La victoire finale de Tadej Pogačar sur les Champs-Élysées, dimanche soir, n’a pas éclipsé le parcours remarquable de Remco Evenepoel, qui signe ici sa meilleure performance sur le Tour de France en décrochant la deuxième place du général. Selon RMC Sport, l’athlète belge de 26 ans a ainsi confirmé son statut de grand routier, malgré les doutes persistants à son égard en début de saison.
Ce qu'il faut retenir
- Deuxième du classement général derrière Tadej Pogačar, avec six minutes de retard sur le Slovène après trois semaines de course.
- Premier succès en montagne à son palmarès sur le Tour, avec une victoire d’étape au plateau de Solaison (15e étape) et un succès en contre-la-montre (26,1 km entre Evian et Thonon-les-Bains).
- Une saison marquée par le doute avant le départ, avec des résultats décevants sur l’UAE Tour (10e) et le Tour de Catalogne (5e), ainsi que des critiques sur sa capacité à tenir en haute altitude.
- Un mental d’acier : Evenepoel a su gérer les tensions internes dans son équipe (notamment avec Florian Lipowitz) et a prouvé sa résistance physique et psychologique dans les cols des Pyrénées et des Alpes.
- Un travail d’orfèvre au printemps pour peaufiner sa condition, avec deux mois de préparation axés sur la perte de poids et l’endurance en montagne.
Un départ sous haute tension et des critiques acerbes
Au départ de Barcelone, le 28 juin 2026, les observateurs étaient loin d’imaginer Evenepoel en prétendant au podium. Selon RMC Sport, seulement quelques voix, dont celle de l’ancien vainqueur du Tour Lucien Van Impe en 1976, lui avaient suggéré de se réorienter vers les classiques plutôt que vers les grands tours. Les raisons ? Des résultats en demi-teinte en début de saison – 10e de l’UAE Tour et 5e du Tour de Catalogne – ainsi qu’une forme physique remise en question après sa troisième place à Liège-Bastogne-Liège, le 26 avril.
Les interrogations se cristallisaient surtout sur sa capacité à tenir la distance en haute montagne, un terrain où le Belge n’avait jamais brillé de manière convaincante. Les médias belges s’interrogeaient : pouvait-il vraiment rivaliser avec les meilleurs en altitude ? La réponse est venue, semaine après semaine, sous la forme de performances solides, voire dominatrices.
Une collaboration houleuse avec Lipowitz, puis l’abandon salvateur
Le duo Evenepoel-Lipowitz, annoncé comme un atout pour Red Bull-Bora Hansgrohe, a rapidement viré au fiasco. Dès la sixième étape, dans les Pyrénées, le Belge a exprimé publiquement son mécontentement envers son coéquipier allemand, lui reprochant son manque d’implication : « On n’a pas besoin d’apprendre l’un de l’autre. C’est comme si je vous disais : « Que voulez-vous apprendre de cet autre journaliste ? » Ça veut dire que vous êtes un mauvais journaliste ? », avait-il lancé, irrité, avant d’ajouter : « J’avais raison d’être fâché. Au Tour de Catalogne, je me suis mis à l’avant pendant 30 kilomètres, maintenant je lui demande de faire un kilomètre devant et il ne se passe rien. Oui, ça me met en colère. »
Une passe d’armes médiatique qui a enflammé les réseaux sociaux, forçant l’équipe à organiser une mise au point – sans succès. Le clash s’est finalement soldé par l’abandon de Lipowitz lors de la 16e étape, libérant Evenepoel de toute pression collective. Dès lors, le Belge a pu se concentrer sur sa propre course, avec un objectif clair : tenir le rythme face à Pogačar et Vingegaard.
La montagne, terrain de consécration
Le tournant est venu lors de la 15e étape, sur le plateau de Solaison, où Evenepoel a résiste seul face au rouleau compresseur UAE Emirates. Dans une étape marquée par la chute de Jonas Vingegaard, le Belge a profité de l’absence de son rival danois pour s’imposer, signant son premier succès sur une étape en ligne du Tour de France. « Ce que j’ai montré aujourd’hui explique pourquoi j’ai renoncé à la compétition pendant plus de deux mois. J’avais décidé de faire beaucoup de longues séances d’entraînement en montagne pour perdre du poids, parce qu’avec la forme et la composition corporelle que j’ai, c’est la seule façon pour moi de réussir des performances comme celle-ci. », a-t-il déclaré après sa victoire.
Le contre-la-montre de 26,1 km entre Evian et Thonon-les-Bains, remporté deux jours plus tard, a confirmé sa polyvalence. Avec cette deuxième étape en poche, Evenepoel a effacé les derniers doutes : il n’était plus seulement un spécialiste des classiques, mais bien un candidat sérieux pour les grands tours. Louis Vervaeke, son ami et ancien coéquipier chez Soudal-Quick Step, a résumé l’état d’esprit de l’équipe : « On dit toujours que Remco n’est pas un mec de classement général, mais il a gagné la Vuelta, il a eu le maillot rose dans le Giro (en 2023), il est tombé malade mais c’était proche aussi… C’est peut-être moins sa nature, mais je crois qu’il a ça en lui et il a montré sur le plateau de Solaison qu’il peut être l’un des meilleurs. »
Pogačar intouchable, mais Evenepoel écrit l’histoire
Le duel final avec Pogačar s’est joué dans les Alpes. Sur l’Alpe d’Huez, le Belge a terminé sixième de l’étape, devant ses premiers poursuivants, prouvant qu’il tenait la distance. Le lendemain, dans l’étape reine vers le col du Granon, il a frôlé la victoire, terminant à quelques encablures de Richard Carapaz. Une performance qui lui a valu une standing ovation, mais aussi une frustration palpable : « Je regrette de ne pas être parti plus tôt pour essayer de croquer Carapaz dans les derniers hectomètres. »
Samedi 26 juillet, au soir de la dernière étape alpine, Evenepoel pouvait enfin savourer sa deuxième place. Avec six minutes de retard sur Pogačar, il a distancé le reste du peloton, Paul Seixas (4e) et Isaac Del Toro (3e) complétant le podium. « Je suis venu pour faire podium, deuxième ou troisième. Je prouve à nouveau que tous les commentaires et les critiques n’étaient pas corrects. Je fais troisième sur le Tour il y a deux ans. Je fais deuxième cette année. J’ai gagné la Vuelta. Je pense que ce n’est pas trop mauvais pour un coureur qui n’est pas un coureur de grand Tour. », a-t-il ironisé, balayant d’un revers de main les sceptiques.
Une « bascule mentale » pour le futur
Pour Jérôme Coppel, consultant pour RMC Sport, ce Tour de France pourrait bien marquer un tournant dans la carrière d’Evenepoel : « Ce Tour pourrait représenter une bascule dans sa carrière, peut-être plus sur le plan mental que physique. Sur ce Tour, j’ai vu un nouveau Remco. Ce n’est plus du tout le Remco de Soudal-Quick Step dans sa manière de courir. Beaucoup doutaient qu’il passe la 20e étape, moi le premier. On avait des questions sur sa faculté à encaisser la haute altitude, les hauts cols. Finalement, il s’est baladé. Il n’a montré aucun signe de faiblesse, hormis en début de Tour, mais ça faisait longtemps qu’il n’avait pas couru. »
Le consultant poursuit : « Sur les longs cols, il n’a affiché aucun point faible. Cette progression me fait dire que si l’organisation du Tour se décide à remettre des longs chronos individuels, peut-être qu’on aura un Remco un peu plus poil à gratter pour UAE dans les années à venir… » Une perspective qui, si elle se concrétise, pourrait ajouter une nouvelle dimension à la rivalité Pogačar-Vingegaard.
En attendant, la question reste entière : le Belge a-t-il définitivement tourné la page des critiques pour entrer dans le cercle très fermé des grands routiers de sa génération ? Une chose est sûre, son parcours en 2026 a laissé peu de place au doute.
Les doutes portaient sur ses résultats en début de saison (10e à l’UAE Tour, 5e au Tour de Catalogne) et sur sa capacité à tenir en haute montagne, un terrain où il n’avait jamais brillé de manière convaincante. Certains, comme Lucien Van Impe, lui avaient même suggéré de se réorienter vers les classiques plutôt que les grands tours.
Le tournant est venu lors de la 15e étape, sur le plateau de Solaison, où il a remporté sa première victoire en ligne après une ascension solitaire face au duo UAE Emirates. Cette performance, suivie d’un succès en contre-la-montre, a confirmé sa polyvalence et son statut de prétendant sérieux pour les grands tours.