L’œuvre de Sylvia Sleigh, peintre féministe engagée dès les années 1970, fait l’objet d’une rétrospective au musée Rath de Genève jusqu’au 25 octobre, comme le rapporte Libération. Cette exposition met en lumière ses tableaux audacieux, qui ont marqué l’histoire de l’art en inversant délibérément les codes du « male gaze », cette domination visuelle masculine dénoncée par les mouvements féministes de l’époque.

Ce qu'il faut retenir

  • Sylvia Sleigh (1916-2010) était une figure majeure du féminisme artistique dans les années 1970, membre active du Women’s Lib.
  • Son exposition au musée Rath de Genève est visible jusqu’au 25 octobre 2026.
  • Elle a révolutionné la peinture en représentant des hommes nus sous un angle érotisé, à l’inverse des représentations traditionnelles des femmes.
  • Ses tableaux, comme « The Turkish Bath » (1973), sont des réponses directes aux stéréotypes de genre dans l’art.
  • Cette rétrospective permet de redécouvrir une artiste dont l’influence reste majeure dans les débats sur l’égalité et la représentation.

Une pionnière du féminisme artistique

Sylvia Sleigh, née en 1916 au Pays de Galles et décédée en 2010, a consacré sa carrière à déconstruire les représentations dominantes de la femme dans l’art. Son engagement aux côtés du Women’s Lib dans les années 1970 en a fait une figure de proue de la lutte pour l’égalité des sexes. Contrairement aux artistes de son époque, Sleigh a choisi de représenter des hommes de la même manière que les femmes étaient traditionnellement dépeintes : nus, idéalisés, et objets de désir.

Cette démarche n’était pas anodine. À une époque où les mouvements féministes dénonçaient l’objectification des femmes dans l’art, Sleigh a inversé les rôles pour révéler l’absurdité de ces conventions. Ses œuvres, souvent inspirées des grands maîtres comme Ingres ou Cézanne, ont marqué un tournant dans la réflexion sur le regard et le pouvoir dans la représentation picturale.

Des tableaux qui bousculent les codes

Parmi ses œuvres les plus célèbres, « The Turkish Bath », peint en 1973, s’inspire directement du tableau du même nom d’Ingres. Pourtant, là où Ingres peignait des femmes nues dans un harem, Sleigh représente des hommes, souvent des artistes ou des militants, dans une scène où chacun incarne à la fois le sujet et l’objet du regard. Une provocation assumée, qui a valu à l’artiste des critiques autant que des éloges.

Son tableau « Philip Golub Reclining » (1971), représentant son mari, le critique d’art Philip Golub, allongé nu sur un canapé, en est un autre exemple frappant. La composition, à la fois réaliste et stylisée, joue avec les codes de la peinture classique pour interroger les attentes du spectateur. Ces œuvres ne cherchent pas seulement à choquer, mais à provoquer une réflexion sur la manière dont le genre influence notre perception de l’art.

Une exposition pour redécouvrir une artiste majeure

Organisée par le musée Rath de Genève, cette rétrospective est la première en Europe à lui être entièrement consacrée depuis plusieurs décennies. L’exposition rassemble une quarantaine de toiles, dont certaines rarement exposées, offrant un panorama complet de son travail. Selon les organisateurs, l’objectif est de replacer Sleigh dans l’histoire de l’art comme une artiste engagée, dont l’œuvre résonne particulièrement aujourd’hui avec les débats contemporains sur la représentation des genres.

Les commissaires de l’exposition soulignent que son travail reste d’une actualité brûlante. « Sleigh a compris avant tout le monde que le regard est une arme politique », a déclaré Catherine Girard, historienne de l’art et commissaire de l’exposition. « Ses tableaux ne sont pas seulement des images, ce sont des manifestes visuels. »

Et maintenant ?

Cette rétrospective pourrait marquer le début d’un regain d’intérêt pour Sylvia Sleigh, notamment dans les milieux académiques et féministes. Des catalogues raisonnés et des études universitaires sont en cours de préparation, et une édition augmentée de sa biographie, écrite par sa fille, l’historienne de l’art Claire Sleigh, devrait paraître d’ici la fin de l’année. Par ailleurs, plusieurs musées américains et européens ont manifesté leur intérêt pour organiser des expositions similaires dans les deux prochaines années.

Avec cette exposition, le musée Rath de Genève offre une occasion unique de découvrir ou redécouvrir une artiste dont l’audace et la modernité restent trop souvent méconnues. Une plongée dans l’œuvre de Sylvia Sleigh, c’est aussi un rappel que l’art peut être un outil puissant de subversion des normes sociales.

Sylvia Sleigh a consacré son art à déconstruire les stéréotypes de genre en représentant des hommes de manière érotisée, à l’inverse des conventions picturales de l’époque. Ses œuvres, comme « The Turkish Bath », interrogent directement le « male gaze » et la manière dont le regard influence les rapports de pouvoir dans la société. Son engagement aux côtés du Women’s Lib dans les années 1970 a fait d’elle une pionnière du féminisme artistique.