Depuis le printemps 2026, la gouverneure de Tokyo, Yuriko Koike, a lancé une nouvelle campagne baptisée « Tokyo Cool Biz », une extension de la célèbre initiative « Cool Biz » initiée en 2005. Selon BFM Business, cette initiative vise à assouplir les codes vestimentaires au travail face à des étés de plus en plus étouffants, autorisant désormais le port du short au bureau pour les fonctionnaires et les entreprises de la capitale japonaise.
Ce qu'il faut retenir
- La campagne « Tokyo Cool Biz » élargit la précédente initiative « Cool Biz » pour inclure le port du short au bureau, dans un contexte de canicules répétées.
- Un sondage de juin 2026 révèle que 53,5 % des Japonais s'opposent à cette mesure, contre 46,5 % de partisans, principalement en raison de la pilosité des jambes perçue comme inesthétique.
- Le terme « sunehara » (« harcèlement des tibias/jambes ») émerge sur les réseaux sociaux japonais pour dénoncer le malaise face aux jambes poilues des collègues masculins.
- Les salons d'épilation laser et les soins pour hommes connaissent un essor inédit, certains hommes optant pour cette solution pour éviter les critiques liées au port du short.
- L'été 2025 a été le plus chaud jamais enregistré au Japon depuis 1898, avec des températures dépassant régulièrement les 40 °C, ce qui pousse à repenser les tenues professionnelles.
Une révolution vestimentaire motivée par la canicule
Face à des étés de plus en plus chauds, Tokyo bouscule l'un des symboles les plus ancrés de la culture d'entreprise japonaise : le costume-cravate. Depuis le printemps 2026, le gouvernement métropolitain encourage ses agents et les entreprises à adopter une tenue plus légère, allant jusqu'à autoriser le port du short au bureau. Cette mesure s'inscrit dans la continuité de la campagne « Cool Biz », lancée en 2005 par Yuriko Koike alors ministre de l'Environnement, puis étendue après la catastrophe de Fukushima en 2011 avec le programme « Super Cool Biz ». Désormais, les autorités recommandent, lorsque les fonctions le permettent, le port de polos, de t-shirts, de baskets et donc de shorts.
Cette évolution répond à une réalité climatique : l'été dernier, le Japon a enregistré son été le plus chaud depuis le début des relevés en 1898. Selon l'Agence météorologique japonaise, les températures atteignant 40 °C et plus sont devenues si fréquentes que l'agence a créé une appellation officielle pour ces épisodes, les qualifiant de « journées cruellement chaudes », ou « kokusho ». Autant dire que le confort des salariés est devenu un enjeu de santé publique.
Des réactions contrastées face à cette libéralisation vestimentaire
Si certains fonctionnaires tokyoïtes ont rapidement adopté le short, comme Noboru Watanabe, 50 ans, pour qui « une fois qu'on porte un short, on se rend compte à quel point c'est confortable », cette mesure ne fait pas l'unanimité. Un sondage réalisé en juin 2026 par Gorilla Clinic révèle que 53,5 % des Japonais restent opposés au port du short au travail, contre 46,5 % qui y sont favorables. Les principales réserves concernent l'apparence des jambes elles-mêmes, notamment leur pilosité.
Sur les réseaux sociaux japonais, le terme « sunehara » (littéralement « harcèlement des tibias/jambes ») s'est imposé pour désigner le malaise ressenti face aux jambes très poilues de collègues masculins. Des témoignages abondent, comme celui de Sachie Koike, une agente immobilière de 52 ans : « Je n'ai aucun problème avec le fait que les hommes abandonnent la cravate ou la veste, mais le short va trop loin. Je l'associe à un jour de congé. Et les jambes poilues ne font pas très soignées au travail. »
« Excusez-moi, mais arrêtez ça. Les hommes âgés en short, c'est offensant. Certaines personnes ne veulent pas voir les tibias des hommes âgés. »
— Un témoignage anonyme publié sur le forum Girlschannel, rapporté par BFM Business.
L'épilation laser et les soins pour hommes en hausse
Cette nouvelle sensibilité a des conséquences inattendues : selon Akifumi Funatsu, directeur de Gorilla Clinic, de plus en plus d'hommes ont recours à l'épilation laser, non plus seulement pour des raisons esthétiques, mais pour pouvoir porter un short sans complexe. « Beaucoup cherchent désormais à se conformer à une nouvelle norme implicite de présentation au travail », explique-t-il. Honke Kazunari, propriétaire d'un salon de beauté pour homme, confirme cette tendance : « Un client m'a confié avoir réservé un soin des jambes car 'je n'avais vraiment pas envie de le faire, mais quand je porte un short, les gens disent que mes poils sur les jambes sont dégoûtants, alors je n'avais pas le choix'. »
Dans un pays où les normes sociales pèsent lourdement, cette pression est d'autant plus forte que les critiques envers les femmes, par exemple sur leur apparence physique, seraient immédiatement perçues comme du harcèlement. « Si vous dites à une femme que les femmes aux jambes épaisses sont dégoûtantes, vous vous exposez à une vive réaction. Mais est-il acceptable de dire à un homme que les poils sur ses jambes sont dégoûtants ? », s'interroge Honke Kazunari. Cette dynamique a boosté la demande pour les soins des jambes, devenus les prestations les plus prisées cet été dans son salon.
Entre moqueries et adhésion progressive dans les secteurs modernes
Face à ce phénomène, certains internautes japonais n'hésitent pas à ironiser. Le blogueur Kansou a publié un billet satirique intitulé : « Le nouveau mot terrifiant 'Sunehara' serait en train de se répandre ». Il y raconte une scène fictive pour se moquer de ceux qui se plaignent des poils : « Je prenais un café avec un jeune collègue dans un café quand j'ai été choquée dès l'instant où nous nous sommes assis l'un en face de l'autre. Ses jambes étaient incroyablement poilues. Les poils de ses jambes étaient facilement plus longs que la largeur d'un doigt, et leur densité était incroyable. On aurait dit une exposition permanente. Non, c'était plutôt un musée du Louvre des poils de jambes. »
Dans les secteurs les plus innovants, comme les start-up et les entreprises technologiques, le short est progressivement accepté. Mais dans les milieux traditionnels, comme le marketing ou la finance, le costume reste la norme. Takayuki Deguchi, employé dans une société de marketing où le costume est toujours obligatoire, envie ses collègues tokyoïtes : « Pouvoir porter un short pour mieux réguler sa température quand il fait si chaud est une approche très flexible », reconnaît-il.
Pour l'heure, Tokyo semble avoir ouvert une brèche dans les usages, mais le chemin vers une acceptation totale du short au travail reste semé d'embûches. Entre confort thermique et normes sociales, la bataille vestimentaire est loin d'être terminée.
La campagne « Tokyo Cool Biz » est une initiative lancée au printemps 2026 par la gouverneure de Tokyo, Yuriko Koike. Elle vise à assouplir les codes vestimentaires professionnels en autorisant le port de tenues plus légères, comme le short, en réponse aux étés de plus en plus chauds. Elle s'inscrit dans la continuité des campagnes « Cool Biz » (2005) et « Super Cool Biz » (2011), qui encourageaient déjà l'abandon de la veste et de la cravate en été.
Le terme « sunehara » (« harcèlement des tibias/jambes ») désigne le malaise ressenti par certaines personnes face à l'apparence des jambes de leurs collègues, notamment lorsqu'ils portent un short. Il est apparu sur les réseaux sociaux japonais pour dénoncer les jugements, souvent liés à la pilosité, qui poussent certains hommes à s'épiler pour éviter les critiques. Ce phénomène reflète les tensions entre l'assouplissement des codes vestimentaires et le maintien des normes sociales traditionnelles.