Selon BMF - International, Taïwan a démarré ce mercredi 5 août 2026 ses plus importants exercices militaires annuels, baptisés « Han Kuang ». Ces manœuvres, qui s’achèveront le 14 août, visent à préparer l’île à une éventuelle invasion chinoise, dans un contexte de tensions croissantes avec Pékin. Ces exercices, les plus vastes de l’année, incluent des scénarios de combat réalistes et des simulations de réaction à une attaque militaire.
Ce qu'il faut retenir
- Les exercices « Han Kuang » se déroulent du 5 au 14 août 2026 et mettent l’accent sur des scénarios de combat réalistes.
- Cette année, l’accent est mis sur la décentralisation du commandement pour permettre une réaction plus rapide en cas d’attaque.
- Les civils sont également impliqués, avec des exercices d’alerte aérienne et des ralentissements temporaires des débits Internet mobile.
- Taïwan simule un blocus chinois dans les eaux à l’est de l’île et évalue la capacité des usines à maintenir la production en temps de guerre.
- Les dépenses de défense de Taïwan devraient représenter 5 % du PIB d’ici 2030, un objectif contesté par l’opposition parlementaire.
Des manœuvres axées sur la préparation à un conflit avec la Chine
Les exercices « Han Kuang » s’inscrivent dans une stratégie de défense renforcée face à la pression constante exercée par la Chine. Selon les responsables taïwanais, ces manœuvres permettent aux troupes et aux réservistes de s’entraîner à réagir rapidement à une attaque militaire. L’un des principaux axes de ces exercices est la décentralisation du commandement, afin que les officiers sur le terrain puissent prendre des décisions opérationnelles sans attendre des ordres centraux. « La formation peut toujours être améliorée », a déclaré le ministre de la Défense taïwanais, Wellington Koo, lors du lancement des manœuvres mercredi. « Nous continuerons donc à nous entraîner avec assiduité et intensité, afin d’être parfaitement préparés en temps de paix et capables de mener à bien nos missions en temps de guerre ».
Les exercices incluent également des simulations de blocus chinois dans les eaux à l’est de l’île, avec le déploiement de navires de la marine et des garde-côtes pour escorter les ravitaillements. Par ailleurs, Taïwan évaluera « la capacité des usines mobilisées à soutenir la production en temps de guerre » et testera la « relocalisation en temps de guerre » d’usines militaires et civiles, ont indiqué des responsables de la défense.
Une société taïwanaise mobilisée face à la menace chinoise
Les manœuvres ne se limitent pas aux forces armées. Les civils sont également mis à contribution, avec des exercices d’alerte aérienne et des ralentissements temporaires des débits Internet mobile. Mercredi, des dizaines de réservistes se sont déployés le long d’une plage donnant sur le détroit de Taïwan, tirant avec des fusils d’assaut de fabrication locale sur des cibles. Le président taïwanais, Lai Ching-te, a rappelé l’importance d’une défense nationale renforcée et d’une résilience impliquant l’ensemble de la société. « Alors que l’autoritarisme du PCC ne cesse de s’étendre, la terreur rouge se propage également aux quatre coins du monde », a-t-il déclaré lors d’un forum sur la sécurité à la veille des exercices. « Nous continuerons à renforcer notre défense nationale et à mettre en place une défense et une résilience impliquant l’ensemble de la société ».
Ces exercices interviennent dans un contexte de tensions accrues entre Taïwan et la Chine, qui considère l’île comme une province chinoise et n’exclut pas le recours à la force pour en prendre le contrôle. Pékin déploie quasi quotidiennement des navires, des avions de chasse et des garde-côtes autour de Taïwan, tout en renforçant ses « tactiques de zone grise » — des actions coercitives qui ne constituent pas un acte de guerre — autour de l’île et de ses îles périphériques.
Un désaccord persistant sur le budget de la défense
Sous la pression des États-Unis, qui encouragent Taïwan à investir davantage dans sa sécurité, l’île a augmenté ses dépenses de défense et modernisé son armement, notamment en se dotant de drones pour mener une guerre asymétrique. Le gouvernement de Lai Ching-te s’est engagé à porter les dépenses de défense à 5 % du PIB d’ici 2030. Cependant, cet objectif est contesté par les partis d’opposition, qui contrôlent le Parlement. En mai 2026, le Kuomintang (KMT) et le Parti du peuple taïwanais (TPP) ont adopté un budget spécial de défense de 25 milliards de dollars, réduisant d’un tiers le montant initialement demandé par le Parti démocrate progressiste (DPP) au pouvoir.
Cette divergence illustre les tensions politiques internes à Taïwan, alors que l’île cherche à renforcer ses capacités militaires face à une menace chinoise perçue comme de plus en plus pressante. Les exercices « Han Kuang » s’inscrivent donc dans une stratégie globale visant à préparer aussi bien les militaires que les civils à une éventuelle confrontation.
Pour l’heure, Taïwan poursuit sa stratégie de préparation à un conflit, tout en cherchant à renforcer sa résilience économique et sociale. Les exercices « Han Kuang » pourraient également servir à envoyer un message de fermeté à Pékin, tout en rassurant la population sur la capacité de l’île à faire face à une éventuelle crise.
La Chine considère Taïwan comme une province inaliénable de son territoire depuis la fin de la guerre civile chinoise en 1949, lorsque les nationalistes du Kuomintang se sont repliés sur l’île. Pékin rejette toute idée d’indépendance pour Taïwan et n’exclut pas le recours à la force pour en prendre le contrôle.
La « zone grise » désigne des actions coercitives menées par la Chine — comme des intrusions de navires ou d’avions — qui ne constituent pas un acte de guerre, mais visent à exercer une pression constante sur Taïwan. Ces manœuvres sont conçues pour épuiser les ressources et la volonté de résistance de l’île sans déclencher une réponse militaire directe.