Selon BFM Business, les agriculteurs des hauts plateaux du centre du Vietnam, région longtemps réputée pour sa production caféière, se tournent massivement vers le durian. Ce changement s’explique par l’essor fulgurant de la demande chinoise pour ce fruit qualifié de « roi des fruits », dont la superficie cultivée a été multipliée par plus de cinq en une décennie.
Ce qu'il faut retenir
- Les hauts plateaux du centre du Vietnam produisent environ 1/6 de la production mondiale de café, mais les agriculteurs délaissent cette culture au profit du durian, très prisé en Chine.
- La superficie des cultures de durian au Vietnam est passée de 40 000 hectares en 2016 à plus de 200 000 hectares en 2026, selon le ministère vietnamien de l’Agriculture.
- Le Vietnam est devenu en 2025 le premier fournisseur de durian de la Chine, devant la Thaïlande, depuis son entrée officielle sur ce marché en 2022.
- Un agriculteur comme Pham Xuan Lan, 56 ans, déclare gagner 65 000 euros par an avec le durian, contre 8 500 euros s’il cultivait uniquement du café.
- La demande chinoise est boostée par des vidéos virales sur Douyin (l’équivalent chinois de TikTok), où des utilisateurs ouvrent le fruit à mains nues, totalisant des milliards de vues.
Un changement de culture dicté par la rentabilité
Dans la province de Dak Lak, au cœur des hauts plateaux du centre du Vietnam, les paysages autrefois dominés par les plantations de caféiers laissent désormais place à des vergers de durian. Cette transformation s’accélère sous l’effet d’un constat simple : « On peut vivre correctement avec le café, mais c’est le durian qui rend riche », confie Pham Xuan Lan à l’AFP lors d’une visite de son exploitation. À 56 ans, cet agriculteur cultive désormais 400 arbres à durian, une diversification initiée il y a vingt ans.
Le climat tropical et les sols basaltiques de la région, idéaux pour le robusta, ont fait du Vietnam le deuxième producteur mondial de café, derrière le Brésil. Pourtant, la balance penche désormais en faveur du durian. Selon les données officielles, la superficie consacrée à cette culture a été multipliée par plus de cinq en dix ans, atteignant 200 000 hectares à l’échelle nationale. Une croissance qui reflète l’engouement des marchés étrangers, en particulier chinois.
Le Vietnam, nouveau géant du durian face à la Chine
Officiellement autorisé à exporter du durian vers la Chine en 2022, le Vietnam a rapidement conquis ce marché. Dès 2025, le pays est devenu le premier fournisseur de durian de la Chine en volume, mettant fin à près de vingt ans de domination thaïlandaise. Cette percée s’explique par une demande croissante, alimentée par les tendances des réseaux sociaux. Sur Douyin, des vidéos montrant des utilisateurs ouvrir le fruit à mains nues ont totalisé des milliards de vues, popularisant son image auprès des jeunes consommateurs chinois.
À Pékin, Ada Song, une consommatrice interrogée par l’AFP, confirme cet engouement : « J’ai essayé près de 20 variétés différentes », indique-t-elle. « Cela a un goût aussi sucré qu’un gâteau, sans le gras ni la lourdeur. » Autrefois réservé à une clientèle aisée, le durian est désormais plus accessible grâce à l’augmentation de l’offre et à l’amélioration des chaînes logistiques.
Un pari risqué pour les agriculteurs
Si le durian offre des revenus bien supérieurs à ceux du café, il n’en reste pas moins un pari incertain. Les agriculteurs soulignent que sa culture exige un équilibre précis d’humidité, d’eau et d’engrais. Pham Xuan Lan compare d’ailleurs cette culture à l’éducation d’un enfant : « Je peux vous donner toutes les astuces, mais je ne peux pas vous garantir le même succès. » Pour lui, le durian représente une opportunité financière majeure : ses 60 tonnes de production annuelle, exportées vers la Chine dans des conteneurs réfrigérés, lui rapportent environ 65 000 euros par an, contre 8 500 euros s’il avait conservé uniquement du café.
Cependant, tous les agriculteurs ne connaissent pas le même succès. Hung, un agriculteur de 42 ans, a abandonné le café pour le durian il y a cinq ans, avant de revenir à sa culture initiale deux ans plus tard. « Je n’y suis pas arrivé », admet-il. « Je ne retournerai jamais au durian. » Son échec illustre les risques d’une transition trop rapide vers une culture exigeante.
La Chine cherche à développer sa propre production
Face à cette dépendance croissante aux importations vietnamiennes, la Chine tente de développer sa propre filière. Dans la province insulaire de Hainan, où le climat rappelle celui du nord du Vietnam, Pékin a planté plus de 3 000 hectares de durian. Selon Feng Xuejie, de l’Académie des sciences agricoles de Hainan, « nos durians resteront toujours un complément aux durians d’Asie du Sud-Est. On ne peut même pas comparer. » Une reconnaissance implicite de la qualité supérieure des fruits vietnamiens, malgré les efforts locaux pour rivaliser.
Pourtant, les risques de surproduction planent sur le marché. Les agriculteurs vietnamiens gardent en mémoire la chute récente des prix en Malaisie, attribuée à une récolte exceptionnellement abondante. Une situation qui pourrait se reproduire si l’engouement actuel pousse trop d’acteurs à se lancer dans la culture du durian sans maîtriser les techniques requises.
En conclusion, le durian a transformé les économies rurales des hauts plateaux vietnamiens, offrant des perspectives inédites de richesse. Pourtant, cette transition s’accompagne de défis techniques et commerciaux, rappelant que la rentabilité n’est jamais garantie dans un secteur agricole aussi compétitif.
La demande chinoise explose en raison de l’engouement des jeunes consommateurs, stimulé par des vidéos virales sur les réseaux sociaux comme Douyin. Le durian est perçu comme un produit exotique et gourmand, malgré son odeur caractéristique. Depuis l’ouverture du marché vietnamien en 2022, la Chine importe massivement ce fruit, faisant du Vietnam son premier fournisseur en volume dès 2025.
Les principaux risques incluent la dépendance au marché chinois, la surproduction entraînant une chute des prix, et les difficultés techniques liées à la culture du durian, qui exige un équilibre précis en eau et en engrais. Certains agriculteurs, comme Hung, ont abandonné après des échecs, illustrant les défis de cette transition.