Autant dire que le vent a tourné : ce qui était autrefois perçu comme une menace par les grandes banques américaines et européennes devient aujourd’hui un sujet d’intérêt stratégique. Selon nos confrères de Cryptoast, de plus en plus d’institutions financières envisagent désormais de lancer leurs propres stablecoins, ces tokens indexés sur des actifs stables comme le dollar ou l’euro. Une évolution qui s’observe aussi bien outre-Atlantique qu’au sein de l’Union européenne, alors que ces mêmes acteurs avaient initialement multiplié les critiques à l’encontre de cette innovation.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus d’une douzaine de projets de stablecoins sont actuellement en développement, dont plusieurs portés par des banques ou des consortiums bancaires, d’après les informations du Wall Street Journal.
  • Un consortium réunissant Bank of America, Wells Fargo, Santander et une dizaine d’autres institutions financières américaines travaille à la création d’un stablecoin mondial.
  • En Europe, le projet Qivalis vise à lancer un stablecoin en euro d’ici la fin de l’année 2026.
  • L’OCC, régulateur bancaire américain, constate une intégration croissante des stablecoins dans les plans d’affaires des banques soumises à son contrôle.
  • Des acteurs comme Circle (USDC) et Kraken obtiennent des licences bancaires, confirmant l’évolution du secteur.

Le revirement des banques face aux stablecoins

Il y a encore quelques années, les stablecoins étaient largement perçus comme une menace par les banques traditionnelles. Ces dernières minimisaient leur utilité tout en cherchant à protéger leurs parts de marché, notamment dans le domaine des dépôts bancaires. Pourtant, l’adoption massive de ces tokens par les entreprises et les consommateurs a fini par convaincre une partie du secteur financier de s’engager dans cette voie. Nathan McCauley, PDG de la société crypto Anchorage, a révélé au Wall Street Journal que son entreprise accompagnait actuellement plus d’une douzaine de projets de stablecoins, dont plusieurs émanaient directement de banques ou de consortiums dirigés par des banques.

Cette évolution s’inscrit dans un contexte où les acteurs non bancaires, comme Visa, BlackRock ou Google, ont déjà pris position dans l’écosystème des stablecoins. Leur participation au projet OpenUSD (OUSD) illustre l’attractivité croissante de ces instruments, poussant les banques à revoir leur position initiale. « L’intégration des stablecoins de paiement dans les plans d’affaires qui nous sont désormais présentés pour examen devient une pratique courante », a souligné Jonathan Gould, président de l’OCC, lors du Wyoming Blockchain Symposium organisé à Jackson Hole fin août 2026.

Les consortiums bancaires, nouvelle stratégie d’influence

Plutôt que de développer des stablecoins en solo, plusieurs institutions financières privilégient désormais la création de consortiums. Aux États-Unis, Bank of America, Wells Fargo et Santander font partie d’une alliance regroupant plus d’une dizaine de banques américaines, avec pour objectif de lancer un stablecoin à portée mondiale. En Europe, le projet Qivalis se concentre sur l’émission d’un stablecoin libellé en euros, avec une mise en circulation prévue avant la fin de l’année.

Ces initiatives collectives ne signifient pas pour autant que les participants renoncent à leurs propres ambitions. Certains membres de ces consortiums pourraient bien développer leurs propres tokens stables, comme en témoignent les projets récents apparus depuis le début de l’année. Cette tendance reflète une adaptation stratégique face à la concurrence des acteurs du numérique, mais aussi une volonté de maîtriser une technologie devenue incontournable dans les paiements transfrontaliers.

L’évolution du cadre réglementaire et l’arrivée de nouveaux acteurs

Le secteur bancaire n’est pas le seul à évoluer : les régulateurs prennent aussi acte de ce changement. Aux États-Unis, l’OCC a confirmé que l’intégration des stablecoins dans les modèles économiques des banques était désormais un sujet central. Cette reconnaissance s’accompagne de l’émergence de nouveaux acteurs hybrides, à mi-chemin entre la finance traditionnelle et l’écosystème crypto. Circle, l’émetteur de l’USDC, a obtenu en juillet 2026 une licence bancaire nationale aux États-Unis, tandis que Kraken ambitionne de devenir la première plateforme crypto à obtenir une licence bancaire européenne.

Ces développements illustrent une convergence croissante entre les mondes bancaire et crypto. Les licences obtenues par ces entreprises leur permettent de proposer des services financiers plus larges, tout en renforçant leur crédibilité auprès des régulateurs. Une dynamique qui pourrait accélérer l’adoption des stablecoins par le grand public et les entreprises, alors que les projets de tokens stables se multiplient depuis le début de l’année.

Et maintenant ?

Plusieurs échéances pourraient marquer les prochains mois dans ce domaine. D’une part, la finalisation du projet Qivalis, dont le stablecoin en euro devrait être lancé d’ici la fin 2026, pourrait servir de référence en Europe. D’autre part, l’avancée des travaux du consortium américain, dont les contours restent encore à préciser, donnera des indications sur l’ampleur de cette adoption bancaire. Enfin, l’évolution du cadre réglementaire aux États-Unis, notamment autour du projet de loi CLARITY Act, pourrait influencer la trajectoire des stablecoins dans les mois à venir. Reste à voir si ces initiatives suffiront à convaincre les derniers sceptiques, ou si de nouvelles résistances apparaîtront.

Une chose est sûre : la finance traditionnelle ne peut plus ignorer les stablecoins. Après avoir longtemps bataillé contre leur développement, les banques semblent désormais prêtes à en faire un pilier de leur stratégie digitale. Un revirement qui pourrait redessiner les contours de la concurrence dans le secteur des paiements.

Le principal moteur de ce revirement est l’adoption massive des stablecoins par les entreprises et les consommateurs, ainsi que la pression concurrentielle exercée par des acteurs comme Visa, BlackRock ou Google. Les banques ont fini par reconnaître que ces tokens répondent à un besoin croissant en liquidités et en rapidité dans les paiements transfrontaliers, une réalité qu’elles ne pouvaient plus ignorer.

Les principaux risques incluent la régulation encore floue dans certains pays, la concurrence accrue avec les acteurs traditionnels, et la volatilité potentielle si les actifs sous-jacents ne sont pas correctement sécurisés. Les banques devront aussi composer avec des exigences de conformité strictes, notamment en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et de transparence.