Alors que l’Europe fait face à une inflation persistante et à un contexte géopolitique tendu, les Portugais affichent une forte volonté de partir en vacances en 2026. Selon la 25ème édition du Baromètre Annuel des Vacances d’Été, réalisé par Europ Assistance en partenariat avec IPSOS et publié en mai 2026, 82 % des Portugais prévoient de prendre des congés cette année. Ce chiffre place le Portugal juste derrière le Royaume-Uni, où 84 % de la population envisage de partir. Euronews FR rapporte que cette tendance reflète une perception des vacances comme un besoin essentiel pour le bien-être et l’équilibre personnel, malgré les contraintes économiques et les incertitudes internationales.

Ce qu'il faut retenir

  • 82 % des Portugais prévoient de partir en vacances en 2026, un chiffre proche du Royaume-Uni (84 %) et bien au-dessus de la moyenne européenne (77 %).
  • Le budget moyen alloué aux grandes vacances au Portugal a atteint 1 662 euros en 2026, en hausse de 10 % par rapport à 2025, mais reste inférieur à la moyenne européenne (2 089 euros).
  • 47 % des Portugais privilégient le tourisme intérieur, tandis que l’Espagne (21 %), l’Italie (8 %) et le Brésil (9 %) restent les destinations étrangères les plus prisées.
  • L’inflation et les tensions géopolitiques pèsent sur les projets de voyage : 90 % des Portugais craignent l’inflation, et 70 % redoutent les conflits armés dans le choix de leur destination.
  • La crise du kérosène, liée aux tensions au Moyen-Orient, menace l’été 2026 : l’Europe pourrait ne disposer que de quelques semaines de réserves, selon l’AIE.
  • Le gouvernement portugais affirme disposer de réserves jusqu’en août, mais un choc économique est redouté en cas de pénurie, le tourisme représentant plus de 90 % des arrivées par avion.

Des vacances perçues comme un impératif de santé mentale

Le Baromètre d’Europ Assistance met en lumière une tendance européenne : les vacances sont de plus en plus associées à un besoin de bien-être mental. Pour les Portugais, comme pour une majorité de leurs voisins, partir en voyage n’est plus un luxe, mais une nécessité pour décompresser. Cette année, 78 % des Portugais prévoient au moins un séjour, un chiffre stable par rapport à 2025 et supérieur à la moyenne européenne de 77 %. Seuls l’Allemagne (70 %) et la Belgique (72 %) affichent des intentions de voyage moins élevées. Autant dire que, malgré les obstacles, l’appétit pour les escapades reste intact.

Côté budget, les Portugais dépenseront en moyenne 1 662 euros pour leurs grandes vacances, soit 147 euros de plus qu’en 2025. Cette hausse de 10 % reste modérée comparée à d’autres pays européens : la Suisse arrive en tête avec un budget moyen de 3 100 euros, suivie des États-Unis (3 049 euros) et de l’Australie (3 035 euros). Au sein de l’UE, le Portugal se classe neuvième, loin derrière les pays les plus dépensiers. Pourtant, cette progression reflète une réalité économique : les prix des voyages et des loisirs ont fortement augmenté, et les familles doivent adapter leur budget en conséquence.

Tourisme intérieur en hausse, destinations internationales sous surveillance

Face aux incertitudes, 47 % des Portugais ont choisi de rester dans leur pays pour leurs vacances, contre 43 % en 2025. Cette préférence pour le tourisme local s’explique en partie par la recherche de sécurité et de prévisibilité. Les destinations étrangères les plus prisées restent l’Espagne (21 %), l’Italie (8 %) et le Brésil (9 %). À l’échelle mondiale, l’Italie, l’Espagne et la France trustent les premières places. Pourtant, la sécurité devient un critère décisif : 30 % des Européens l’identifient comme un facteur clé dans leur choix de destination, une tendance en nette hausse par rapport à 2025.

Au Portugal, la méfiance est particulièrement marquée : 70 % des voyageurs citent les conflits armés comme une source d’inquiétude, et 67 % craignent les attentats terroristes. Ces chiffres dépassent largement la moyenne européenne (respectivement 59 % et 53 %). Dans ce contexte, certains pays sont évités : les Émirats arabes unis et les États-Unis figurent parmi les destinations boudées en raison du climat politique. La guerre au Moyen-Orient et les tensions géopolitiques globales pèsent ainsi sur les projets de voyage, même si une majorité de Portugais refusent de renoncer à leurs congés.

Inflation et kérosène : deux menaces sur l’été portugais

Le principal frein aux voyages reste cependant l’inflation. 49 % des Portugais qui renoncent à partir invoquent en premier lieu la nécessité d’économiser. Le pays est d’ailleurs le plus exposé à cette crainte en Europe : 90 % des ménages la citent comme une préoccupation majeure, un chiffre en hausse de 5 points par rapport à 2025. Les loisirs et les vacances figurent parmi les postes budgétaires les plus touchés par la hausse des prix, forçant de nombreux foyers à revoir leurs plans.

Mais un autre risque plane sur l’été 2026 : la pénurie de kérosène. L’approvisionnement en carburant pour avions est menacé par l’instabilité géopolitique au Moyen-Orient, notamment en raison des tensions autour du détroit d’Ormuz, une voie maritime stratégique pour le transport de pétrole. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) alerte : l’Europe ne disposerait que de quelques semaines de réserves. Conséquences possibles ? Une hausse des prix des billets, une réduction de l’offre et des annulations de vols. À ce jour, moins de 1 % des vols ont été annulés en Europe, mais les compagnies aériennes — parmi lesquelles Turkish Airlines, Lufthansa, British Airways et KLM — commencent à adapter leurs programmes.

Le Portugal, dont l’économie dépend à plus de 90 % des touristes arrivant par avion, pourrait être particulièrement exposé. Si les ministres de l’Environnement (Maria da Graça Carvalho) et des Infrastructures (Miguel Pinto Luz) assurent disposer de réserves jusqu’en août, le ministre des Finances (Joaquim Miranda Sarmento) n’exclut pas un « choc économique très important » en cas de pénurie. « Plus de 90 % des touristes qui arrivent au Portugal viennent en avion », rappelle-t-il. « S’il n’y a pas de kérosène au niveau européen, même s’il en reste dans les aéroports portugais, les avions n’arriveront pas ».

Et maintenant ?

Face à ces défis, la Commission européenne s’apprête à publier des lignes directrices pour aider les compagnies aériennes à optimiser l’utilisation du kérosène et à sécuriser leurs approvisionnements. Au Portugal, les autorités maintiennent un dialogue constant avec les acteurs du secteur pour éviter les ruptures de stock. Pour les voyageurs, l’été 2026 s’annonce sous le signe de l’incertitude : les prix des billets pourraient flamber, et certaines destinations, notamment au Moyen-Orient, resteront à risque. Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer l’impact réel de la crise du kérosène sur le tourisme européen, alors que les réservations pour juillet et août s’accélèrent.

Dans ce paysage tourmenté, une certitude émerge : les Portugais, comme beaucoup d’Européens, ne veulent pas renoncer à leurs vacances. Reste à savoir si l’économie, la géopolitique et les compagnies aériennes leur en donneront les moyens.

Les compagnies aériennes pourraient limiter les vols longs-courriers, privilégier les appareils les plus économes en carburant, ou reprogrammer les destinations les moins rentables. Les voyageurs pourraient aussi se tourner vers des modes de transport alternatifs comme le train pour les trajets intra-européens, bien que les capacités restent limitées. Les autorités portugaises misent sur une optimisation des stocks existants et une coordination renforcée avec les raffineries, comme celle de Sines, pour éviter les ruptures.