La crise énergétique actuelle, marquée par une flambée des prix du pétrole, profite largement aux géants du secteur. Pourtant, une partie de ces superprofits ne reste pas entre les mains des entreprises : elle s’échappe vers des paradis fiscaux. C’est la révélation d’une étude publiée le 7 avril 2026 par l’Observatoire international de la fiscalité, un laboratoire de recherche dirigé par l’économiste Gabriel Zucman au sein de l’École d’économie de Paris. Comme le rapporte Reporterre, cette note, dévoilée dans les colonnes du Monde, met en lumière les stratégies d’optimisation fiscale des groupes pétroliers, miniers et raffineurs.

Ce qu'il faut retenir

  • Les superprofits des géants pétroliers, miniers et raffineurs échappent en partie vers des paradis fiscaux.
  • L’étude, publiée le 7 avril 2026, est menée par l’Observatoire international de la fiscalité, dirigé par Gabriel Zucman.
  • Cette note a été révélée par Le Monde dans le cadre d’une enquête sur l’optimisation fiscale des entreprises du secteur énergétique.

Une étude qui révèle des pratiques d’optimisation fiscale massives

Selon les travaux de l’Observatoire international de la fiscalité, les groupes pétroliers et miniers mettent en place des montages financiers pour réduire leur imposition dans les pays où ils opèrent. Ces stratégies leur permettent de transférer une partie de leurs bénéfices vers des territoires à fiscalité avantageuse. Gabriel Zucman, économiste reconnu pour ses travaux sur les inégalités et la fiscalité, souligne que ces pratiques « affaiblissent les recettes publiques des États, notamment dans les pays producteurs où les populations ont le plus besoin de ces ressources », a-t-il déclaré au Monde.

Des milliards de dollars en jeu dans un contexte de crise énergétique

La flambée des prix de l’énergie depuis 2022 a généré des profits exceptionnels pour les entreprises du secteur. Les géants pétroliers, comme TotalEnergies, Shell ou ExxonMobil, ont enregistré des bénéfices records, mais une partie de ces sommes ne reste pas sur le territoire où elles ont été réalisées. D’après l’étude, ces transferts de fonds vers des paradis fiscaux pourraient représenter plusieurs milliards de dollars par an — un montant qui, s’il était taxé, pourrait financer des services publics essentiels dans les pays producteurs.

Pour Gabriel Zucman, ces pratiques soulèvent une question centrale : « Comment justifier que des entreprises qui exploitent des ressources naturelles dans un pays ne contribuent pas, ou si peu, à son développement ? » a-t-il questionné. L’économiste rappelle que ces montages financiers reposent souvent sur des prix de transfert artificiellement bas, qui réduisent l’assiette fiscale des États concernés.

Un phénomène qui dépasse le seul secteur pétrolier

Si l’étude se concentre sur les groupes pétroliers, miniers et raffineurs, les pratiques d’optimisation fiscale touchent l’ensemble des multinationales. Les secteurs de l’extraction de minerais, comme le cuivre ou le cobalt, sont également pointés du doigt pour leur utilisation intensive des paradis fiscaux. Ces mécanismes permettent aux entreprises de minimiser leur imposition, au détriment des budgets publics des pays en développement, souvent riches en ressources naturelles mais pauvres en infrastructures.

Reporterre indique que cette étude s’inscrit dans un contexte où les États tentent de renforcer leur fiscalité sur les multinationales. En 2021, 130 pays ont adopté un accord visant à instaurer une taxation minimale des bénéfices des grandes entreprises, à hauteur de 15 %. Pourtant, comme le montre l’enquête de l’Observatoire, ces règles peinent à être appliquées, notamment en raison des montages juridiques complexes utilisés par les groupes industriels.

Et maintenant ?

La publication de cette étude pourrait relancer le débat sur la fiscalité des multinationales, notamment lors de la prochaine réunion du G20 prévue en juin 2026. Les pays en développement, qui subissent les conséquences de ces transferts de bénéfices, devraient plaider pour un renforcement des mécanismes de transparence. Pour autant, les géants du secteur devraient continuer à utiliser des montages fiscaux, tant que les législations nationales et internationales ne combleront pas les failles actuelles.

Dans l’immédiat, l’Observatoire international de la fiscalité appelle à une coopération renforcée entre les États pour lutter contre l’évasion fiscale. Gabriel Zucman a indiqué qu’une « taxation coordonnée au niveau international reste la meilleure solution pour mettre fin à ces pratiques ». Reste à savoir si les gouvernements, sous la pression des crises économiques et sociales, parviendront à adopter des mesures contraignantes.

Selon l’étude de l’Observatoire international de la fiscalité, les principaux territoires utilisés pour l’optimisation fiscale sont les îles Caïmans, les Bermudes, le Luxembourg, les Pays-Bas et Singapour. Ces pays offrent des régimes fiscaux avantageux, voire nuls, pour les entreprises étrangères.

Les auteurs de l’étude espèrent que ses conclusions seront prises en compte lors des prochaines négociations, notamment au sein de l’OCDE et du G20. Une taxation minimale des multinationales à 15 % a déjà été adoptée, mais son application reste inégale. Les résultats de cette enquête pourraient renforcer la volonté politique de combler les failles actuelles.