Après trois années consécutives de records, la Suisse devrait connaître un léger recul de sa fréquentation touristique durant l’été 2026. Selon les projections publiées ce mardi par le centre de recherches conjoncturelles de l’École polytechnique fédérale de Zurich, le nombre de nuitées hôtelières devrait diminuer d’environ 1,6 % par rapport à l’été 2025, s’établissant autour de 24,8 millions pour la période mai-octobre. Ce recul, bien que modeste, marque un tournant après des saisons exceptionnelles pour le secteur.
Ce qu'il faut retenir
- Les nuitées hôtelières en Suisse devraient chuter de 1,6 % en 2026, passant à 24,8 millions contre 25,2 millions en 2025, selon les projections du centre de recherches conjoncturelles de l’École polytechnique fédérale de Zurich.
- La clientèle asiatique, en baisse de 10 %, subit de plein fouet la hausse des coûts du kérosène, l’envolée des prix des billets d’avion et les perturbations des itinéraires long-courriers liées au conflit au Moyen-Orient.
- Les grandes villes suisses, très dépendantes du tourisme intercontinental, enregistrent le repli le plus marqué, tandis que les régions de montagne résistent mieux grâce à une clientèle de proximité et à la recherche de fraîcheur estivale.
Un contexte géopolitique défavorable aux longs voyages
Le conflit au Moyen-Orient joue un rôle central dans ce ralentissement. « Les perturbations des routes aériennes et la hausse des coûts du transport découragent une partie de la clientèle internationale », explique l’institut zurichois. La clientèle asiatique, traditionnellement nombreuse en Suisse, est particulièrement touchée : sa fréquentation devrait reculer de 10 %, une baisse significative pour un marché qui représente une part importante des visiteurs étrangers. Les prix élevés du kérosène et des billets d’avion, combinés à des itinéraires plus longs et moins sûrs, réduisent l’attractivité des séjours en Europe pour les voyageurs en provenance d’Asie.
Du côté des touristes nord-américains, la tendance reste stable, avec une légère baisse de 0,4 % pour les Européens. « La France et l’Italie profitent davantage de cette demande intra-européenne, offrant des alternatives proches et souvent moins coûteuses », note le centre de recherches. Les professionnels du secteur suisse observent par ailleurs « un net assombrissement des perspectives », selon les termes mêmes de l’étude.
Les villes en première ligne, les montagnes en meilleure posture
Les grandes agglomérations helvétiques, telles que Zurich, Genève ou Lausanne, devraient subir de plein fouet ce repli. « Ces destinations dépendent davantage des voyages intercontinentaux, bien plus affectés par la conjoncture actuelle », précise l’institut. À l’inverse, les régions de montagne, comme les Alpes ou le Jura, pourraient mieux résister. Leur attractivité repose en effet sur une clientèle de proximité, notamment suisse et allemande, ainsi que sur des séjours motivés par la recherche de fraîcheur estivale, une tendance qui se confirme chaque année.
Cette disparité s’explique aussi par la stratégie des offices de tourisme locaux. Suisse Tourisme, par exemple, mise sur des campagnes mettant en avant les villages pittoresques et les itinéraires de randonnée, ciblant ainsi un tourisme plus accessible et moins exposé aux aléas géopolitiques.
La baisse du moral des consommateurs allemands, un risque supplémentaire
Autre facteur de préoccupation : le ralentissement économique en Allemagne, un marché clé pour l’hôtellerie suisse. « Le moral des consommateurs allemands, déjà fragilisé, pourrait peser sur les réservations », souligne l’étude. Cette tendance négative serait en partie compensée par une légère hausse de 0,2 % de la clientèle domestique, portée par le micro-tourisme et les séjours courts. Les campagnes promotionnelles, comme celles organisées par Suisse Tourisme, encouragent ces pratiques en mettant en avant des escapades locales et accessibles.
Malgré une image persistante de destination chère, la Suisse conserve des atouts majeurs. « Elle reste une destination alpine facilement accessible, que ce soit en train, en voiture ou par des liaisons aériennes courtes », rappellent les analystes. À l’instar de l’Autriche, elle mise sur son réseau de transports performants pour attirer une clientèle en quête de simplicité et de proximité.
Un secteur sous tension, mais pas en crise
Si les professionnels du tourisme suisse expriment une certaine inquiétude, le repli attendu pour l’été 2026 reste modéré. « Ce recul de 1,6 % est significatif, mais il ne s’agit pas d’un effondrement », tempère un porte-parole du centre de recherches zurichois. Les acteurs du secteur rappellent que la Suisse conserve des atouts structurels, comme son réseau hôtelier de qualité et sa réputation de destination sûre et bien organisée. « La baisse de la fréquentation asiatique est réelle, mais elle est partiellement compensée par une demande européenne et locale plus stable », ajoute-t-il.
Reste à savoir si cette tendance se confirmera dans les mois à venir. Les prochaines semaines seront cruciales pour évaluer l’impact réel du conflit au Moyen-Orient sur les réservations estivales. Les professionnels du secteur appellent à la prudence, tout en se préparant à ajuster leurs stratégies en fonction de l’évolution de la situation géopolitique et économique.
Quoi qu’il en soit, l’été 2026 s’annonce comme une saison de transition pour le tourisme helvétique. Après des années de croissance record, le secteur devra composer avec une demande plus volatile et des défis structurels, comme la hausse des coûts ou la concurrence accrue des destinations voisines.
Les grandes villes, très dépendantes des voyages intercontinentaux, devraient subir le repli le plus marqué. À l’inverse, les régions de montagne, comme les Alpes ou le Jura, résistent mieux grâce à une clientèle de proximité et à la recherche de fraîcheur estivale.
Oui, l’image de pays aux prix élevés persiste, mais la Suisse mise sur son accessibilité (train, voiture, liaisons aériennes courtes) et sa réputation de destination sûre pour attirer les touristes. Les professionnels rappellent que son réseau hôtelier et son organisation restent des atouts majeurs.