Les plateformes de vidéos courtes sont aujourd’hui confrontées à une invasion de contenus générés par intelligence artificielle, et TikTok en fait les frais de manière particulièrement marquée. Selon BDM, les vidéos de faible qualité, baptisées « slop » dans le jargon du secteur, représentent désormais une part prépondérante du flux de la plateforme. Pire, cette tendance est trois fois plus prononcée que sur YouTube, où le phénomène était déjà bien documenté. L’étude souligne également que les contenus destinés aux enfants figurent parmi les plus touchés par cette saturation algorithmique.

Ce qu'il faut retenir

  • Les vidéos de type « slop » (contenus de mauvaise qualité générés par IA) représentent trois fois plus de contenus sur TikTok que sur YouTube, selon BDM.
  • Les contenus pour enfants sont particulièrement saturés par ce type de vidéos, sans distinction de plateforme.
  • Les algorithmes de recommandation favorisent la diffusion massive de ces vidéos, malgré leur manque de valeur ajoutée.
  • Le phénomène s’accélère depuis l’intégration massive d’outils d’IA générative dans les flux de création de contenu.

Un phénomène en pleine expansion sur les réseaux sociaux

L’essor des outils d’intelligence artificielle a ouvert la voie à une production de masse de contenus, parfois sans contrôle éditorial ni qualité. D’après l’étude de BDM, le « slop » – terme désignant ces vidéos répétitives, peu engageantes ou simplement mal conçues – représente désormais une norme sur certains fils d’actualité, et TikTok n’y échappe pas. Le réseau social, qui mise sur un algorithme de recommandation ultra-personnalisé, se retrouve en première ligne face à cette tendance. Le phénomène n’est pas isolé : YouTube, malgré une régulation plus stricte, n’est pas épargné, mais à une échelle moindre. La différence de volume s’explique en partie par la vitesse de diffusion et la viralité propre à TikTok.

Parmi les contenus les plus affectés, ceux destinés aux plus jeunes occupent une place centrale. Les créateurs, qu’ils soient amateurs ou professionnels, exploitent les tendances et les recettes éprouvées par l’IA pour maximiser leur visibilité. Résultat : des vidéos aux scripts similaires, des voix synthétiques répétitives, ou encore des animations bas de gamme envahissent les fils d’actualité jeunesse. BDM indique que plus de 30 % des vidéos destinées aux moins de 13 ans pourraient être classées comme du « slop » selon les critères de l’étude.

Les algorithmes en première ligne, les régulateurs en retard

Le cœur du problème réside dans le fonctionnement des algorithmes de recommandation, conçus pour privilégier l’engagement à court terme. Ces systèmes, qui analysent le temps passé sur une vidéo ou les interactions générées, favorisent naturellement les contenus les plus faciles à produire en masse, même s’ils manquent de substance. Comme le précise l’étude de BDM, l’absence de filtrage éditorial ou de modération proactive aggrave la situation. Les plateformes, bien que conscientes du problème, peinent à trouver un équilibre entre liberté créative et protection des utilisateurs.

Les régulateurs, de leur côté, suivent de près l’évolution du phénomène. En Europe, le Digital Services Act (DSA) impose désormais aux grandes plateformes de modérer activement les contenus préjudiciables, y compris ceux générés par IA. Pourtant, l’application de ces règles reste inégale. TikTok, comme ses concurrents, affirme déployer des outils de détection automatisée, mais leur efficacité reste limitée face à la créativité des producteurs de « slop ».

Une menace pour la qualité et la confiance des utilisateurs

Au-delà de l’agacement des utilisateurs, c’est la crédibilité même des plateformes qui est en jeu. Les créateurs de contenus de qualité, souvent noyés sous l’afflux de vidéos low-cost, voient leur audience décliner au profit de comptes utilisant des techniques douteuses mais rentables. «

Les algorithmes récompensent l’engagement, pas la qualité. Tant que cela ne changera pas, le « slop » continuera de prospérer», a déclaré un expert en médiatisation interrogé par BDM.

Les parents, de leur côté, s’inquiètent de l’impact de ces contenus sur les plus jeunes. Les vidéos pour enfants, souvent marquées par des répétitions stériles ou des messages commerciaux déguisés, peuvent influencer leurs comportements ou leur perception de l’information. Les associations de protection de l’enfance appellent à une régulation plus stricte, mais les solutions concrètes se font encore attendre.

Et maintenant ?

La pression sur les plateformes pour lutter contre le « slop » devrait s’intensifier dans les prochains mois. TikTok a annoncé, dans un communiqué du 10 juin 2026, le déploiement d’un nouveau filtre basé sur l’IA pour détecter et limiter la diffusion de contenus générés automatiquement. YouTube, de son côté, a renforcé ses partenariats avec des créateurs « vérifiés » pour promouvoir des contenus de qualité. Reste à voir si ces mesures suffiront à inverser la tendance, ou si le « slop » restera une caractéristique indissociable des réseaux sociaux dans les années à venir.

Une chose est sûre : tant que les algorithmes privilégieront le volume à la pertinence, le phénomène continuera de croître. Les utilisateurs, eux, n’auront d’autre choix que de s’adapter – ou de se détourner des plateformes les plus touchées.