Depuis le 1er juillet 2025, chaque colis de moins de 150 euros importé dans l’Union européenne est surtaxé de 3 euros, une mesure qui a drastiquement ralenti le flux de petits envois en provenance d’Asie. Selon nos confrères de BFM Business, cette taxe a entraîné une chute des importations de 30 à 40 % au sein des 27 États membres, mettant fin à l’afflux massif de colis expédiés par des géants du e-commerce comme Shein, AliExpress ou Temu.
Côté français, l’impact est particulièrement marqué. En 2025, seulement 5,8 milliards de petits colis ont été distribués en Europe, contre une progression exponentielle entre 2022 et 2024. À l’aéroport Charles-de-Gaulle, le trafic de ces colis a été multiplié par cinq en deux ans, la majorité d’entre eux étant non conformes aux normes européennes.
Ce qu'il faut retenir
- Baisse de 30 à 40 % des importations de petits colis (< 150 €) dans l’UE depuis le 1er juillet 2025, après l’instauration d’une taxe de 3 € par envoi.
- 5,8 milliards de colis distribués en Europe en 2025, contre une explosion du trafic entre 2022 et 2024.
- 70 % des colis contrôlés en 2025 non conformes, dont 45 % jugés « dangereux » par les autorités françaises.
- Les plateformes ciblées : Shein, AliExpress et Temu, accusées de contourner les règles douanières et environnementales.
- La France, pionnière avec une taxe de 2 € dès mars 2025, a suspendu son dispositif après la généralisation européenne.
Une taxe européenne pour freiner l’invasion des colis asiatiques
L’objectif affiché par Bruxelles et les États membres était clair : limiter l’afflux de produits asiatiques à bas prix, souvent non conformes aux réglementations européennes en matière de sécurité ou d’environnement. Avant cette mesure, les douanes étaient submergées par des millions de colis de moins de 150 €, principalement expédiés depuis la Chine ou d’autres pays asiatiques. Ces envois échappaient jusqu’alors aux droits de douane, grâce à une franchise accordée aux envois de faible valeur, un dispositif largement exploité par les plateformes de e-commerce.
Désormais, chaque colis est soumis à une surtaxe de 3 €, un montant jugé suffisant pour décourager une partie des consommateurs. Cette taxe s’applique à tous les colis importés dans l’UE, quel que soit leur pays d’origine, mais vise particulièrement les géants asiatiques qui inondaient le marché européen avec des produits à bas coût et souvent de mauvaise qualité.
Un coup dur pour les géants du e-commerce asiatique
Shein, AliExpress et Temu figuraient parmi les principales cibles de cette mesure. Ces plateformes, spécialisées dans la vente de produits à très bas prix, avaient bâti leur modèle économique sur l’envoi massif de petits colis, souvent à la limite de la légalité. En 2024, près de 70 % des colis contrôlés à leur arrivée en France ne respectaient pas les normes européennes, selon les données de Bercy. Les produits concernés allaient des vêtements aux accessoires électroniques, en passant par des jouets non conformes aux exigences de sécurité.
La taxe a immédiatement réduit leur attractivité. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre 30 et 40 % de colis en moins ont franchi les frontières de l’UE depuis juillet. Un revers significatif pour ces acteurs, qui avaient su capitaliser sur la gratuité des frais de douane pour des envois de faible valeur.
La France, pionnière mais contournée
La France avait tenté une première approche dès mars 2025, en instaurant une taxe de 2 € sur les petits colis. Cependant, cette mesure s’était révélée peu efficace, les consommateurs et les plateformes ayant contourné le dispositif en redirigeant leurs commandes vers des pays voisins comme les Pays-Bas ou la Belgique. Face à ce contournement, les autorités françaises ont décidé de suspendre leur taxe en attendant une solution coordonnée au niveau européen.
La généralisation de la surtaxe à 3 € dans toute l’UE a mis fin à cette faille. Désormais, plus aucun État membre ne peut servir de porte d’entrée pour ces colis non taxés. Une décision saluée par le ministre de l’Économie, Roland Lescure, qui y voit une preuve que « face à la Chine, il n’y a pas de fatalité ».
« Face à la Chine, il n’y a pas de fatalité »
— Roland Lescure, ministre de l’Économie, lors de l’événement de rentrée du Medef.
Des colis souvent dangereux et non conformes
Au-delà de l’aspect commercial, les autorités européennes et françaises soulignent un autre problème majeur : la dangerosité d’une partie de ces colis. En 2025, 700 contrôles ont été menés sur des petits colis importés, et les résultats sont alarmants. 70 % d’entre eux ne respectaient pas les normes en vigueur, tandis que 45 % étaient considérés comme « dangereux » par les services douaniers.
Ces produits non conformes posent des risques pour les consommateurs – jouets sans certification CE, vêtements inflammables, batteries défectueuses – mais aussi pour l’environnement. Les colis sont souvent emballés dans des matériaux non recyclables, et leur transport massif génère une empreinte carbone importante, malgré leur faible valeur individuelle.
Quelles conséquences pour les consommateurs et les plateformes ?
Pour les consommateurs, la taxe a un impact direct sur le prix des produits importés. Les articles autrefois vendus à bas prix voient leur coût augmenter de 3 €, voire plus si les frais de port s’ajoutent. Certains acteurs du e-commerce ont tenté de répercuter cette taxe sur les prix, mais d’autres ont préféré absorber une partie de la surcharge pour maintenir leur compétitivité.
Côté plateformes, les conséquences sont encore plus lourdes. Shein, AliExpress et Temu ont vu leur chiffre d’affaires lié au marché européen chuter, certains consommateurs se tournant vers des alternatives locales ou européennes. D’autres, moins sensibles au prix, continuent d’acheter malgré la taxe, mais en plus petites quantités. Les géants asiatiques pourraient adapter leur stratégie en réduisant la fréquence des envois ou en ciblant des marchés moins taxés, comme l’Amérique du Nord ou l’Asie du Sud-Est.
Reste à voir si cette stratégie portera ses fruits. En attendant, les douanes européennes et les États membres devront continuer à surveiller de près l’évolution des flux de petits colis, tout en trouvant un équilibre entre protection des consommateurs et préservation du commerce en ligne.
Le montant de 3 € a été fixé pour décourager une partie des consommateurs sans rendre les produits totalement inaccessibles. Une surtaxe trop élevée aurait risqué de pénaliser les petites entreprises et les particuliers, tandis qu’un montant trop bas n’aurait pas eu l’effet dissuasif escompté. Les autorités européennes ont privilégié un compromis pour limiter l’afflux de colis non conformes sans étouffer totalement le e-commerce transfrontalier.