Une dizaine d’États membres de l’Union européenne et deux pays associés à l’espace Schengen ont adressé une lettre à la Commission européenne pour demander un durcissement des conditions d’entrée des ressortissants russes dans l’Union. Selon BFM Business, ces pays estiment que l’afflux de touristes russes dans les stations balnéaires européennes devient « profondément troublant » au moment où Moscou intensifie ses frappes contre les populations civiles en Ukraine.
Ce qu'il faut retenir
- Une dizaine d’États de l’UE, dont la Suède, la Pologne et les Pays-Bas, ainsi que la Norvège et l’Islande, demandent à la Commission européenne de restreindre l’accès des touristes russes à l’espace Schengen.
- En 2025, près de 477 878 visas ont été délivrés à des citoyens russes, majoritairement à entrées multiples, selon les signataires de la lettre.
- Les pays signataires s’inquiètent des risques sécuritaires liés à la présence de soldats et anciens combattants russes en Europe.
- La France, l’Espagne et l’Italie, principales destinations touristiques pour les Russes, n’ont pas signé cette lettre.
- L’UE avait déjà suspendu en 2022 l’accord facilitant l’obtention des visas pour les Russes, réduisant leur nombre de plus de quatre millions à environ 500 000 en 2023.
- Ioulia Navalnaïa, veuve de l’opposant Alexeï Navalny, a critiqué ces restrictions, les jugeant contre-productives pour la paix en Europe.
Des restrictions déjà en place, mais jugées insuffisantes par certains États
Dès novembre 2025, la Commission européenne avait interdit la délivrance de visas à entrées multiples pour les ressortissants russes, en réponse à plusieurs attaques hybrides attribuées à Moscou. Pourtant, une dizaine de pays européens estiment que ces mesures ne suffisent pas. Dans leur lettre, ils pointent du doigt le nombre croissant de Russes profitant des plages et stations balnéaires européennes, un phénomène qu’ils qualifient de « profondément troublant » au regard de la guerre en Ukraine.
Parmi les signataires figurent la Suède, la République tchèque, le Danemark, l’Estonie, la Finlande, la Lettonie, la Lituanie, les Pays-Bas, la Pologne, la Norvège et l’Islande. Ces États réclament l’introduction de « nouvelles mesures restrictives et contraignantes » pour limiter l’accès des touristes russes à l’espace Schengen. Selon leurs calculs, 477 878 visas ont été accordés à des citoyens russes en 2025, dont la majorité valables pour des entrées multiples.
Des craintes sécuritaires au cœur des préoccupations
Les signataires de la lettre s’alarment des risques liés à la présence potentielle de soldats russes en Europe. Ils craignent que l’accès facilité à l’espace Schengen ne permette à des combattants ou anciens combattants de circuler librement, notamment ceux ayant participé à la guerre en Ukraine. La demande formulée à la Commission européenne inclut donc un renforcement des contrôles pour mieux identifier ces profils et les empêcher d’entrer dans l’UE.
Cette préoccupation n’est pas nouvelle. Dès février 2022, après l’invasion russe de l’Ukraine, l’Union européenne avait suspendu l’accord facilitant l’obtention des visas pour les citoyens russes. Bruxelles avait alors justifié cette décision par la nécessité de sanctionner Moscou. Résultat : le nombre de visas délivrés aux Russes a chuté, passant de plus de quatre millions avant 2022 à environ 500 000 en 2023. Pourtant, malgré cette baisse, certains États estiment que le système reste trop permissif.
La France, l’Espagne et l’Italie en désaccord avec cette approche
Contrairement aux pays signataires, la France, l’Espagne et l’Italie n’ont pas joint leur nom à la lettre adressée à la Commission européenne. Ces trois destinations touristiques majeures pour les Russes considèrent que des centaines de citoyens russes sont déjà soumis à des sanctions individuelles les empêchant d’entrer dans l’UE. Pour eux, cibler l’ensemble des touristes russes reviendrait à pénaliser des personnes ordinaires, souvent venues dans des pays où règnent la liberté et la démocratie.
Cette position est partagée par plusieurs observateurs. Ioulia Navalnaïa, veuve de l’opposant russe Alexeï Navalny, décédé en détention en 2024, a elle-même critiqué ces restrictions dans une lettre adressée en septembre 2025 à la haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères, Kaja Kallas. « Dans le but de favoriser la paix en Europe, il est contre-productif d’aider les autorités russes à isoler la société russe », a-t-elle écrit. Avant l’interdiction des visas à entrées multiples par l’UE, elle avait déjà alerté sur les risques de ces mesures.
« Dans le but de favoriser la paix en Europe, il est contre-productif d’aider les autorités russes à isoler la société russe. »
— Ioulia Navalnaïa, veuve de l’opposant Alexeï Navalny, dans une lettre à Kaja Kallas (septembre 2025)
Un débat qui divise au sein de l’UE
Ce clivage entre pays touristiques et États frontaliers ou nordiques reflète les tensions persistantes au sein de l’Union européenne sur la meilleure façon de gérer les relations avec la Russie. D’un côté, les pays comme la Pologne ou les États baltes, directement exposés aux menaces russes, poussent pour un durcissement maximal. De l’autre, des États comme la France ou l’Espagne, qui accueillent des millions de touristes chaque année, préfèrent une approche plus nuancée.
Les chiffres montrent que la France, l’Espagne et l’Italie restent les principales destinations des touristes russes en Europe. Selon les données disponibles, ces trois pays figuraient parmi ceux qui délivraient le plus de visas aux ressortissants russes avant 2022. Depuis, leur nombre a fortement diminué, mais ils restent significatifs. Pour certains analystes, cette opposition entre pays du Sud et pays du Nord ou de l’Est illustre aussi des divergences stratégiques sur la manière de contrer Moscou sans pénaliser davantage les civils russes.
Une chose est sûre : la question des visas russes continue de cristalliser les tensions entre États membres, dans un contexte où la guerre en Ukraine et les craintes sécuritaires pèsent de plus en plus lourd dans les débats européens.
Ces pays, principalement la Suède, la Pologne, les États baltes et les Pays-Bas, estiment que l’afflux de touristes russes dans les stations balnéaires européennes est « profondément troublant » au regard de l’intensification des frappes russes contre les civils en Ukraine. Ils craignent également que l’accès facilité à l’espace Schengen ne permette à des soldats ou anciens combattants russes de circuler librement en Europe.
Dès février 2022, après l’invasion de l’Ukraine, l’UE a suspendu l’accord facilitant l’obtention des visas pour les Russes. En novembre 2025, elle a interdit la délivrance de visas à entrées multiples pour les ressortissants russes, en réponse à plusieurs attaques hybrides attribuées à Moscou. Ces mesures ont réduit le nombre de visas délivrés, passant de plus de quatre millions avant 2022 à environ 500 000 en 2023.