Seuls quatre États membres de l’Union européenne ont transposé dans leur législation nationale la directive sur la transparence salariale avant la date butoir fixée à juin 2026. Selon Euronews FR, l’Italie, la Slovaquie, Malte et la Lituanie ont ainsi respecté leurs obligations, tandis que la majorité des autres pays ont pris du retard, voire ignoré les nouvelles règles.

Ce qu'il faut retenir

  • Quatre pays seulement – l’Italie, la Slovaquie, Malte et la Lituanie – ont appliqué intégralement la directive sur la transparence salariale à temps, en juin 2026.
  • La Belgique, Malte et la Pologne n’ont transposé qu’une partie des règles, tandis que les Pays-Bas et l’Irlande ont repoussé l’échéance à 2027 ou ne l’appliqueront pas.
  • Dans l’UE, l’écart salarial entre femmes et hommes atteint 11,1 %, un chiffre quasi stable depuis dix ans.
  • La directive impose aux employeurs de publier des fourchettes salariales dans les offres d’emploi et d’autoriser les salariés à demander des données comparatives.
  • Cinq pays, dont l’Autriche, la Hongrie et le Luxembourg, n’ont engagé aucune démarche pour transposer la directive.

Une directive ambitieuse pour réduire l’écart salarial

Entrée en vigueur en juin 2026, la directive européenne sur la transparence salariale impose aux employeurs de l’ensemble des vingt-sept États membres trois obligations majeures. D’abord, les entreprises devront publier les fourchettes de salaires dans leurs offres d’emploi, offrant ainsi une visibilité immédiate aux candidats sur les rémunérations proposées. Ensuite, les recruteurs ne pourront plus interroger les postulants sur leur rémunération antérieure, une pratique souvent utilisée pour justifier des écarts de salaire. Enfin, les salariés auront le droit de demander des informations sur les salaires de leurs collègues effectuant un travail équivalent, une mesure destinée à lever le voile sur les inégalités persistantes.

Cet arsenal juridique vise à réduire l’écart salarial de genre, qui s’élève encore à 11,1 % en moyenne dans l’UE, selon les dernières données disponibles. Pire, cet écart n’a que très peu évolué au cours de la dernière décennie, soulignant l’inefficacité des mesures volontaires et la nécessité d’une intervention législative forte. « Ce voile ne se contentait pas de dissimuler les écarts, il les reproduisait », a déclaré Gabriele Bischoff, eurodéputée et membre du groupe de la Confédération des syndicats européens (CSE), mettant en lumière le rôle pernicieux du manque de transparence dans la perpétuation des inégalités.

Des États membres divisés sur l’application des règles

Malgré l’urgence affichée par la Commission européenne, la transposition de la directive dans les droits nationaux s’est heurtée à des résistances politiques et administratives. Selon Euronews FR, seuls quatre pays ont respecté l’échéance de juin 2026 : l’Italie, la Slovaquie, Malte et la Lituanie. Trois autres, la Belgique, Malte – déjà cité – et la Pologne, ont adopté une version partielle de la directive, laissant des zones d’ombre dans leur législation.

Côté retardataires, les Pays-Bas ont obtenu un délai supplémentaire jusqu’en janvier 2027, tandis que l’Irlande a annoncé qu’elle ne respecterait pas la date limite. Plus surprenant, l’Estonie a évoqué la possibilité de payer les amendes prévues par l’UE plutôt que d’appliquer intégralement la directive. Enfin, cinq États membres – l’Autriche, la Hongrie, le Luxembourg, ainsi que deux autres non précisés – n’ont pour l’instant engagé aucune démarche pour se conformer aux nouvelles règles. Une situation qui illustre les tensions entre les ambitions européennes en matière d’égalité et les réalités politiques nationales.

Un enjeu économique et social majeur

Au-delà de la question de l’égalité femmes-hommes, la transparence salariale répond à un impératif plus large : celui de la justice sociale et de la confiance dans les institutions. En effet, les écarts de rémunération non justifiés alimentent le mécontentement des salariés et sapent la cohésion sociale. La directive, en rendant les écarts de salaire visibles, vise à responsabiliser les employeurs et à inciter les entreprises à corriger les discriminations, qu’elles soient liées au genre, à l’origine ou à d’autres critères.

Pour autant, l’application inégale de cette directive risque de créer des distorsions de concurrence entre les États membres. Les entreprises basées dans des pays appliquant strictement les règles pourraient se retrouver désavantagées face à leurs concurrents installés dans des États moins exigeants. De même, les salariés des pays retardataires continueront de subir les effets d’un manque de transparence, limitant ainsi l’impact global de la réforme.

Et maintenant ?

La Commission européenne pourrait engager des procédures d’infraction contre les États membres ne respectant pas leurs obligations, une étape logique pour faire respecter le droit européen. Par ailleurs, les organisations syndicales et les associations féministes devraient multiplier les pressions pour que les règles soient appliquées, notamment dans les pays où la transposition reste incomplète. Reste à voir si ces mécanismes contraignants suffiront à combler l’écart salarial dans les années à venir.

En attendant, les salariés européens, en particulier les femmes, continuent de payer le prix d’un système où l’opacité des rémunérations perpétue les inégalités. La directive de 2026 pourrait marquer un tournant, à condition que sa mise en œuvre soit enfin uniforme dans toute l’Union.

La directive ne prévoit pas de sanctions spécifiques à l’encontre des entreprises, mais elle renforce les outils juridiques pour les salariés lésés. Ceux-ci pourront désormais saisir la justice pour demander réparation en cas de discrimination salariale avérée, avec un renversement de la charge de la preuve au profit du salarié. Les États membres sont également tenus de mettre en place des mécanismes de contrôle et de sanctions administratives, dont les modalités exactes varient selon les législations nationales.

Les raisons invoquées varient selon les pays. Certains, comme les Pays-Bas ou l’Irlande, justifient leur retard par des contraintes administratives ou législatives, tandis que d’autres, comme l’Estonie, évoquent des considérations économiques. D’autres encore, comme l’Autriche ou la Hongrie, s’opposent à l’ingérence européenne dans leurs politiques sociales, arguant que la question des salaires relève de la souveraineté nationale. Ces divergences illustrent les tensions persistantes entre fédéralisme européen et souveraineté des États.