Le chef kurde syrien Mazloum Abdi a annoncé mardi 1er septembre 2026 la dissolution des Forces démocratiques syriennes (FDS), une milice kurde engagée dans la lutte contre l’organisation État islamique (EI) en Syrie. Cette décision s’inscrit dans le cadre d’un accord conclu avec le président syrien Bachar al-Assad, qui prévoit l’intégration de ces forces aux institutions étatiques syriennes. Selon nos confrères de France 24, cette dissolution marque un tournant politique majeur dans la région, alors que les FDS contrôlaient jusqu’ici de vastes territoires dans le nord-est du pays.

Les Forces démocratiques syriennes, souvent désignées par leur acronyme FDS, ont été créées en 2015 sous l’égide du Parti de l’union démocratique (PYD), une formation politique kurde affiliée au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Composées majoritairement de combattants kurdes, mais aussi de miliciens arabes et de minorités ethniques, les FDS ont joué un rôle central dans la défaite militaire de l’État islamique en Syrie. Leur dissolution intervient dans un contexte de normalisation progressive entre Damas et les factions kurdes, après des années de tensions.

Ce qu'il faut retenir

  • Une dissolution historique : Les FDS, milice kurde majeure en Syrie, ont été officiellement dissoutes le 1er septembre 2026, selon une annonce de leur chef Mazloum Abdi.
  • Un accord politique : Cette décision s’inscrit dans le cadre d’un compromis avec le régime syrien de Bachar al-Assad, visant leur intégration progressive aux forces de sécurité nationales.
  • Un rôle clé dans la lutte contre l’EI : Créées en 2015, les FDS ont été l’une des principales forces à combattre l’État islamique, avec le soutien de la coalition internationale.
  • Une composition multiculturelle : Les FDS regroupaient des Kurdes, des Arabes, des chrétiens et d’autres minorités, sous l’égide du PYD, parti politique kurde syrien.
  • Un contexte de normalisation : Leur dissolution intervient alors que Damas cherche à reprendre le contrôle de l’ensemble du territoire syrien, y compris les zones kurdes.

Une milice née de la lutte contre Daech

Les Forces démocratiques syriennes ont été fondées en octobre 2015, à l’initiative du Parti de l’union démocratique (PYD), alors que la Syrie était déchirée par une guerre civile opposant le régime de Bachar al-Assad, des groupes rebelles et des factions djihadistes. Comme le rapporte France 24, leur création répondait à un double objectif : combattre l’expansion de l’État islamique, qui contrôlait alors de larges portions du territoire syrien, et défendre l’autonomie kurde dans le nord du pays. Leur succès militaire, notamment lors de la bataille de Raqqa en 2017, leur a valu le soutien de la coalition internationale dirigée par les États-Unis.

Sur le plan organisationnel, les FDS se distinguaient par leur structure multiethnique, bien que dominée par les Kurdes. Elles regroupaient des miliciens arabes, des combattants des Forces de protection du peuple (YPG, branche armée du PYD), ainsi que des membres d’autres minorités comme les Assyriens ou les Turkmènes. Leur modèle politique, inspiré du confédéralisme démocratique théorisé par le PKK, prônait une gouvernance locale décentralisée, loin du modèle centralisé du régime syrien.

Un tournant politique sous pression

La dissolution des FDS intervient dans un contexte de détente progressive entre Damas et les factions kurdes, après des années de confrontation. Depuis 2016, les relations entre le régime syrien et les Kurdes étaient marquées par des tensions, voire des affrontements directs. Pourtant, en 2024, des négociations discrètes ont été engagées pour intégrer les FDS au sein des institutions étatiques syriennes, sous supervision russe et iranienne, deux alliés clés du régime.

Cette normalisation s’explique en partie par la pression exercée par la Turquie, qui considère le PYD et ses milices comme une extension du PKK, classé organisation terroriste par Ankara. « La dissolution des FDS est une concession majeure des Kurdes pour éviter une intervention militaire turque », explique Bruno Daroux, chroniqueur international à France 24. Elle s’inscrit aussi dans une stratégie plus large du régime syrien, qui cherche à rétablir son autorité sur l’ensemble du territoire, y compris les zones kurdes, sans recourir à la force.

Quelles conséquences pour les populations kurdes ?

La dissolution des FDS soulève des interrogations sur l’avenir des populations kurdes en Syrie, qui avaient bénéficié d’une relative autonomie depuis 2012. Dans les régions autrefois contrôlées par les FDS, comme la province de Hassaké ou la région de Kobané, les habitants redoutent une reprise en main autoritaire par Damas. « Les Kurdes craignent de perdre leurs droits acquis après des années d’autogestion », souligne Bruno Daroux. La question de l’amnistie pour les anciens combattants des FDS, ainsi que celle de la représentation politique kurde dans les institutions syriennes, reste en suspens.

Par ailleurs, le sort des milliers de prisonniers djihadistes étrangers détenus par les FDS est également incertain. Ces détenus, parmi lesquels figurent des milliers d’Européens, pourraient être transférés aux autorités syriennes, ce qui pose des questions sur leur traitement et leur jugement. L’Union européenne, qui avait soutenu financièrement les FDS, a déjà indiqué qu’elle suivrait de près l’évolution de la situation.

Et maintenant ?

La dissolution des FDS doit encore être formalisée par des textes législatifs et une intégration progressive des anciens miliciens aux forces de sécurité syriennes. Plusieurs échéances clés sont attendues dans les prochains mois, notamment la tenue d’élections locales dans les régions kurdes, prévues pour fin 2026. Pour autant, la question de l’autonomie kurde et des droits des minorités reste un sujet explosif, qui pourrait raviver les tensions si Damas ne tient pas ses promesses.

Dans ce contexte, la communauté internationale observe avec prudence les développements en Syrie. La Russie et l’Iran, deux alliés du régime, devraient jouer un rôle clé dans la médiation entre Damas et les Kurdes. Quant à la Turquie, elle pourrait durcir sa position si elle estime que ses intérêts ne sont pas suffisamment pris en compte. Autant dire que la dissolution des FDS n’est que la première étape d’un processus politique complexe, dont l’issue reste incertaine.