Et si les difficultés de concentration observées chez les adultes atteints de trouble déficitaire de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) s'expliquaient par des micro-pauses cérébrales ? Une étude internationale, publiée le 16 mars 2026 dans le Journal of Neuroscience et menée par des chercheurs de l'Inserm et de l'Université Monash en Australie, révèle que des ondes lentes associées au sommeil profond pourraient s'immiscer dans l'activité cérébrale en période d'éveil chez ces patients. Selon Futura Sciences, ces intrusions expliqueraient en partie les oublis fréquents, les erreurs d'inattention et les difficultés à maintenir une attention soutenue.
Ce qu'il faut retenir
- Le TDAH touche environ 2,5 % des adultes, un trouble encore mal compris sur le plan biologique.
- Une étude internationale, impliquant l'Inserm et l'Université Monash, met en évidence des intrusions d'ondes lentes de sommeil pendant l'éveil chez les patients atteints de TDAH.
- Ces ondes, plus denses chez les adultes TDAH, sont corrélées à une augmentation des erreurs d'inattention et des temps de réaction variables.
- Les participants rapportent davantage d'épisodes de vagabondage mental et de « blancs mentaux », liés à ces micro-pauses cérébrales.
- Ces résultats pourraient ouvrir la voie à de nouvelles approches thérapeutiques, notamment en agissant sur la qualité du sommeil ou la régulation de la vigilance.
Pour parvenir à ces conclusions, les scientifiques ont comparé l'activité cérébrale de 32 adultes atteints de TDAH sous traitement médicamenteux à celle de 31 adultes neurotypiques, alors que les participants réalisaient une tâche exigeant une attention soutenue. Les résultats montrent que les adultes TDAH présentent une densité significativement plus élevée d'ondes lentes, habituellement observées lors du sommeil profond. « Plus leur densité est élevée, plus les participants commettent d'erreurs d'inattention et présentent des temps de réaction plus lents ou plus variables », résume Thomas Andrillon, chercheur Inserm à l'Institut du Cerveau et dernier auteur de l'étude.
Les participants TDAH ont également rapporté une fatigue accrue au fil de l'effort attentionnel, corrélée à l'accumulation de ces ondes lentes. « Chez les personnes neurotypiques, une longue course à pied finit par imposer une pause due à la fatigue physique. Pour le cerveau, c'est la même logique : après une journée d'éveil ou une mauvaise nuit, des ondes lentes apparaissent brièvement », explique Thomas Andrillon. Cependant, chez les adultes TDAH, ces pauses cérébrales surviennent plus fréquemment et pourraient ainsi expliquer leurs difficultés à maintenir une attention stable.
Un biomarqueur potentiel pour le diagnostic du TDAH
Selon les auteurs de l'étude, ces ondes lentes pourraient constituer un biomarqueur clé pour mieux comprendre et diagnostiquer le TDAH. « Ces intrusions de sommeil local pourraient relier le diagnostic de TDAH aux symptômes comportementaux observés au quotidien », souligne Thomas Andrillon. En effet, les participants TDAH ont décrit des épisodes de vagabondage mental (mind wandering) et de blanc mental (mind blanking), directement liés à ces micro-pauses cérébrales. Ces phénomènes, bien que présents chez tout individu, seraient amplifiés et plus fréquents chez les personnes atteintes de TDAH, impactant significativement leur qualité de vie.
Les chercheurs suggèrent que le TDAH pourrait être, au moins en partie, un trouble de la régulation de l'éveil et de la vigilance. « Ces ondes de sommeil local pourraient devenir un biomarqueur clé pour le diagnostic », avance Thomas Andrillon. Cette découverte ouvre des perspectives pour le développement de nouvelles stratégies thérapeutiques, qu'elles soient pharmacologiques ou non médicamenteuses. Par exemple, des interventions visant à améliorer la qualité du sommeil ou à stabiliser les mécanismes de vigilance pourraient être envisagées pour réduire ces intrusions cérébrales.
Vers de nouvelles pistes thérapeutiques ?
Les résultats de cette étude pourraient également inspirer des approches innovantes pour atténuer les symptômes du TDAH. « Certaines recherches ont montré que la stimulation auditive pendant le sommeil peut renforcer les ondes lentes nocturnes, réduisant ainsi l'apparition d'une activité cérébrale proche du sommeil durant l'éveil le lendemain », explique Thomas Andrillon. Une prochaine étape consisterait à évaluer si cette méthode pourrait diminuer les intrusions de sommeil local chez les personnes atteintes de TDAH. D'autres pistes, comme l'optimisation des rythmes circadiens ou l'utilisation de techniques de neurofeedback, pourraient également être explorées.
Ces avancées s'inscrivent dans un contexte où le TDAH reste un trouble encore mal pris en charge chez l'adulte, malgré une prévalence estimée à 2,5 % de la population adulte. Les traitements actuels, souvent médicamenteux, ne conviennent pas à tous les patients et peuvent entraîner des effets secondaires. Une meilleure compréhension des mécanismes cérébraux sous-jacents pourrait donc permettre de proposer des solutions plus ciblées et personnalisées, adaptées aux besoins spécifiques de chaque individu.
Cette étude, publiée dans un journal scientifique de référence, marque une avancée significative dans la compréhension du TDAH. Elle rappelle également l'importance d'une prise en charge globale du trouble, intégrant à la fois des approches médicamenteuses et non médicamenteuses pour améliorer la qualité de vie des patients.
À ce stade, les résultats de l'étude ouvrent des pistes pour mieux comprendre les mécanismes cérébraux du TDAH et proposer des traitements plus ciblés. Cependant, aucune solution miracle n'est encore disponible. Les approches thérapeutiques actuelles restent centrées sur la gestion des symptômes, et non sur une guérison définitive du trouble.
Non. Ces micro-pauses, ou « sommeil local », surviennent chez tout individu après un effort mental intense ou en cas de fatigue. Cependant, elles sont plus fréquentes et plus marquées chez les personnes atteintes de TDAH, ce qui pourrait expliquer leurs difficultés à maintenir une attention soutenue.
