Les autorités syriennes ont confirmé, samedi 30 mai 2026, la mort d’une fratrie de six enfants et de leur mère, enlevés en 2013 par le régime de Bachar El-Assad. Selon Courrier International, cette confirmation a suscité un émoi national et relancé les appels à la justice transitionnelle en Syrie.
Ce qu'il faut retenir
- Rania Abbassi, une dentiste damascène, et ses six enfants ont été arrêtés le 11 mars 2013 par les moukhabarat, les services de renseignement syriens.
- Les enfants, âgés de 2 à 14 ans, ainsi que leur mère, ont été « froidement assassinés » deux heures plus tard dans un centre de détention du régime.
- Le sort de Rania Abbassi reste inconnu à ce jour, selon la Commission nationale des personnes disparues, créée en mai 2025.
- L’affaire a été confirmée par plusieurs médias syriens, libanais et panarabes, ainsi que sur les réseaux sociaux, où une photo de la fratrie avant leur enlèvement circule massivement.
- L’officier Amjad Youssef, suspecté dans le massacre du quartier de Tadamon (280 morts en avril 2013), pourrait être impliqué dans cette tuerie.
- En Syrie, entre 200 000 et 300 000 personnes arrêtées pendant le conflit entre 2011 et 2024 restent portées disparues.
Une confirmation qui ravive les souvenirs douloureux
La confirmation de l’exécution de la fratrie Abbassi a été relayée par des médias syriens, libanais et panarabes, ainsi que sur les réseaux sociaux. Une photo des enfants entourés de leurs parents, prise avant leur enlèvement, circule désormais massivement en Syrie. « C’est aujourd’hui la photo la plus répandue dans le pays. Elle représente […] des millions de Syriens ayant subi des sévices ou des disparitions forcées pendant la guerre », écrit le site Daraj, cité par Courrier International.
Pour de nombreux Syriens, ces exécutions symbolisent la brutalité du régime d’Assad, qui a réprimé dans le sang les manifestations prodémocratie de 2011, dans le sillage des « printemps arabes ». Entre 2011 et 2024, la guerre en Syrie a fait plus de 500 000 morts et des millions de déplacés, selon les estimations des Nations unies.
Les détails de l’enlèvement et de l’exécution
Selon le rapport de la Commission nationale des personnes disparues, créée en mai 2025 par les nouvelles autorités syriennes, Rania Abbassi et ses six enfants – Dima (14 ans), Intissar (13 ans), Najah (11 ans), Alaa (8 ans), Ahmad (6 ans) et Layane (2 ans) – ont été arrêtés le 11 mars 2013. Les enfants et leur mère ont été « froidement assassinés » deux heures plus tard dans un centre de détention du régime. Le sort de Rania Abbassi demeure, à ce jour, inconnu.
« Les agents ont arrêté les six enfants ainsi que leur mère. Les jeunes victimes ont été froidement assassinées deux heures plus tard, dans un centre de détention du régime. »
— L’Orient-Le Jour, citant le rapport de la Commission nationale des personnes disparues
Le témoignage de l’oncle maternel, Hassan Abbassi
Dans une interview accordée au magazine New Lines, Hassan Abbassi, oncle maternel des enfants, a évoqué son combat de treize ans pour obtenir des informations sur le sort de sa famille. Il a décrit la douleur de reconnaître les visages de ses nièces et neveu sur une vidéo après leur exécution : « J’ai vu leurs corps fragiles au sol, du sang coulant de leurs visages. »
Ce témoignage illustre l’ampleur des traumatismes subis par les familles des victimes du régime syrien. Selon les organisations de défense des droits humains, plus de 100 000 Syriens sont toujours portés disparus après avoir été arrêtés par les moukhabarat entre 2011 et 2024.
Un officier des moukhabarat pourrait être impliqué
L’officier Amjad Youssef, responsable présumé du massacre du quartier de Tadamon – qui a causé la mort de plus de 280 civils le 16 avril 2013 à Damas –, a été arrêté par les forces de sécurité syriennes le 24 avril 2026. Les enquêteurs étudient désormais son éventuelle implication dans l’exécution de la fratrie Abbassi.
Cette arrestation s’inscrit dans le cadre des efforts des nouvelles autorités syriennes pour faire la lumière sur les crimes commis pendant le conflit. Depuis la chute du régime d’Assad en décembre 2024, des commissions d’enquête ont été mises en place pour identifier les responsables des exactions et rétablir la vérité sur les disparitions forcées.
Un émoi national et des appels à la justice
Sur les réseaux sociaux, l’annonce de la confirmation de l’exécution de la fratrie Abbassi a suscité une vague d’indignation. Le site syrien Al-Joumhouriya souligne que cette affaire rouvre « douloureusement le dossier des personnes disparues en Syrie, à un moment où les appels se multiplient pour accélérer le processus de justice transitionnelle et poursuivre les personnes impliquées dans des crimes ».
Cette affaire intervient alors que les autorités syriennes tentent de se reconstruire après la chute du régime d’Assad. En décembre 2024, les forces rebelles et une coalition internationale ont mis fin à près de quatorze ans de conflit. Pourtant, les séquelles de la guerre – disparitions, crimes de guerre, traumatismes – continuent de hanter la société syrienne.
Cette affaire rappelle également l’urgence de mettre en place des mécanismes de réparation pour les victimes et leurs proches. Selon les ONG, plus de 6,7 millions de Syriens restent déplacés à l’intérieur ou à l’extérieur du pays, et des milliers de familles attendent encore des nouvelles de leurs proches disparus.
Cette confirmation ravive le débat sur les crimes commis par le régime d’Assad pendant la guerre en Syrie. Elle rappelle également l’ampleur des exactions – disparitions forcées, exécutions sommaires – et relance les appels à la justice transitionnelle pour les milliers de familles encore en quête de vérité.
Créée en mai 2025 par les nouvelles autorités syriennes, cette commission a pour mission d’enquêter sur les disparitions forcées commises pendant le conflit (2011-2024) et d’identifier les responsables. Elle travaille en collaboration avec des organisations internationales et des ONG locales.