Les réserves de gaz de l’Union européenne pourraient atteindre leur niveau le plus bas depuis au moins cinq ans à l’aube de l’hiver 2026-2027, en raison du blocage du détroit d’Ormuz et d’autres facteurs structurels, selon BFM Business.

Ce qu'il faut retenir

  • Les stocks de gaz de l’UE devraient se situer autour de 76 % à la fin de la saison de remplissage (avril-octobre), soit le niveau le plus bas depuis 2021.
  • Cet objectif de 76 % reste en dessous de la cible de 90 % fixée après la crise énergétique de 2022.
  • Trois facteurs expliquent ce retard : un hiver long ayant vidé les réserves, le blocage du détroit d’Ormuz, et la réduction des importations de gaz russe.
  • Les prix du GNL sur le marché européen s’échangent actuellement autour de 43 €/MWh, soit 30 % plus cher qu’à la même période en 2025.
  • Si les températures chutent cet hiver, l’Europe pourrait devoir acheter du gaz en urgence sur les marchés spots, à des prix élevés.
  • Les nouvelles capacités de production de GNL aux États-Unis ne seront probablement pas opérationnelles avant 2027.

Un remplissage des stocks en dessous des attentes

Le cabinet de conseil Wood Mackenzie a indiqué au Financial Times que les installations de stockage de gaz de l’Union européenne devraient clore la saison de reconstitution des réserves — qui s’étend d’avril à octobre — avec un taux de remplissage de seulement 76 %. Ce chiffre, confirmé par les données de Gas Infrastructure Europe (GIE), représenterait le niveau le plus faible enregistré depuis 2021. Le cabinet Baringa, cité par l’agence spécialisée Montel, table quant à lui sur un taux de 75 %, soit un niveau quasi identique.

Ces prévisions sont bien en deçà de l’objectif de 90 % fixé par l’UE après la crise énergétique de 2022. Pire, ce remplissage à 75-76 % n’est même pas garanti, tant les incertitudes pèsent sur l’approvisionnement européen.

Un hiver long, un détroit bloqué et un divorce énergétique avec la Russie

Trois éléments expliquent ce retard inquiétant. D’abord, les stocks européens étaient déjà historiquement bas en avril, après un hiver prolongé ayant accru la consommation. Ensuite, le blocage du détroit d’Ormuz — artère majeure du transport maritime du gaz — a perturbé les flux d’approvisionnement en provenance du Moyen-Orient, notamment en provenance du Qatar, l’un des principaux fournisseurs de GNL de l’Europe. Enfin, l’arrêt progressif des importations de gaz russe, consécutif à la guerre en Ukraine, a réduit encore davantage l’offre disponible sur le marché.

Ces tensions surviennent alors que les nouvelles capacités de production de gaz naturel liquéfié (GNL) aux États-Unis — pourtant en cours de développement — ne devraient pas être opérationnelles avant l’hiver 2027. Une échéance trop lointaine pour soulager la situation immédiate.

Des prix du gaz déjà élevés et un risque de surcoûts en cas de vague de froid

Les prix du GNL sur le marché européen se situent actuellement autour de 43 € par mégawattheure, un niveau 30 % plus élevé qu’à la même période l’an dernier. Cette hausse reflète la rareté de l’offre et les tensions géopolitiques persistantes. Si les températures chutent cet hiver, l’Europe pourrait se retrouver dans une situation critique : des stocks insuffisants pour répondre à la demande obligeraient les pays à acheter du gaz en urgence sur les marchés spots, où les prix exploseraient immanquablement.

« Le risque est réel de devoir payer le prix fort pour attirer les cargaisons disponibles », souligne un analyste du secteur, cité par BFM Business. Une perspective d’autant plus inquiétante que les stocks actuels ne couvriraient probablement pas une demande soutenue en cas de vague de froid prolongée.

« Les niveaux de stockage actuels exposent l’Europe à un risque d’achats très coûteux en fin d’année, surtout si les températures deviennent rigoureuses. »

— Un porte-parole de Wood Mackenzie, cité par le Financial Times

Un contexte géopolitique toujours tendu

Le blocage du détroit d’Ormuz, situé entre le golfe Persique et le golfe d’Oman, est un enjeu stratégique majeur. Ce détroit concentre près de 20 % du commerce mondial de pétrole et une part significative des exportations de GNL qatari. Son obstruction — qu’elle soit volontaire ou accidentelle — peut avoir des répercussions immédiates sur les prix de l’énergie en Europe, déjà fragilisée par la réduction de ses approvisionnements en gaz russe.

Depuis 2022, l’UE a accéléré sa diversification énergétique, réduisant sa dépendance au gaz russe au profit de livraisons de GNL en provenance des États-Unis, du Qatar ou de l’Afrique. Pourtant, ces efforts ne suffisent pas à compenser la baisse de l’offre et les perturbations logistiques actuelles.

Et maintenant ?

Les prochains mois seront déterminants pour évaluer l’impact réel de ces tensions sur les stocks hivernaux. Les gestionnaires de réseaux de transport de gaz en Europe, comme GIE, devraient publier des mises à jour régulières sur l’état des réserves. Par ailleurs, la Commission européenne pourrait accélérer les discussions sur des mécanismes de solidarité entre États membres pour mutualiser les risques en cas de crise.

Côté approvisionnement, l’UE mise sur une augmentation des livraisons de GNL en provenance des États-Unis et du Qatar d’ici la fin de l’année. Cependant, ces volumes dépendront de la stabilité du détroit d’Ormuz et de la capacité des infrastructures portuaires européennes à absorber des volumes supplémentaires.

En définitive, l’hiver 2026-2027 s’annonce comme une période de forte vigilance pour les Européens, tant sur le plan énergétique qu’économique. La combinaison d’un approvisionnement incertain, de prix élevés et d’une demande potentiellement accrue en cas de grand froid pourrait peser sur le pouvoir d’achat des ménages et la compétitivité des industries.

En cas de pénurie, l’Europe pourrait recourir à des mécanismes de solidarité entre États membres, augmenter ses importations de GNL en provenance des États-Unis ou du Qatar, ou encore relancer temporairement certaines centrales à charbon. Les États pourraient aussi encourager des économies d’énergie chez les ménages et les industries pour limiter la demande.

Le détroit d’Ormuz est une route maritime incontournable pour les exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance du Qatar, l’un des principaux fournisseurs de l’Europe. Toute perturbation dans cette zone — qu’elle soit due à un conflit, à un accident ou à une décision politique — peut entraîner des retards de livraison, une hausse des prix et une pression accrue sur les stocks européens.