Un homme seul face à l’histoire. Dimanche 26 avril 2026, Atef Najib, cousin germain du président syrien Bachar el-Assad, comparaissait pour la première fois devant la quatrième cour criminelle du palais de justice de Damas. Accusé de meurtres, de tortures et d’actes de barbarie commis en mars 2011 à Deraa, ville du sud-ouest de la Syrie, il incarnait, aux yeux de l’accusation, le visage des exactions commises par le régime baasiste au début de la guerre civile. Selon Le Figaro, cette audience marquait la première fois qu’un dignitaire du régime de Damas était traduit en justice depuis la chute du régime de Bachar el-Assad.
Ce qu’il faut retenir
- Accusé de meurtres, tortures et actes de barbarie, Atef Najib était chef de la sécurité politique à Deraa en 2011, ville où a démarré la révolte contre le régime.
- Il a été arrêté en janvier 2025 à Lattaquié, sur la côte syrienne, avant d’être jugé pour « crimes contre le peuple syrien ».
- Ce 10 mai 2026, une deuxième audience doit se tenir à son sujet. Il risque la peine de mort.
- Cette affaire survient après la chute du régime baasiste, un tournant historique pour la justice syrienne.
Le procès d’Atef Najib s’inscrit dans un contexte judiciaire inédit pour la Syrie. Arrêté en janvier 2025 à Lattaquié, ville côtière sous contrôle gouvernemental, il a été présenté devant la justice syrienne pour des faits remontant à mars 2011. À l’époque, Deraa était le théâtre des premières manifestations contre le régime de Bachar el-Assad, réprimées dans le sang. D’après l’agence de presse officielle Sana, qui rapportait l’arrestation à l’époque, Najib était visé pour ses responsabilités en tant que chef de la sécurité politique à Deraa. Son procès, ouvert le 26 avril 2026, marque ainsi une étape symbolique : la première fois qu’un membre de l’élite du régime est jugé pour des crimes commis pendant la guerre civile, alors que le pays tente de tourner la page après des années de conflit.
Sur le banc des accusés, l’ancien haut responsable présentait un contraste saisissant avec l’image que le régime syrien a longtemps propagée. Vêtu d’un uniforme de prisonnier aux couleurs ternes, les menottes aux poignets, le crâne rasé et les sourcils froncés, il offrait un tableau presque « pathétique », comme le notait Le Figaro. Mais dans la salle d’audience, aucune trace de compassion ne semblait émaner du public. Pour les familles des victimes, comme pour une partie de la société syrienne, il incarnait bien plus qu’un simple accusé : le symbole des exactions commises pendant des années par un système qui, aujourd’hui, tente de se reconstruire sur les ruines de la guerre. Son procès, bien que tardif, intervient dans un pays où les mécanismes de justice transitionnelle restent balbutiants, voire inexistants pour la majorité des crimes commis.
Les charges retenues contre Atef Najib sont lourdes et précises. Selon l’acte d’accusation, il est poursuivi pour avoir ordonné ou participé à des meurtres, des tortures et des actes de barbarie perpétrés entre mars et juillet 2011. À Deraa, ville à majorité sunnite située près de la frontière jordanienne, les premières répressions contre les manifestants pacifiques avaient été particulièrement brutales. Les rapports d’ONG et les témoignages recueillis à l’époque décrivaient des arrestations massives, des disparitions forcées et des méthodes de torture systématiques dans les centres de détention. Les ONG comme Amnesty International ou Human Rights Watch avaient documenté ces pratiques, mais les responsables n’avaient jamais été inquiétés, tant que le régime tenait fermement le pouvoir. Aujourd’hui, avec la chute de Bachar el-Assad et l’effondrement partiel de l’État, certains anciens dignitaires tentent de se reconstruire une nouvelle légitimité — ou, du moins, d’échapper à la justice internationale.
« Il est accusé de crimes contre le peuple syrien, commis alors qu’il occupait des fonctions clés dans la répression des premières manifestations. Son procès est un signal envoyé à ceux qui pensaient pouvoir agir en toute impunité. »
Pourtant, le procès d’Atef Najib soulève des questions sur la crédibilité de la justice syrienne. Après plus d’une décennie de guerre, les institutions judiciaires du pays restent largement contrôlées par des figures liées à l’ancien régime. Les observateurs s’interrogent : s’agit-il d’une tentative sincère de rendre justice, ou d’une opération de communication visant à montrer une Syrie « apaisée » et « réconciliée » ? D’après Le Figaro, cette audience s’inscrit dans une stratégie plus large du gouvernement de transition syrien, qui cherche à normaliser ses relations avec la communauté internationale tout en maintenant un contrôle strict sur les procédures judiciaires. D’autres dignitaires, comme Maher el-Assad, frère du président, ou des officiers de haut rang, pourraient être visés par des procédures similaires dans les mois à venir — mais aucun calendrier précis n’a été annoncé.
Ce procès, aussi symbolique soit-il, ne saurait effacer des années de violences et de souffrances. Il pose nonetheless une question essentielle : la Syrie peut-elle se reconstruire sans une justice transitionnelle complète et transparente ? En attendant, la communauté internationale observe, et les familles des victimes continuent d’attendre une réponse.
Son procès intervient après la chute du régime de Bachar el-Assad et l’effondrement partiel de l’État syrien. Les autorités de transition tentent de montrer une volonté de rendre justice, même si le système judiciaire reste largement contrôlé par d’anciens proches du régime.
Plusieurs observateurs craignent que ces procès ne soient qu’une opération de communication, visant à donner l’illusion d’une justice en marche sans s’attaquer aux véritables responsables. Les institutions judiciaires syriennes restent fragiles et sous influence politique.