Dès la fin du XIXe siècle, un chercheur suédois posait les bases scientifiques de la crise climatique actuelle. Selon France 24, Svante Arrhenius a démontré dès 1896 que l’accumulation de dioxyde de carbone (CO₂) dans l’atmosphère, issue principalement de la combustion des énergies fossiles, provoquait une hausse des températures mondiales. Une intuition visionnaire qui a traversé les décennies sans toujours convaincre ses contemporains.

Ce qu'il faut retenir

  • Svante Arrhenius a établi le lien entre émissions de CO₂ et réchauffement climatique en 1896.
  • Il a été le premier à prédire que la combustion du charbon pourrait faire monter les températures de 5°C d’ici plusieurs siècles.
  • Ses travaux s’appuyaient sur des mesures de la concentration atmosphérique en CO₂ et de la capacité de ce gaz à retenir la chaleur.
  • Arrhenius a également calculé l’impact des variations de CO₂ sur le climat, posant les bases de la science climatique moderne.
  • Ses recherches ont été initialement accueillies avec scepticisme avant d’être progressivement reconnues.

Un pionnier oublié puis réhabilité par l’histoire

Svante August Arrhenius naît en 1859 à Vik, en Suède. Chimiste et physicien de formation, il obtient le prix Nobel de chimie en 1903 pour ses travaux sur la dissociation électrolytique. Mais c’est en 1896, alors qu’il étudie les effets du CO₂ sur l’atmosphère, qu’il publie un article fondateur : « Sur l’influence de l’acide carbonique dans l’air sur la température au sol ». Selon France 24, il y explique que le dioxyde de carbone, en piégeant la chaleur solaire, agit comme une couverture thermique autour de la Terre. Une théorie qui sera longtemps reléguée au rang de curiosité scientifique avant de devenir un pilier de l’écologie moderne.

Ses calculs, bien que rudimentaires par rapport aux modèles actuels, révèlent une intuition frappante. Arrhenius estime qu’un doublement de la concentration en CO₂ dans l’air pourrait entraîner une hausse des températures de 5 à 6°C dans les zones polaires et de 2°C à l’équateur. Des chiffres qui, aujourd’hui, résonnent avec les projections du GIEC. « L’humanité va brûler des quantités colossales de charbon dans les siècles à venir, ce qui pourrait avoir un effet sensible sur le climat », écrivait-il dans une correspondance avec un collègue, comme le rapporte France 24.

Des travaux qui ont traversé un siècle de controverses

À l’époque, la communauté scientifique reste dubitative. Beaucoup estiment que les océans, en absorbant naturellement le CO₂, suffiront à réguler son accumulation. Pourtant, Arrhenius persiste. Il affine ses modèles et publie en 1908 un ouvrage intitulé « Worlds in the Making », où il réaffirme l’urgence d’une réduction des émissions de gaz à effet de serre. « Nous ne pouvons pas ignorer l’impact des activités humaines sur le climat », souligne-t-il, alors que la révolution industrielle bat son plein. Ses prises de position, pourtant étayées, peinent à s’imposer dans le débat public.

Ce n’est qu’à partir des années 1950, avec les travaux de Charles Keeling sur l’augmentation du CO₂ atmosphérique, que ses théories commencent à être prises au sérieux. Puis, dans les années 1980, le réchauffement climatique devient un sujet d’étude prioritaire. Les climatologues reconnaissent alors Arrhenius comme un précurseur. En 2007, le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) lui rend hommage en le citant parmi les fondateurs de la science climatique. Une tardive mais nécessaire reconnaissance pour ce chercheur visionnaire.

Et maintenant ?

Plus d’un siècle après les premières alertes d’Arrhenius, la crise climatique s’accélère. Selon les dernières données, la concentration de CO₂ dans l’atmosphère a dépassé 420 ppm en 2025, un niveau inédit depuis 3 millions d’années. Les engagements internationaux, comme l’Accord de Paris, visent à limiter le réchauffement à 1,5°C d’ici 2100, mais les trajectoires actuelles laissent craindre un dépassement. La prochaine COP28, prévue en décembre 2026, pourrait être l’occasion d’accélérer les mesures de réduction des émissions. Reste à savoir si la communauté internationale saura tirer les leçons des travaux d’Arrhenius.

Une leçon d’humilité pour les scientifiques et les décideurs

L’histoire d’Arrhenius rappelle une vérité souvent oubliée : la science peut anticiper les crises avant même qu’elles n’éclatent. Ses travaux montrent aussi que les découvertes révolutionnaires rencontrent souvent l’incompréhension avant d’être validées. Aujourd’hui, alors que les rapports du GIEC s’accumulent et que les phénomènes météorologiques extrêmes se multiplient, son message résonne avec une urgence nouvelle. « Nous savons depuis plus d’un siècle que nos actions ont un impact sur le climat », rappelle un climatologue interrogé par France 24. La question n’est plus de savoir si Arrhenius avait raison, mais pourquoi il a fallu si longtemps pour agir en conséquence.

Bref, si l’on mesure aujourd’hui l’ampleur des défis climatiques, c’est en partie grâce à des pionniers comme Svante Arrhenius. Leur héritage nous rappelle que la science, lorsqu’elle est écoutée, peut éclairer le chemin vers un avenir plus durable – à condition, bien sûr, que les sociétés choisissent de suivre ses recommandations.

Plusieurs facteurs expliquent ce scepticisme. D’abord, les instruments de mesure de l’époque étaient rudimentaires, ce qui rendait difficile la validation de ses théories. Ensuite, l’idée qu’une activité humaine – en l’occurrence la combustion du charbon – puisse influencer le climat à l’échelle mondiale semblait invraisemblable pour beaucoup de scientifiques. Enfin, les enjeux économiques liés aux énergies fossiles étaient déjà colossaux, et une remise en cause de leur usage aurait pu perturber les industries naissantes.