En Thaïlande, le défi de sobriété qui mobilise chaque année des millions de personnes s’étend sur trois mois, bien loin du traditionnel « Dry January ». Cette campagne, baptisée « Stop drinking » (« Arrête de boire »), s’appuie sur des traditions bouddhistes pour encourager la modération alcoolique. Elle se déroule cette année du 24 juillet au 26 octobre, correspondant à la période équivalente au carême dans le bouddhisme, comme l’a rapporté Franceinfo - Santé.
Ce qu'il faut retenir
- La campagne « Stop drinking » existe depuis 2003, soit bien avant le « Dry January » lancé par les Anglo-Saxons.
- Elle s’étale sur trois mois, de fin juillet à fin octobre, pendant la période bouddhiste équivalente au carême.
- En 2025, 8 millions de personnes y ont participé, soit un tiers des buveurs du pays, selon les organisateurs.
- La Thaïlande est le 3e pays d’Asie où la consommation d’alcool par habitant est la plus élevée, selon l’OMS.
- Les spots publicitaires de la campagne mettent en scène un foie souriant et un jeune homme résistant aux tentations alcoolisées.
Contrairement au « Dry January », qui ne dure qu’un mois dans les pays occidentaux, la Thaïlande mise sur une durée prolongée pour ancrer de bonnes habitudes. Le programme, initié par la Fondation thaïlandaise pour la promotion de la santé, repose sur une approche à la fois ludique et spirituelle. Les participants, encouragés par des affiches et des applications mobiles, gagnent des points pour chaque journée sans alcool. Ces points se déclinent en plusieurs catégories : santé, économies, bonheur et temps passé en famille.
Un spot publicitaire emblématique montre un jeune homme, inspiré par un footballeur, esquivant habilement les pièges quotidiens : ses collègues lui proposent un verre après le travail, des amis insistent pour trinquer en terrasse, et une bouteille de bière fraîche l’attend au réfrigérateur. Sous le regard bienveillant de sa femme et de son fils, il choisit de refermer la porte du frigo. Une victoire symbolique, matérialisée par une coche sur son calendrier. Cette année encore, la campagne mise sur des visuels percutants et des messages positifs pour marquer les esprits.
Une campagne ancrée dans la culture bouddhiste
La Thaïlande, où 90 % de la population se déclare bouddhiste, s’appuie sur les préceptes de cette religion pour promouvoir la modération. L’un des cinq préceptes fondamentaux du bouddhisme interdit en effet la consommation d’alcool, car il trouble l’esprit et nuit à la discipline intérieure. La période choisie pour le « Stop drinking » correspond à Vassa, le carême bouddhiste, qui s’étend de la pleine lune du huitième mois lunaire à la pleine lune du onzième mois. Cette année, elle couvre donc du 24 juillet au 26 octobre.
Selon les organisateurs, le fait de formuler un vœu devant une représentation du Bouddha, que ce soit dans un temple ou en communauté, renforce l’engagement des participants. « Quand une personne fait un vœu devant une image sacrée, elle se sent moralement tenue de le respecter », explique un responsable de la Fondation thaïlandaise pour la promotion de la santé, cité par Franceinfo - Santé. Cette dimension spirituelle distingue la campagne thaïlandaise de ses équivalents occidentaux, davantage axés sur des arguments sanitaires ou économiques.
Les statistiques de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) placent la Thaïlande au troisième rang en Asie pour la consommation d’alcool par habitant. Pourtant, les autorités misent sur cette tradition pour inverser la tendance. En 2025, près de 8 millions de personnes ont participé au défi, un chiffre qui représente environ un tiers des buveurs du pays. Les organisateurs espèrent dépasser ce record cette année, malgré les défis posés par la popularité de la bière locale, comme la Singha ou la Chang.
Un défi populaire, mais des obstacles persistants
Le succès du « Stop drinking » s’explique en partie par son intégration dans la vie quotidienne des Thaïlandais. Les applications mobiles, développées pour accompagner la campagne, permettent aux participants de suivre leurs progrès, de partager leurs réussites et de comparer leurs performances avec celles des autres utilisateurs. Les points accumulés peuvent ensuite être échangés contre des récompenses, comme des réductions dans des magasins partenaires ou des places de cinéma.
Pourtant, le défi doit composer avec une culture où la consommation d’alcool reste profondément ancrée. Les soirées entre amis, les repas familiaux ou les célébrations religieuses s’accompagnent souvent de bières ou de spiritueux. Les organisateurs ont donc choisi une approche progressive, sans diaboliser l’alcool, mais en mettant en avant ses conséquences sur la santé. « L’objectif n’est pas de stigmatiser les buveurs, mais de leur montrer qu’une pause peut améliorer leur bien-être », précise un porte-parole de la campagne.
Les spots publicitaires, diffusés massivement à la télévision et sur les réseaux sociaux, jouent un rôle clé dans cette stratégie. L’un des plus populaires met en scène un foie souriant, personnifié, qui félicite les participants pour chaque journée sans alcool. Un autre montre une famille réunie autour d’un repas, où le père explique à son fils les bénéfices d’une consommation modérée. Ces messages, à la fois humoristiques et touchants, visent à toucher toutes les générations.
Le « Stop drinking » illustre ainsi une approche originale de la santé publique, mêlant traditions locales, innovation numérique et messages positifs. En Thaïlande, la sobriété n’est pas une contrainte, mais une expérience collective, rythmée par des défis et des récompenses. Une formule qui pourrait inspirer d’autres nations, au-delà des frontières du royaume.
Tout le monde peut participer, qu’il soit buveur occasionnel ou régulier. Il suffit de s’inscrire sur l’application dédiée ou de s’engager publiquement, par exemple en formulant un vœu devant une image du Bouddha. Les participants sont ensuite encouragés à tenir un calendrier et à gagner des points pour chaque journée sans alcool.