Une mission franco-syrienne a effectué la première inspection du monastère de Saint-Siméon, situé près d’Alep, depuis la fin du conflit en 2024. Selon Le Figaro, ce site byzantin du Ve siècle, classé à l’Unesco, porte encore les stigmates des bombardements, des pillages et des occupations militaires qui l’ont frappé entre 2011 et 2024.
Ce qu'il faut retenir
- Le monastère de Saint-Siméon, construit vers la fin du Ve siècle, a subi des dommages estimés entre 30 % et 40 % de sa structure, notamment l’effondrement de l’arc ouest et de ses colonnes.
- La colonne de Saint-Siméon, symbole du monastère, a vu ses vestiges dispersés ; sa reconstitution fait partie des priorités de la restauration.
- Une équipe franco-syrienne a réalisé un premier diagnostic sur place le 18 juillet 2026, après des années d’inaccessibilité.
- La France et la Syrie collaborent avec des partenaires comme la Fondation Aliph et l’ambassade de France pour financer les travaux.
- Le site, autrefois lieu de pèlerinage majeur, pourrait retrouver une vocation touristique et religieuse une fois restauré.
Un joyau byzantin meurtri par près de quinze ans de conflit
Classé au patrimoine mondial de l’Unesco au titre des « villes mortes » du nord de la Syrie, le monastère de Saint-Siméon incarne un pan majeur de l’histoire chrétienne. Construit vers la fin du Ve siècle autour de la colonne de Saint-Siméon le Stylite — un ascète ayant vécu perché sur une colonne pendant quarante ans selon la tradition —, le site a attiré des pèlerins pendant des siècles. Pourtant, la guerre civile syrienne, qui a éclaté en 2011, a transformé ce lieu de spiritualité en cible de destructions systématiques.
Selon Abdel Jalil Arabi, directeur du site, le monastère a été « pillé, victime de fouilles illégales, utilisé à des fins militaires et laissé à l’abandon ». Les dégâts sont particulièrement visibles dans sa partie sud-est, où des murs se sont effondrés et des arcs fissurés. L’église principale, en revanche, reste globalement intacte, tout comme les habitations des moines. « Entre 30 % et 40 % du site a été endommagé, notamment l’arc ouest qui s’est écroulé avec ses colonnes », précise-t-il. La colonne emblématique, dont seul le socle subsiste, a vu ses vestiges dispersés — un défi majeur pour sa reconstitution.
Une première inspection après des années d’inaccessibilité
Le 18 juillet 2026, une délégation archéologique française, accompagnée d’une équipe de l’AFP, s’est rendue sur le site pour une première évaluation depuis la fin du conflit. Micheline Kurdi, spécialiste du patrimoine archéologique franco-syrienne de 42 ans, a parcouru les ruines avec pour mission de « documenter l’état des lieux » et de planifier des « interventions rapides ». Elle n’avait plus foulé le sol de Saint-Siméon depuis 2010, avant le début de la guerre.
« Il y a des dommages irréparables dans la partie sud-est du monastère, mais l’église est en bon état », a-t-elle déclaré à l’AFP. Sur place, les journalistes ont constaté des arcs fissurés et des murs partiellement effondrés, tandis que la structure générale du monastère conservait une certaine solidité. « On doit revoir les plans anciens pour réinstaller le socle et la partie qui en subsiste », a ajouté Micheline Kurdi, dont la thèse de doctorat porte sur ce site.
Une restauration en partenariat franco-syrien et international
La France, impliquée dans l’archéologie syrienne depuis le début du XXe siècle, joue un rôle central dans ce projet. Jean-Baptiste Faivre, chargé d’affaires français en Syrie et membre de la délégation, a souligné l’importance du site : « Ce patrimoine est extrêmement important, non seulement pour le passé de la Syrie, mais aussi pour son avenir économique et touristique. » Il a annoncé une « coopération entre la Direction générale des antiquités et des musées de Syrie et les institutions culturelles françaises » pour restaurer et développer le lieu.
Plusieurs partenaires financiers sont déjà mobilisés, dont l’ambassade de France et la Fondation Aliph, une organisation internationale dédiée à la protection du patrimoine dans les zones de conflit. Vincent Gelot, chargé de mission pour l’Œuvre d’Orient — une ONG chrétienne active au Liban et en Syrie —, a exprimé l’espoir que « les touristes et les pèlerins reviennent un jour dans ce lieu, qui porte un message et continue de nous parler aujourd’hui ». La restauration devrait se faire en plusieurs phases, avec un soutien financier et technique international.
Un patrimoine qui a subi plusieurs vagues de destructions
Le monastère de Saint-Siméon n’a pas seulement été victime de la guerre. En mai 2016, il a été touché par une frappe aérienne dont l’Unesco a condamné l’impact. Puis, en février 2023, un séisme dévastateur en Syrie et en Turquie a fragilisé davantage ses arcs et ses murs, aggravant les dégâts existants. Entre 2011 et 2024, le site a également servi de base à différentes factions armées, ce qui a accéléré sa dégradation.
Malgré ces épreuves, certains éléments ont résisté. Le socle de la colonne de Saint-Siméon est toujours debout, et l’église centrale reste debout, offrant une lueur d’espoir pour la reconstruction. Selon Abdel Jalil Arabi, le monastère a été « utilisé comme camp militaire, ce qui a aggravé les dommages ». Aujourd’hui, les archéologues doivent aussi composer avec les pillages et les fouilles sauvages qui ont dispersé des artefacts.
Reste à savoir si le site pourra retrouver sa vocation première de pèlerinage et de tourisme, une fois les travaux achevés. La sécurité sur place devra également être garantie pour éviter de nouveaux pillages. Une chose est sûre : la restauration de Saint-Siméon s’inscrit dans un effort plus large de préservation du patrimoine syrien, durement éprouvé par plus d’une décennie de conflit.
Les principaux défis incluent la reconstitution de la colonne emblématique, dont les vestiges sont dispersés, ainsi que la consolidation des structures fragilisées par les bombardements et le séisme de 2023. La sécurisation du site contre de nouveaux pillages et la coordination entre les partenaires internationaux (France, Syrie, Fondation Aliph) figurent aussi parmi les obstacles majeurs.
Les autorités syriennes et leurs partenaires visent une finalisation des plans d’ici la fin de l’année 2026, avec un début des travaux prévu pour 2027, sous réserve de l’obtention des financements nécessaires. La première phase devrait se concentrer sur les interventions d’urgence pour stabiliser les structures.