Le groupe français TotalEnergies et son partenaire italien Eni ont officialisé, le 28 juillet 2026, le lancement du projet gazier Cronos, une première pour Chypre et une étape clé pour la souveraineté énergétique de l’Europe. Selon Le Figaro, cette initiative s’appuie sur l’exploitation d’un gisement situé à 185 kilomètres au large des côtes chypriotes, dont la découverte remonte à 2022 et dont la viabilité économique a été confirmée deux ans plus tard.

Les deux énergéticiens ont validé la décision finale d’investissement (FID), marquant ainsi le coup d’envoi du projet. L’exploitation commerciale du champ gazier, qui devrait démarrer en 2028, s’inscrit dans une stratégie plus large visant à diversifier les sources d’approvisionnement en gaz naturel liquéfié (GNL) pour le continent européen. Une nécessité alors que les tensions géopolitiques, notamment le blocage récurrent du détroit d’Ormuz, rappellent la fragilité des chaînes logistiques traditionnelles.

Ce qu'il faut retenir

  • Premier projet gazier offshore à Chypre : Cronos est le premier gisement exploité dans les eaux territoriales chypriotes, marquant un tournant pour l’île méditerranéenne.
  • Production annuelle de 2,8 millions de tonnes de GNL : ce volume représente près de 10 % des importations européennes de GNL en 2025, selon les estimations.
  • Partage des ressources : TotalEnergies et Eni se répartiront équitablement la production, avec 50 % du gaz pour chacune.
  • Transport optimisé via l’Égypte : le gaz sera liquéfié au terminal de Damiette avant d’être exporté vers l’Europe, bénéficiant d’infrastructures existantes.
  • Calendrier serré : les opérations d’extraction débuteront en 2028, avec un objectif de mise en production rapide pour répondre aux besoins énergétiques européens.

Un projet stratégique pour l’indépendance énergétique de l’Europe

Avec une production annuelle estimée à 2,8 millions de tonnes de GNL, le projet Cronos devrait contribuer à réduire la dépendance européenne aux importations en provenance de Norvège et des États-Unis. Selon Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, cette nouvelle route gazière en Méditerranée orientale est « une réponse concrète aux défis de sécurité énergétique auxquels fait face l’Union européenne ». Il a rappelé, dans une déclaration rapportée par Le Figaro, que « cette diversification géographique est essentielle alors que l’Europe cherche à sécuriser ses approvisionnements tout en préparant sa transition vers des énergies moins carbonées d’ici 2050 ».

Bref, alors que l’Allemagne et d’autres pays européens continuent de dépendre du gaz pour le chauffage, l’industrie et la production d’électricité, Cronos offre une alternative crédible. Le projet s’inscrit dans la continuité des efforts menés par l’UE pour stabiliser ses approvisionnements, notamment après les crises successives liées à la guerre en Ukraine et aux tensions persistantes au Moyen-Orient. Autant dire que cette initiative tombe à point nommé pour un continent en quête de résilience énergétique.

Une logistique optimisée pour une mise en service accélérée

L’exploitation du gisement Cronos reposera sur quatre puits sous-marins, dont les premières extractions permettront d’alimenter un pipeline sous-marin reliant les eaux chypriotes à l’Égypte. Le gaz sera ensuite acheminé vers le terminal de liquéfaction de Damiette, où il sera transformé en GNL avant d’être exporté vers les marchés européens. TotalEnergies souligne que cette configuration permet de « dégager d’importantes synergies logistiques », réduisant ainsi les coûts et les délais de mise en production.

Le groupe français met en avant les avantages environnementaux de cette approche. « Le recours à des infrastructures existantes limite l’empreinte carbone du projet et accélère sa rentabilité », a précisé une porte-parole de TotalEnergies. Les 400 millions d’euros investis dans Cronos s’inscrivent dans une logique de transition progressive, où le gaz naturel reste un combustible de transition avant une adoption massive des énergies renouvelables. Pour rappel, l’Europe importe actuellement plus de 70 % de son gaz, une dépendance qui devrait persister au moins jusqu’en 2035 selon les analystes.

Un partenariat franco-italien au service de la Méditerranée

L’alliance entre TotalEnergies et Eni n’est pas anodine. Les deux groupes, leaders européens du secteur, ont combiné leurs expertises pour mener à bien ce projet complexe. Eni, déjà présent en Méditerranée avec des infrastructures en Égypte et en Libye, apporte son savoir-faire dans l’exploitation de gisements offshore. TotalEnergies, de son côté, mise sur son expérience dans le GNL et sa capacité à commercialiser la moitié de la production via ses réseaux de distribution.

Selon des sources proches du dossier, les discussions entre les deux groupes ont débuté en 2023, après la confirmation de la viabilité économique du gisement. « La collaboration avec Eni a permis de mutualiser les risques techniques et financiers, tout en garantissant une rentabilité rapide », a confié un cadre de TotalEnergies sous couvert d’anonymat. Ce partenariat illustre la volonté des acteurs européens de renforcer leur autonomie face aux géants du gaz russe et américain, dans un contexte où la géopolitique énergétique devient un enjeu de souveraineté.

Et maintenant ?

D’ici 2028, les travaux d’installation des infrastructures sous-marines et de construction des unités de liquéfaction en Égypte devraient s’intensifier. TotalEnergies et Eni prévoient une phase de tests avant le lancement commercial, qui pourrait intervenir dès le premier semestre 2028. À plus long terme, le succès de Cronos pourrait inciter d’autres pays méditerranéens, comme Israël ou la Grèce, à développer leurs propres projets gaziers, renforçant ainsi la résilience énergétique de la région.

Reste à surveiller les réactions des marchés. Si la mise en service de Cronos coïncide avec une stabilisation des prix du GNL, l’Europe pourrait tirer pleinement profit de cette nouvelle source d’approvisionnement. En revanche, tout retard dans les travaux ou une dégradation de la situation géopolitique en Méditerranée orientale pourrait impacter les délais et les coûts du projet.

Pour Patrick Pouyanné, l’enjeu dépasse la simple rentabilité économique : « Cronos n’est pas qu’un projet industriel, c’est un levier pour la stabilité énergétique de l’Europe. Dans un monde où les cartes sont sans cesse rebattues, chaque nouvelle source de gaz compte. »

Le choix de l’Égypte s’explique par l’existence d’un terminal de liquéfaction fonctionnel à Damiette, qui permet de transformer le gaz naturel en GNL avant exportation. Cette solution évite la construction de nouvelles infrastructures coûteuses et accélère la mise en service du projet, tout en réduisant son empreinte carbone grâce à l’utilisation d’infrastructures existantes.