La capacité de production mondiale d’acier, dopée par des subventions publiques massives, atteint des niveaux « alarmants » et menace la viabilité des industries sidérurgiques dans les pays membres de l’OCDE, alerte l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Selon un rapport rendu public ce jeudi 4 juin 2026, la surcapacité menace de s’aggraver d’ici 2028, alors que la demande stagne et que les coûts de production s’envolent. Euronews FR révèle l’ampleur de cette crise structurelle, largement portée par la Chine, dont les exportations battent des records.
Ce qu'il faut retenir
- La surcapacité mondiale d’acier devrait passer de 640 millions de tonnes en 2025 à 745 millions en 2028, alors que la demande n’augmentera que de 34 millions de tonnes sur la même période, selon l’OCDE.
- En 2024, les entreprises sidérurgiques chinoises ont bénéficié de subventions 15 fois supérieures à celles de leurs concurrents internationaux, rapportées à leurs actifs totaux.
- Les exportations chinoises d’acier ont atteint un record de 131 millions de tonnes en 2025, soit 153 % de plus qu’en 2020, dépassant la production totale de l’Union européenne cette année-là.
- L’énergie, dont le coût a explosé en raison de la guerre en Iran, représente jusqu’à 40 % des coûts de production de l’acier.
- Quarante-deux pays limitent désormais les exportations de ferraille, une matière première cruciale, ce qui accentue les tensions sur l’approvisionnement.
Une surcapacité record qui fausse le marché mondial
L’industrie sidérurgique mondiale est en surchauffe. Malgré une demande atone, la capacité de production continue de croître, alimentée par des politiques de subventions publiques massives, notamment en dehors des pays de l’OCDE. Euronews FR rapporte que cette situation, qualifiée de « préjudiciable » par l’OCDE, risque de provoquer une chute des prix et de fausser la concurrence. L’acier, matériau clé pour la construction, l’industrie manufacturière ou encore les véhicules électriques, est au cœur d’un déséquilibre structurel.
Les chiffres sont accablants : la surcapacité mondiale, estimée à 640 millions de tonnes en 2025, devrait atteindre 745 millions en 2028, selon les projections de l’organisation. Or, la demande n’augmentera que de 34 millions de tonnes sur la même période. Pour combler ce fossé, les producteurs prévoient d’ajouter 139 millions de tonnes de nouvelles capacités — dont près de 38,6 millions pour la seule Chine, le pays le plus expansionniste. Résultat, l’excédent de capacité pourrait dépasser de 320 millions de tonnes la production annuelle actuelle de l’ensemble des pays de l’OCDE.
La Chine, principal moteur de la crise
La Chine joue un rôle central dans cette dynamique. D’après l’OCDE, les entreprises sidérurgiques chinoises ont exporté 131 millions de tonnes d’acier en 2025, un record historique qui représente une hausse de 153 % par rapport à 2020. Ce volume dépasse même la production totale d’acier de l’Union européenne en 2025. Euronews FR souligne que cette poussée s’explique en grande partie par des subventions publiques sans précédent : en 2024, l’entreprise sidérurgique chinoise médiane a reçu des aides 15 fois supérieures à celles perçues par les producteurs du reste du monde, rapportées à leurs actifs totaux.
Cette stratégie a permis à Pékin de saturer les marchés, notamment en Europe, où les sidérurgistes locaux peinent à rivaliser. Certains exportateurs contourneraient même les barrières commerciales en expédiant de l’acier semi-fini vers l’Asie du Sud-Est, où il est transformé avant d’être réexporté vers les pays de l’OCDE. L’OCDE note une hausse de 300 % des exportations chinoises de ce type de produits vers la région, une pratique qui permet d’éviter les droits de douane et les mesures antidumping.
Des coûts énergétiques et des tensions commerciales qui aggravent la pression
Le secteur est également sous pression en raison de l’envolée des coûts de l’énergie, alimentée par la guerre en Iran. L’énergie représente jusqu’à 40 % des coûts de production de l’acier, rendant la filière particulièrement vulnérable. Parallèlement, l’approvisionnement en matières premières, comme la ferraille, devient de plus en plus difficile : 42 pays limitent désormais les exportations de cette ressource, essentielle pour les fours électriques à arc. Euronews FR précise qu’aucun pays producteur d’acier n’est autosuffisant pour ses intrants, ce qui renforce les dépendances stratégiques.
L’Europe est particulièrement exposée à ces défis. Les sidérurgistes du continent subissent des coûts de main-d’œuvre et d’énergie plus élevés, ainsi que des normes environnementales plus strictes que leurs concurrents internationaux. Résultat, ils sont moins armés pour résister à des périodes prolongées de prix bas, contrairement à leurs rivaux bénéficiant de soutiens publics ou de coûts de production plus faibles. « Si les tendances actuelles se poursuivent, la viabilité à long terme du secteur et la sécurité économique de nombreux pays seront compromises », a mis en garde l’OCDE dans son rapport.
« Nous devons nous attaquer aux causes profondes, notamment les subventions préjudiciables et les autres pratiques non conformes aux règles du marché. Cela suppose une coopération internationale renforcée et des conditions de concurrence équitables pour les producteurs d’acier partout dans le monde. »
Mathias Cormann, secrétaire général de l’OCDE
Des appels à une action internationale coordonnée
Face à l’urgence, l’OCDE appelle à une action internationale pour rétablir des conditions de concurrence équitables. Mathias Cormann, secrétaire général de l’organisation, a plaidé en faveur d’une coopération renforcée lors de la réunion du Conseil au niveau ministériel de l’OCDE. « Les subventions préjudiciables et les pratiques non conformes aux règles du marché » doivent être combattues, a-t-il souligné, tout en insistant sur la nécessité de « conditions de concurrence équitables pour les producteurs d’acier partout dans le monde ».
Pour les responsables politiques, la menace est double : une surcapacité persistante pourrait non seulement saper la rentabilité des industries sidérurgiques nationales, mais aussi accroître la dépendance aux importations d’un matériau stratégique pour la construction, la défense, les infrastructures énergétiques ou encore l’industrie manufacturière. Euronews FR rappelle que l’acier reste un pilier de l’économie mondiale, dont la stabilité est essentielle pour des secteurs aussi variés que les véhicules électriques ou les centres de données.
La situation de l’industrie sidérurgique illustre les tensions croissantes du commerce mondial, où les déséquilibres de subventions et les barrières non tarifaires redéfinissent les rapports de force. Entre enjeux économiques, énergétiques et géopolitiques, le secteur de l’acier incarne les défis d’une mondialisation où les règles du jeu restent à réécrire.
La Chine concentre près de la moitié de la production mondiale d’acier, soutenue par des subventions publiques massives. En 2024, les entreprises chinoises ont bénéficié d’aides 15 fois supérieures à celles de leurs concurrents, rapportées à leurs actifs. Cette politique a permis une expansion rapide des capacités, couplée à des exportations records (131 millions de tonnes en 2025), saturant les marchés et faussant la concurrence.
Tous les secteurs dépendant de l’acier sont concernés, mais la construction, l’automobile (notamment les véhicules électriques), les infrastructures énergétiques et la défense sont les plus exposés. L’Europe, avec ses coûts de production élevés, est particulièrement vulnérable face à la concurrence asiatique.