Alors que la Journée onusienne de lutte contre les mines est commémorée ce samedi 4 avril 2026, Handicap International lance une campagne choc pour dénoncer l’érosion du Traité d’Ottawa, qui interdit les mines antipersonnel. Selon Euronews FR, l’ONG a symboliquement brisé une réplique de sa médaille du prix Nobel de la paix – obtenu en 1997 pour son combat contre ces armes – en cinq morceaux, chacun représentant un pays de l’Union européenne ayant choisi de se retirer de la convention en 2025-2026.

Ce qu'il faut retenir

  • Cinq États membres de l’UE – Estonie, Lettonie, Lituanie, Finlande et Pologne – ont quitté le Traité d’Ottawa en 2025 et 2026, invoquant des impératifs sécuritaires face à la guerre en Ukraine.
  • Handicap International critique ces retraits, estimant qu’ils fragilisent une norme internationale et risquent d’entraîner un effet domino.
  • L’ONG appelle la France à condamner publiquement ces décisions et à réaffirmer son attachement au traité, alors que Paris a ratifié la convention dès 1998.
  • L’Ukraine, partie prenante au traité depuis 2005, a suspendu son application en 2025, tout en assurant que ses forces respectent le droit international humanitaire.
  • Le nombre de victimes de mines est passé de 25 000 en 1999 à 6 000 en 2024, mais les victimes civiles sont en hausse ces dernières années.

Un traité de 161 États parties menacé par des retraits symboliques

Le Traité d’Ottawa, entré en vigueur en 1999, interdit la production, l’utilisation, le stockage et le transfert des mines antipersonnel. Il compte aujourd’hui 161 États parties, mais certains pays, comme la Russie, continuent d’en déployer massivement. Selon Euronews FR, la guerre en Ukraine a précipité le retrait de cinq États européens voisins de la Russie, qui ont justifié leur décision par la nécessité de se défendre face à une menace perçue.

Ces retraits, effectifs entre l’été 2025 et le 20 février 2026 pour la Pologne, sont dénoncés par Handicap International comme une remise en cause de l’universalité du traité. L’ONG craint que cette précèdent n’incite d’autres pays à suivre le mouvement, alors que des indices laissent craindre une relance de la production de ces armes en Europe. « Une mine n’identifie pas sa cible, n’évalue pas sa menace, ne s’éteint pas à la fin du conflit, elle attend », a rappelé Anne Héry, directrice du plaidoyer de l’organisation, lors du lancement de sa campagne intitulée « Nobel Piece ».

La France interpellée pour jouer un rôle de leadership

Parmi les destinataires des fragments de la médaille brisée figurent des chefs d’État et ministres européens, dont Emmanuel Macron. Selon Euronews FR, Anne Héry a salué « la clarté » de la France sur son attachement au traité, mais regrette « l’absence de déclaration publique » concernant les retraits des cinq États européens. « Nous attendons du gouvernement français une réaction politique claire et visible, à la hauteur de la gravité de la situation », a-t-elle déclaré.

L’ONG exige que Paris condamne publiquement ces décisions et utilise « tous les leviers politiques et multilatéraux » pour dissuader d’autres retraits. « La sécurité nationale ne saurait justifier le recours à une arme qui frappe indistinctement les civils et continue de tuer longtemps après la fin des combats », a souligné Anne Héry. Elle rappelle que la France a détruit ses stocks de mines dès 1999 et achevé la dépollution de ses zones contaminées en 2008, notamment à Djibouti.

« Nous demandons à la France d'assumer pleinement son rôle d'État partie engagé, en faisant de la défense du Traité d’Ottawa une priorité politique. »
Anne Héry, directrice du plaidoyer de Handicap International

L’Ukraine entre légitime défense et critique humanitaire

L’Ukraine, qui a ratifié le traité en 2005, a suspendu son application en 2025 via un décret présidentiel signé par Volodymyr Zelensky. Heorhii Tykhyi, porte-parole du ministère ukrainien des Affaires étrangères, a justifié cette décision par l’ampleur de l’invasion russe, qualifiée de « génocidaire ». « Avec tout le respect dû aux organisations qui regardent ce massacre de loin, je ne peux qu’attirer leur attention sur le fait que la Russie ne respecte absolument aucune règle », a-t-il déclaré à Euronews FR.

Le gouvernement ukrainien insiste sur le fait que ses forces respectent le droit international humanitaire, malgré l’utilisation de mines. « L’attention ne doit pas se détourner vers des accusations contre un pays qui se défend face à un agresseur brutal », a ajouté Heorhii Tykhyi. Il rappelle que l’Ukraine a accueilli des ministres européens à Boutcha le 31 mars 2026 pour marquer le quatrième anniversaire de la libération de la ville, un geste symbolique fort en pleine crise diplomatique.

Un équilibre fragile entre sécurité et droit international

La position ukrainienne s’inscrit dans un contexte de tensions avec les organisations humanitaires. Handicap International critique également la livraison de mines antipersonnel par les États-Unis à l’Ukraine fin 2024, alors que Washington n’a jamais signé le traité. L’ONG souligne que « si l’on admettait que le respect du Traité devient optionnel dès qu’un conflit éclate, alors toute la logique du droit international humanitaire s’effondrerait ».

Selon un rapport Landmine Monitor de l’ICBL publié en 2025, des « indications croissantes » laissent penser que l’Ukraine a utilisé des mines en 2024-2025, bien que l’ampleur de cet usage reste incertaine. Des experts collaborant avec Handicap International remettent en cause l’efficacité militaire des mines, soulignant leur coût élevé de déminage (jusqu’à 1 000 dollars par mine) et leur manque de dissuasion face à un ennemi prêt à subir de lourdes pertes.

Et maintenant ?

La question d’une réponse coordonnée de l’Union européenne aux retraits des cinq États membres reste ouverte. La France, qui préside actuellement le Conseil de l’UE, pourrait utiliser sa position pour relancer le débat sur la défense du Traité d’Ottawa lors des prochaines réunions ministérielles. Une déclaration publique de Paris, attendue par Handicap International, pourrait servir de signal fort aux autres pays européens. Par ailleurs, la tenue d’une conférence internationale sur le déminage humanitaire, prévue en juin 2026, pourrait offrir une plateforme pour réaffirmer l’engagement contre les mines antipersonnel.

La diplomatie française n’a pas encore réagi officiellement aux demandes de Handicap International au moment de la publication. De son côté, l’Ukraine maintient sa position de légitime défense, tout en assurant que ses forces respectent les principes du droit international humanitaire, une ligne qui sera probablement défendue lors des prochaines négociations internationales sur la sécurité en Europe.

Les cinq États membres de l’UE concernés sont l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Finlande et la Pologne. Leurs retraits sont intervenus entre l’été 2025 et le 20 février 2026, invoquant des impératifs sécuritaires liés à la guerre en Ukraine.

L’ONG craint que ces retraits ne fragilisent le Traité d’Ottawa, risquant d’entraîner un effet domino. Elle rappelle que ces armes frappent indistinctement les civils et continuent de tuer des décennies après leur déploiement, ce qui viole le droit international humanitaire.