Une équipe de chercheurs français de l’Institut national de la recherche agronomique (Inrae) et de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) vient de lever un voile sur le fonctionnement des tiques, ces acariens vecteurs de maladies infectieuses comme la maladie de Lyme. Selon Franceinfo - Sciences, leurs travaux révèlent comment ces insectes contrôlent spécifiquement leur salive pour infecter leurs hôtes, ouvrant la voie à des traitements innovants.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus d’une tique sur quatre en France est porteuse d’un agent infectieux pour l’homme, selon l’Inrae.
  • Les tiques utilisent leur salive pour anesthésier leur hôte, neutraliser sa réponse immunitaire et transmettre des pathogènes.
  • Deux glandes salivaires, contrôlées par le cerveau de la tique, permettent une production continue de salive.
  • Cibler ce mécanisme pourrait bloquer la transmission de maladies sans affecter l’hôte.
  • La maladie de Lyme, non traitée, peut entraîner des troubles cutanés, neurologiques, cardiaques ou ophtalmologiques.

Un mécanisme de contamination méconnu jusqu’ici

Pour se nourrir du sang de leurs hôtes, humains ou animaux, les tiques injectent leur salive dans la peau de leur victime. Selon les chercheurs interrogés par Franceinfo - Sciences, cette salive joue un rôle clé dans la transmission des pathogènes. « Sans sa salive, la tique ne peut transmettre aucune maladie, car elle doit produire en permanence de la salive pour anesthésier son hôte, explique Ladislav Simo, directeur de recherches à l’Inrae. En neutralisant la réponse immunitaire de l’hôte, elle ouvre la porte aux infections. »

Ce processus, jusqu’alors peu documenté, repose sur deux glandes salivaires directement connectées au cerveau de l’insecte. Les scientifiques ont étudié comment ce système nerveux contrôle l’activité de ces glandes, permettant une salivation continue. Une découverte qui pourrait révolutionner la lutte contre ces vecteurs de maladies.

Vers des répulsifs ou traitements ciblant la salive

Les chercheurs estiment que leur travail ouvre la possibilité de développer de nouveaux types de répulsifs, gels ou patches. L’objectif ? Bloquer la production de salive chez la tique sans impacter l’hôte. « Si on cible le système de salivation, on empêche la tique de piquer et donc de transmettre des maladies », précise Ladislav Simo. Une approche qui pourrait compléter les méthodes existantes de prévention, comme l’utilisation d’insecticides ou le port de vêtements couvrants.

« Sans salive, pas de piqûre et donc pas de transmission de maladie. »
Ladislav Simo, directeur de recherches à l’Inrae

En France, où les tiques sont particulièrement présentes dans les zones boisées et humides, cette avancée pourrait avoir un impact sanitaire majeur. Selon l’Inrae, plus d’un quart des tiques collectées dans l’Hexagone sont porteuses d’un agent pathogène transmissible à l’homme.

La maladie de Lyme, une menace sous-estimée

Parmi les maladies transmises par les tiques, la maladie de Lyme figure parmi les plus redoutées. Ses symptômes, variés et parfois tardifs, peuvent inclure des éruptions cutanées, des douleurs articulaires, des troubles neurologiques ou cardiaques. « Si elle n’est pas traitée rapidement, la maladie de Lyme peut avoir des conséquences graves sur la santé », rappellent les auteurs de l’étude. Cette pathologie, en hausse depuis plusieurs années, touche chaque année des milliers de personnes en France, selon les autorités sanitaires.

Les travaux des chercheurs de l’Inrae et de l’Anses pourraient donc contribuer à réduire l’incidence de cette maladie, en limitant la capacité des tiques à contaminer leurs hôtes. Une avancée d’autant plus importante que les méthodes de prévention actuelles, comme l’inspection minutieuse du corps après une sortie en forêt, restent imparfaites.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes consisteront à tester en laboratoire l’efficacité des nouveaux traitements ou répulsifs ciblant la salive des tiques. Si ces essais s’avèrent concluants, des essais cliniques pourraient être envisagés d’ici deux à trois ans. En parallèle, les chercheurs explorent d’autres pistes, comme la modification génétique de certaines espèces de tiques pour réduire leur capacité à transmettre des pathogènes. Reste à voir si ces solutions pourront être déployées à grande échelle.

Cette découverte intervient alors que les autorités sanitaires appellent à une vigilance accrue face aux tiques, surtout durant les mois d’avril à octobre, période d’activité maximale de ces insectes. En attendant des solutions définitives, les experts recommandent de rester attentifs aux recommandations de prévention, comme l’utilisation de produits anti-tiques ou le port de vêtements longs en milieu boisé.

La maladie de Lyme se manifeste souvent par une éruption cutanée en forme de cible, appelée érythème migrant, accompagnée de fatigue, de fièvre, de maux de tête et de douleurs musculaires. En l’absence de traitement, elle peut évoluer vers des troubles neurologiques, des arthrites ou des problèmes cardiaques.

Pour limiter les risques, il est conseillé de porter des vêtements couvrants, d’utiliser des répulsifs à base de perméthrine ou de DEET, et d’inspecter soigneusement son corps après une sortie en forêt ou dans des zones herbeuses. Les animaux domestiques doivent également être protégés.