Cela ne se produit toutefois pas en temps réel, car les fournisseurs d’indices réévaluent généralement le flottant chaque trimestre », précise l’intermédiaire financier.

« SpaceX apparaît comme un signal d’alerte utile face aux excès spéculatifs et à une dynamique qui s’essouffle. »
Stephen Innes, analyste chez Spi AM

Et maintenant ?

Les prochains jours seront décisifs pour SpaceX. La publication des résultats mardi soir donnera une première indication de la capacité du groupe à rassurer les investisseurs sur sa croissance future, notamment dans l’IA. La gestion des dépenses et la crédibilité du discours d’Elon Musk seront au cœur des débats. Par ailleurs, l’expiration des « lockup » à partir du 6 août pourrait entraîner une volatilité accrue du titre, avec un impact potentiel sur les fonds indiciels. À suivre également : les annonces concernant le développement de la fusée Starship, dont dépend en grande partie l’avenir du groupe.

D’ici là, le marché devra trancher : SpaceX parviendra-t-il à convaincre que ses investissements massifs dans l’IA et les technologies spatiales sont justifiés, ou les investisseurs préféreront-ils attendre des preuves tangibles de rentabilité ?

Les « lockup » sont des clauses qui interdisent aux actionnaires de vendre leurs titres pendant une période donnée après une introduction en Bourse. Pour SpaceX, leur expiration à partir du 6 août pourrait libérer jusqu’à 911,5 millions d’actions supplémentaires, soit près de 50 % de plus que lors de l’introduction. Cela pourrait peser sur le cours du titre et accroître la volatilité.

Le principal défi pour SpaceX sera de justifier ses dépenses massives dans l’intelligence artificielle et les technologies spatiales, alors que le marché montre des signes de méfiance envers ces investissements à long terme. Les investisseurs attendent des preuves que ces dépenses se traduiront par une croissance durable et une rentabilité accrue.