Selon Le Monde – Education, deux anciens professeurs de sciences de la vie et de la Terre (SVT) et le chercheur au Muséum national d’histoire naturelle de Paris, Marc-André Selosse, ont publié une tribune dans le quotidien pour dénoncer les manquements dont souffre aujourd’hui l’enseignement scientifique au lycée. Ces signataires, dont l’expertise pédagogique et scientifique est reconnue, soulignent l’importance des SVT dans la formation d’une culture citoyenne et alertent sur les risques d’un affaiblissement de cet enseignement.
Ce qu'il faut retenir
- Une tribune publiée par Le Monde – Education met en lumière les lacunes de l’enseignement des SVT au lycée.
- Marc-André Selosse, chercheur au Muséum national d’histoire naturelle de Paris, et deux anciens enseignants de SVT en sont les auteurs.
- Les signataires rappellent le rôle fondamental des SVT dans la formation d’une culture scientifique et citoyenne.
- Ils pointent des manquements dans les programmes et les méthodes pédagogiques actuels.
Un enseignement scientifique jugé essentiel pour la société
Dans leur tribune, les trois auteurs insistent sur le fait que les sciences de la vie et de la Terre constituent une discipline centrale pour comprendre les enjeux sociétaux actuels. « Les SVT ne sont pas seulement une matière scolaire, mais un pilier de la culture générale », expliquent-ils. Ils rappellent que cette discipline permet d’aborder des questions aussi variées que l’écologie, la santé ou encore l’évolution des espèces, des sujets qui concernent directement les citoyens.
Selon eux, une éducation scientifique solide est indispensable pour former des individus capables de participer aux débats publics de manière éclairée. « Sans une compréhension minimale des mécanismes biologiques et géologiques, comment aborder sereinement les défis environnementaux ou sanitaires de notre époque ? », s’interrogent-ils. Leur inquiétude porte notamment sur la réduction progressive des heures consacrées aux SVT dans les programmes scolaires.
Des manquements pointés dans les programmes et les pratiques
Les signataires critiquent plusieurs aspects de l’enseignement actuel des SVT. Ils évoquent notamment une réduction du volume horaire dans certaines filières, ainsi qu’un manque de cohérence entre les différents niveaux d’enseignement. « On observe une fragmentation des savoirs, où les élèves peinent à relier les notions abordées en classe à des enjeux concrets », précise Marc-André Selosse. Selon lui, cette situation est d’autant plus préoccupante que les programmes actuels ne mettent pas suffisamment l’accent sur l’interdisciplinarité, pourtant essentielle pour aborder des sujets complexes comme le changement climatique.
Les auteurs soulignent également un problème de formation des enseignants. « Beaucoup de professeurs de SVT, surtout dans les zones rurales, manquent de ressources et de soutien pour dispenser un enseignement de qualité », indique l’un des anciens enseignants, sans citer de chiffres précis. Ils appellent à une refonte des programmes, afin de mieux articuler théorie et pratique, et à un renforcement des moyens alloués à cette discipline.
« Les SVT sont souvent perçues comme une matière secondaire, alors qu’elles devraient être au cœur de l’enseignement scientifique. Sans elles, c’est toute la capacité des citoyens à comprendre le monde qui est affaiblie. »
Marc-André Selosse, chercheur au Muséum national d’histoire naturelle de Paris
Un appel à une prise de conscience collective
Au-delà des critiques, les auteurs de la tribune formulent des propositions concrètes pour améliorer la situation. Ils plaident pour un retour à un enseignement plus équilibré, où les SVT retrouveraient la place qu’elles méritent dans les programmes. « Il ne s’agit pas seulement de préserver des heures de cours, mais de repenser la manière dont on enseigne ces sciences », insiste Marc-André Selosse. Ils suggèrent notamment d’intégrer davantage de travaux pratiques et de projets interdisciplinaires, afin de rendre les SVT plus attractives pour les élèves.
Les signataires appellent également les pouvoirs publics à reconnaître officiellement le rôle des SVT dans la formation des futurs citoyens. « Une société qui néglige l’enseignement des sciences de la vie et de la Terre prend le risque de voir ses citoyens moins armés face aux défis de demain », avertissent-ils. Leur tribune s’inscrit dans un contexte où l’éducation scientifique est de plus en plus contestée, notamment par les mouvements climato-sceptiques ou anti-vaccins.
Cette prise de position rappelle que l’enjeu dépasse le cadre scolaire : il s’agit, in fine, de la capacité de la société à former des citoyens éclairés, capables de comprendre les défis scientifiques et environnementaux de leur temps. La question n’est donc pas seulement pédagogique, mais bien démocratique.
