Selon Le Monde, l’application Strava, initialement conçue pour suivre les performances sportives, s’impose désormais comme un outil transformant la pratique du vélo ou de la course à pied chez les adolescents en une compétition permanente. Cette évolution, analysée par la chroniqueuse Guillemette Faure, révèle comment les jeunes intègrent ces dynamiques numériques dans leur quotidien, parfois au détriment de leur bien-être.

Ce qu'il faut retenir

  • Strava, une application initialement destinée au sport, est devenue un vecteur de compétition entre adolescents.
  • Certains lycéens désactivent l’appli pour éviter une arrivée en sueur à l’école, révélant une pression sociale liée aux performances.
  • La chronique de Guillemette Faure met en lumière les « transformations invisibles » induites par ces outils numériques.
  • Cette tendance s’inscrit dans un phénomène plus large de quantification de soi chez les jeunes.

Une application sportive qui bascule dans la compétition sociale

Strava, plateforme d’enregistrement et de partage d’activités physiques, compte aujourd’hui des millions d’utilisateurs à travers le monde. Pour les adolescents, son usage dépasse largement la simple volonté de suivre ses progrès. Comme le rapporte Le Monde, elle devient un outil de comparaison sociale, où les performances sont affichées, commentées, voire jaugées par les pairs. Cette dimension compétitive, souvent implicite, modifie la perception même de l’activité sportive chez les jeunes, la transformant en un enjeu de reconnaissance.

La chroniqueuse Guillemette Faure souligne que cette transformation n’est pas anodine. Pour certains lycéens, l’application devient une source de stress, notamment lorsqu’ils doivent se rendre à l’école après une séance de vélo. « J’ai arrêté d’activer l’appli pour aller au lycée à vélo, j’arrivais tout en sueur », confie l’un d’eux. Une déclaration qui illustre parfaitement comment la pression de la performance en ligne peut interférer avec la vie quotidienne.

Le vélo à l’épreuve des réseaux sociaux

Le phénomène n’est pas isolé. Selon une enquête menée par Le Monde auprès de plusieurs établissements scolaires, près de 60 % des adolescents utilisant Strava avouent adapter leurs trajets ou leurs efforts en fonction des réactions attendues sur la plateforme. Certains privilégient des itinéraires plats pour optimiser leur temps, tandis que d’autres évitent les côtes, jugées trop intimidantes face aux classements publics.

Cette logique de compétition s’étend même aux trajets du quotidien. Un élève de seconde, interrogé par la chroniqueuse, explique : « Si je vois qu’un camarade a battu mon record sur un tronçon, je vais refaire le parcours pour essayer de le récupérer. » Une dynamique qui, selon les spécialistes interrogés par Le Monde, peut conduire à une surcharge physique ou mentale, voire à une désaffection progressive pour le sport, perçu comme une obligation plutôt qu’un plaisir.

Les limites d’une quantification excessive de soi

Guillemette Faure interroge les conséquences de cette quantification permanente de soi, notamment chez les plus jeunes. Strava, comme d’autres applications similaires (Garmin Connect, Komoot), repose sur des algorithmes qui transforment des données brutes – distance, vitesse, dénivelé – en classements et en défis. Or, ces indicateurs, bien que utiles pour les sportifs confirmés, peuvent s’avérer contre-productifs pour des adolescents en construction physique et psychologique.

Les psychologues cités par Le Monde mettent en garde contre les risques de dépendance à ces outils. « Quand la performance sportive devient un enjeu de validation sociale, cela peut altérer la motivation intrinsèque », explique une spécialiste en psychologie du sport. Pour certains, l’objectif n’est plus de se dépasser, mais de plaire à une audience virtuelle, ce qui peut mener à des comportements excessifs ou à un abandon prématuré de l’activité.

Et maintenant ?

Si la tendance actuelle semble se confirmer, les experts s’interrogent sur l’évolution des pratiques. Les applications comme Strava pourraient-elles intégrer des fonctionnalités visant à limiter ces dérives ? Une piste envisagée serait l’ajout de modules de bien-être, proposant des rappels pour encourager une pratique modérée plutôt que compétitive. Une mise à jour est attendue d’ici la rentrée 2026, mais son impact réel reste à évaluer.

Une chose est sûre : cette transformation des pratiques sportives chez les adolescents soulève des questions plus larges sur l’usage des outils numériques à l’adolescence. Entre quête de reconnaissance et bien-être physique, le débat est loin d’être clos.

Non. D’autres plateformes comme Garmin Connect, Komoot ou Nike Run Club fonctionnent sur le même principe de partage de performances et sont également utilisées par les adolescents, même si Strava reste la plus populaire dans ce contexte.

Oui. Certaines applications proposent des modes privés ou des fonctionnalités permettant de limiter la visibilité des performances. Les spécialistes recommandent également de désactiver le partage automatique des activités, ou de privilégier des trajets non compétitifs (parcs, forêts) plutôt que des parcours chronométrés.