« Peut-être que je suis finalement plus performante à cette période et que je devrais les programmer plus souvent », a lancé Kim Le Court après sa victoire d'étape au Tour de France Femmes 2026. Selon RMC Sport, la Mauricienne a évoqué sans détour l'influence de ses menstruations sur ses performances, un sujet encore tabou mais qui commence à émerger dans le cyclisme féminin.
Ce qu'il faut retenir
- Kim Le Court remporte la 6e étape du Tour de France Femmes 2026, malgré des difficultés liées à ses règles.
- La coureuse mauricienne, leader de l'équipe AG Insurance-Soudal, a enchaîné une 39e place mardi et une 12e mercredi avant de s'imposer jeudi.
- Elle assume désormais l'impact de ses menstruations sur ses performances, invitant à en parler davantage dans le peloton.
- Son cas illustre un changement de discours autour des problématiques féminines dans le cyclisme, après des années de silence.
- En 2025, elle avait déjà remporté une étape sous l'effet de ses règles, mais sans les évoquer publiquement aussi clairement.
Une victoire après une traversée du désert
Kim Le Court n’a pas connu une journée facile avant de s’imposer. Selon RMC Sport, la Mauricienne, leader de l’équipe AG Insurance-Soudal, a été victime d’un problème mécanique dans le col de Lalouvesc — la plus grande difficulté de l’étape entre Montbrison et Tournon-sur-Rhône. Distancée d’une quarantaine de secondes, elle a dû compter sur le travail de ses coéquipières pour revenir dans le peloton avant de lancer une offensive décisive.
Après avoir rejoint les échappées, elle a réglé ses sept adversaires au sprint pour remporter sa première victoire d’étape sur le Tour de France Femmes. Un exploit réalisé alors qu’elle était en pleine période de règles, un détail qu’elle a assumé publiquement après la course. « Hier (mercredi) a été une journée terrible, et la chaleur n’a rien arrangé. Mais aujourd’hui, j’ai gagné alors que j’avais mes règles, tout comme l’année dernière », a-t-elle déclaré dans l’émission belge « Allez les Femmes », comme le rapporte Sporza et repris par RMC Sport.
Un discours nouveau sur les règles dans le cyclisme
Kim Le Court n’a pas caché son changement de perception face à ses menstruations. « On perçoit souvent les règles de manière négative. Nous devons en parler davantage et les accepter. C’est une chance pour nous, les femmes, de vivre cela, car cela peut mener à de belles choses », a-t-elle souligné. Avant le départ de l’étape, elle avait déjà expliqué que ses performances en demi-teinte les jours précédents — 39e mardi, 12e mercredi — étaient liées à cette période du mois.
En 2025, elle avait remporté la 5e étape en sprint tout en étant sous l’effet de ses règles, mais sans en faire un sujet public aussi explicite. « Je ne me sentais pas très bien aujourd’hui… C’est cette période du mois pour moi et mon corps est plus fatigué que d’habitude. C’est quelque chose que nous, les femmes, devons supporter », avait-elle confié à l’époque, comme le rappelle RMC Sport.
Un tabou qui se fissure dans le peloton féminin
Les prises de parole de Kim Le Court s’inscrivent dans un mouvement plus large de remise en question des normes dans le cyclisme féminin. Longtemps passé sous silence, le sujet des règles et de leur impact sur les performances commence à être abordé ouvertement. En 2025, les débats sur le poids des athlètes et les risques du syndrome RED-S — un déficit énergétique pouvant entraîner l’absence de règles — avaient déjà marqué l’actualité après le sacre de Pauline Ferrand-Prévot.
Plus récemment, Océane Mahé a révélé ne plus avoir ses règles depuis trois ans, relançant les interrogations sur les pratiques extrêmes dans le sport de haut niveau. Ces discussions interviennent alors que le cyclisme féminin gagne en visibilité, poussant les athlètes à revendiquer une meilleure prise en compte de leur santé et de leurs spécificités physiologiques. « Il est temps d’en finir avec les tabous », semble résumer l’attitude de Kim Le Court.
Un exemple parmi d’autres dans le cyclisme moderne
La transparence de Kim Le Court rejoint d’autres prises de parole récentes dans le peloton. En juin 2026, Demi Vollering avait mis en garde contre les dangers d’une obsession de la maigreur, rappelant que « perdre du poids n’est pas la solution ultime ». De son côté, Lotte Kopecky avait alerté sur les risques de la perte des règles chez les cyclistes, un phénomène lié aux excès de charge d’entraînement et de restriction calorique. Autant dire que le débat sur l’équilibre entre performance et santé prend de l’ampleur.
Ces discussions surviennent dans un contexte où le cyclisme féminin cherche à se professionnaliser et à attirer davantage de sponsors. Les athlètes réclament un meilleur encadrement médical et une écoute accrue de la part des équipes techniques. Kim Le Court, en assumant publiquement l’impact de ses règles, apporte une pierre supplémentaire à l’édifice d’une discipline en pleine mutation.
Reste à voir si cette prise de conscience se traduira par des changements concrets dans la gestion des équipes ou des compétitions. Une réunion entre les coureuses et les instances dirigeantes pourrait être organisée d’ici la fin de la saison 2026 pour faire le point sur ces questions. Pour l’instant, Kim Le Court a montré la voie, mais le chemin vers une pleine reconnaissance des spécificités féminines dans le sport reste long.
Le cyclisme féminin a longtemps été marqué par une recherche excessive de performance à tout prix, parfois au détriment de la santé des athlètes. L’absence de règles, l’anorexie ou d’autres troubles liés à la pression sportive ont poussé des coureuses comme Pauline Ferrand-Prévot ou Océane Mahé à briser le silence. Aujourd’hui, la professionnalisation du cyclisme féminin et la médiatisation accrue des compétitions incitent à une meilleure prise en compte des réalités physiologiques des femmes.
Le syndrome RED-S (Relative Energy Deficiency in Sport) désigne un déficit énergétique chez les athlètes, qui peut entraîner une perte de règles (aménorrhée), une baisse des performances, des fractures de fatigue ou d’autres problèmes de santé. Ce syndrome est particulièrement surveillé dans les sports où la minceur est valorisée, comme le cyclisme. Il illustre les risques d’une approche trop restrictive en matière de nutrition ou d’entraînement.