Alors qu’Israël occupe de larges portions du Sud-Liban, des communautés locales se retrouvent piégées entre les restrictions militaires et la destruction systématique de leurs moyens de subsistance. Un drapeau israélien flotte désormais à Naqoura, en plein territoire libanais, tandis que la route côtière, bordée autrefois de bananeraies, porte les stigmates des chenilles de chars. Selon Reporterre, cette occupation progressive isole les villages, en rase certains, et réduit à néant les champs et vergers qui faisaient la richesse de la région.
Ce qu'il faut retenir
- Naqoura, ville côtière libanaise, est désormais sous contrôle israélien avec un drapeau israélien visible en plein territoire souverain.
- La route côtière du Sud-Liban est barrée et endommagée par les engins militaires israéliens, rendant les déplacements quasi impossibles.
- Les vergers et champs d’oliviers sont systématiquement brûlés ou détruits, privant les agriculteurs de leurs ressources.
- Une majorité d’habitants ont été contraints à l’exil, tandis que ceux qui restent vivent sous la menace constante des restrictions.
Un territoire morcelé par l’occupation
À Naqoura, en plein mois de juillet, le soleil brille sur la Méditerranée, mais l’atmosphère est lourde. Un drapeau israélien flotte sur ce qui reste du territoire libanais, rappelant une présence militaire désormais permanente. La route qui longe la côte, autrefois animée par le commerce des bananes et des agrumes, est désormais barrée par des checkpoints improvisés et des traces de chenilles. Selon les habitants rencontrés par Reporterre, ces barrières empêchent tout accès aux terres agricoles voisines, transformant une région fertile en un no man’s land.
Les villages du Sud-Liban, comme Bint Jbeil ou Marjayoun, sont désormais coupés du monde. Les déplacements entre les localités sont soumis à des autorisations militaires israéliennes, souvent refusées. Les quelques habitants qui osent rester tentent de préserver leurs cultures, mais leurs efforts sont régulièrement anéantis par des incursions ou des tirs. Pour beaucoup, la seule option reste la fuite — soit vers Beyrouth, soit vers l’étranger.
Des terres agricoles ravagées, des vies brisées
Les oliveraies, symbole de la résilience paysanne libanaise, sont parmi les premières cibles. Selon des témoignages recueillis par Reporterre, des champs entiers sont incendiés ou piétinés par les véhicules militaires. « Ils m’empêchent de rejoindre mes oliviers », confie un agriculteur de la région de Tyr, dont le verger a été détruit lors d’un raid il y a deux mois. « Sans eux, nous n’avons plus rien. » Les cultures de légumes, autrefois exportées vers l’Europe, pourrissent sur place faute de main-d’œuvre et d’accès aux marchés.
Les dégâts ne se limitent pas aux cultures. Les infrastructures locales — puits, canalisations, routes secondaires — sont régulièrement endommagées lors des opérations militaires. Les Nations unies estiment que plus de 12 000 hectares de terres agricoles ont été rendus inutilisables depuis le début de l’occupation, en 2023. Pour les familles restantes, la survie dépend désormais de l’aide humanitaire, distribuée au compte-gouttes par des ONG locales.
Une population en sursis
Ceux qui n’ont pas fui vivent dans un état de précarité extrême. Les écoles sont fermées, les hôpitaux manquent de médicaments, et les coupures d’électricité sont quotidiennes. Un enseignant de Bint Jbeil, qui souhaite garder l’anonymat, explique : « Nous survivons, mais nous ne vivons plus. Les enfants n’ont plus accès à l’éducation, et les adultes passent leurs journées à chercher de la nourriture ou à réparer ce qui peut l’être. » Les marchés locaux, autrefois dynamiques, sont désormais réduits à quelques étals de fortune, approvisionnés par des camions israéliens — quand ils daignent passer.
La communauté internationale, pour sa part, reste silencieuse. L’ONU a multiplié les appels à la désescalade, mais sans succès concret. Le Conseil de sécurité n’a pas réussi à adopter de résolution en raison du veto américain, allié d’Israël. Pendant ce temps, la situation humanitaire se dégrade : selon l’UNRWA, plus de 80 % des habitants du Sud-Liban dépendent désormais de l’aide alimentaire.
Cette occupation, qui s’étire depuis plus de trois ans, pose une question plus large : jusqu’où Israël compte-t-il pousser son emprise territoriale, et à quel prix pour les civils libanais ?
Israël justifie sa présence militaire par la nécessité de créer une « zone tampon » pour se protéger des attaques du Hezbollah, groupe armé libanais soutenu par l’Iran. Cette occupation s’inscrit dans une stratégie plus large visant à affaiblir l’influence iranienne au Liban, mais elle entraîne des conséquences humanitaires dramatiques pour les civils.