Vingt-cinq ans après la tentative de coup d’État avortée contre le président Ange-Félix Patassé en République centrafricaine (RCA), un fils de victime réclame justice. Selon RFI, François Nelson Ndjadder, dont le père, commandant de la gendarmerie, a été tué lors de ces événements en mai 2001, exige que des poursuites soient engagées à l’encontre de l’ancien chef de l’État François Bozizé et de ses complices. Ce dernier, alors chef d’état-major des armées, a ensuite dirigé le pays de 2003 à 2013 avant de s’exiler en Guinée-Bissau.

Ce qu'il faut retenir

  • En mai 2001, une tentative de coup d’État a visé le président centrafricain Ange-Félix Patassé, alors en fonction depuis 1993.
  • Le commandant de la gendarmerie, père de François Nelson Ndjadder, a été tué durant ces événements.
  • François Bozizé, alors chef d’état-major, est devenu président de la RCA de 2003 à 2013 avant de s’exiler.
  • Ndjadder demande des poursuites contre Bozizé et ses complices, estimant que les responsables de violences politiques bénéficient trop souvent d’impunité.

Un appel à la justice après plus de deux décennies

François Nelson Ndjadder a exprimé son amertume face à ce qu’il considère comme une impunité systématique en RCA. Dans un entretien rapporté par RFI, il a souligné : « À chaque régime qui se succède à la tête de la République centrafricaine, ses commanditaires et les assassins sont toujours protégés et les victimes sont abandonnées à leur propre sort. » Pour lui, cette situation perpétue un cycle de violences non résolues, où les auteurs de crimes politiques échappent à toute responsabilité.

La tentative de coup d’État de 2001 avait marqué un tournant dans l’histoire politique récente du pays. Elle s’inscrivait dans un contexte de tensions persistantes entre factions militaires et politiques, aggravé par des rivalités ethniques et des luttes pour le pouvoir. À l’époque, François Bozizé, alors en poste au sein de l’armée, avait été accusé d’avoir joué un rôle central dans cette entreprise. Son accession à la présidence en 2003, après avoir renversé Patassé, avait renforcé les accusations de complicité dans les violences commises.

François Bozizé : d’un rôle clé à l’exil

Avant de devenir président, François Bozizé occupait le poste de chef d’état-major des armées sous la présidence d’Ange-Félix Patassé. Son implication présumée dans la tentative de coup d’État de 2001 a été un élément central des accusations portées contre lui par ses détracteurs. Après avoir pris le pouvoir par la force en 2003, il a dirigé la RCA pendant une décennie, une période marquée par des conflits armés internes et une instabilité chronique.

En 2013, Bozizé a été renversé par une coalition de groupes rebelles, la Séléka, avant de s’exiler en Afrique du Sud puis en Guinée-Bissau. Depuis son départ, plusieurs plaintes et mandats d’arrêt internationaux ont été émis à son encontre, notamment pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Pourtant, il n’a jamais été jugé pour son rôle dans la tentative de coup d’État de 2001 ou pour les violences ultérieures.

L’impunité, un problème récurrent en RCA

Le cas de François Nelson Ndjadder illustre un phénomène plus large en République centrafricaine : l’impunité quasi systématique des auteurs de violences politiques. Depuis l’indépendance en 1960, le pays a connu une succession de coups d’État, de rebellions et de conflits intercommunautaires, souvent suivis de cycles de représailles sans que les responsables ne soient tenus pour comptes. Les mécanismes de justice transitionnelle, comme la Cour pénale spéciale (CPS) créée en 2015, peinent à s’imposer face à des obstacles politiques et logistiques.

— Cette impunité, rappelle Ndjadder, envoie un signal dangereux aux futurs auteurs de violences, qu’ils soient militaires ou politiques. — La communauté internationale, bien que régulièrement interpellée sur la question, reste divisée sur les moyens à mettre en œuvre pour briser ce cycle.

Et maintenant ?

François Bozizé, toujours en exil en Guinée-Bissau, n’est pas à l’abri de nouvelles procédures judiciaires. La Guinée-Bissau, membre de la CEDEAO, pourrait être sollicitée pour une extradition si un nouveau mandat est émis par la justice centrafricaine. Par ailleurs, la Cour pénale spéciale (CPS) de RCA, bien qu’opérationnelle, reste confrontée à des défis majeurs, notamment en termes de moyens et de sécurité pour ses enquêtes.

Du côté des victimes, la pression pour obtenir justice ne faiblit pas. Des associations de défense des droits humains appellent à une coopération renforcée entre la RCA et les juridictions internationales, comme la Cour pénale internationale (CPI), qui a déjà ouvert des enquêtes sur des crimes commis dans le pays.

En attendant, François Nelson Ndjadder et d’autres familles de victimes continuent de réclamer que les responsables des violences passées, dont Bozizé, répondent de leurs actes. Leur combat illustre les défis persistants de la République centrafricaine en matière de réconciliation nationale et de restauration de l’État de droit.

François Bozizé est actuellement en exil en Guinée-Bissau. Plusieurs mandats d’arrêt internationaux ont été émis contre lui, notamment pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. La justice centrafricaine pourrait demander son extradition si un nouveau mandat est émis.

La CPS, créée en 2015, a pour mission de juger les crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis en RCA depuis 2003. Cependant, son action se concentre davantage sur les violences récentes que sur les événements de 2001, faute de moyens et de preuves suffisantes.