Trente-cinq ans après le meurtre de Cécile Bloch, 11 ans, dans le XIXe arrondissement de Paris, l’un des dossiers les plus sombres de la criminelle parisienne vient d’être refermé. Pour la première fois, Christian Le Jallé, ancien commandant du groupe cold cases de la Brigade criminelle, livre son témoignage à Le Figaro. Il revient sur la traque d’un tueur en série atypique, François Vérove, plus connu sous le pseudonyme du « Grêlé », impliqué dans au moins cinq meurtres et une dizaine d’agressions de mineures. Un monstre qui, après des décennies d’enquête, s’est donné la mort en 2021 avant d’être identifié formellement.

Ce qu'il faut retenir

  • Cinq meurtres et plus de dix agressions : François Vérove, dit le « Grêlé », a semé la terreur en France entre les années 1980 et 2000.
  • 35 ans de traque : l’enquête a débuté en 1986 avec le meurtre de Cécile Bloch, avant de s’achever en 2021 avec l’identification de l’auteur.
  • Un ancien gendarme : Vérove, intégré dans les rangs de la gendarmerie, a utilisé son statut pour commettre ses crimes.
  • Une identification tardive : il s’est suicidé avant son interpellation, mais son ADN a permis de le relier aux faits.
  • Un témoignage exclusif : Christian Le Jallé, ancien chef du groupe cold cases, révèle les coulisses d’une enquête marquée par de fausses pistes et des rebondissements.

Une affaire qui a marqué l’histoire judiciaire

Le 5 mai 1986, Cécile Bloch, 11 ans, disparaît en se rendant à l’école dans le XIXe arrondissement de Paris. Son corps est retrouvé quelques heures plus tard dans les sous-sols de son immeuble. La fillette a été violée et étranglée. Pour les enquêteurs, ce meurtre ne laisse aucun doute : il s’agit d’un crime prémédité, commis par un individu méthodique. « C’était un dossier noir », a déclaré Christian Le Jallé à Le Figaro. « La violence de l’acte et l’absence de mobile apparent ont immédiatement évoqué le profil d’un tueur en série. » Selon lui, cette affaire a marqué le début d’une traque qui allait s’étendre sur plusieurs décennies.

Un profil atypique et insaisissable

François Vérove, connu sous le surnom du « Grêlé » en raison de son visage marqué par la varicelle dans son enfance, était un ancien gendarme. Ce détail, à lui seul, a longtemps perturbé les enquêteurs. Comment un membre des forces de l’ordre avait-il pu commettre de tels crimes ? « Il était imprévisible, énigmatique », explique Christian Le Jallé. « Les profils comme le sien sont rares. Il ne correspondait pas aux stéréotypes du tueur en série. Il agissait avec une froideur calculée, mais aussi avec une certaine audace, profitant de sa connaissance des procédures policières pour échapper à la justice. » Entre 1986 et 2000, il est impliqué dans au moins cinq meurtres et une dizaine d’agressions de mineures, principalement en région parisienne.

Des fausses pistes et des espoirs brisés

L’enquête, menée par la Brigade criminelle de Paris, a été semée d’embûches. Les enquêteurs ont exploré de nombreuses pistes, souvent infructueuses. « On a cru à plusieurs reprises tenir le coupable, mais chaque fois, les preuves manquaient ou se révélaient insuffisantes », confie Christian Le Jallé. Parmi les pistes les plus sérieuses figuraient des profils de suspects issus du milieu policier ou militaire, mais aucune ne s’est concrétisée. « On a même envisagé l’hypothèse d’un copycat, d’un imitateur, mais les similitudes entre les crimes étaient trop frappantes pour écarter l’idée d’un seul et même auteur. » Les avancées technologiques, notamment en matière de génétique, ont finalement permis de relier Vérove aux faits, des années après les crimes.

En 2021, alors que les enquêteurs s’apprêtaient à le confronter, François Vérove se suicide. Son ADN, prélevé lors d’une précédente affaire, est alors comparé aux échantillons conservés depuis les années 1980. Les résultats sont formels : il est bien le « Grêlé ». « C’est une victoire posthume pour les victimes et leurs familles », souligne Christian Le Jallé. « Cela leur a permis de faire leur deuil, même si la justice n’a pas pu être rendue. »

Un témoignage qui éclaire les coulisses d’une traque historique

Dans cet entretien exclusif accordé au Figaro, Christian Le Jallé lève le voile sur les défis rencontrés par les enquêteurs. Il décrit une traque marquée par la frustration, mais aussi par la détermination. « On a travaillé sans relâche, malgré les échecs et les remises en question. Chaque dossier non résolu nous hantait. Le « Grêlé » était une ombre qui planait sur nos enquêtes. » Il évoque également les avancées technologiques qui ont permis, in fine, de résoudre l’énigme. « Sans les progrès de la génétique et des bases de données ADN, nous n’aurions probablement jamais identifié Vérove. »

« Il était imprévisible, énigmatique. Les profils comme le sien sont rares. Il ne correspondait pas aux stéréotypes du tueur en série. »
— Christian Le Jallé, ancien commandant du groupe cold cases de la Brigade criminelle de Paris

Et maintenant ?

Si l’identification de François Vérove met un point final à l’une des affaires les plus longues de l’histoire judiciaire française, elle soulève aussi des questions sur les mécanismes de détection des tueurs en série au sein même des institutions. Les autorités devraient-elles renforcer les contrôles internes pour éviter qu’un ancien gendarme ne commette impunément des crimes pendant des décennies ? Les experts s’accordent à dire que cette affaire devrait servir de leçon pour les futures enquêtes. « Il faut continuer à moderniser les outils à disposition des enquêteurs, notamment en matière de croisement des données ADN », précise Christian Le Jallé. La traque du « Grêlé » rappelle aussi l’importance de ne jamais abandonner un dossier, aussi ancien soit-il. Aujourd’hui, les familles des victimes disposent enfin d’une réponse, même si la justice n’a pas pu s’exercer. Quant aux enquêteurs, ils tournent désormais la page d’un chapitre douloureux de leur carrière.

Pour l’heure, aucune suite judiciaire n’est envisageable, Vérove étant décédé avant son interpellation. Reste l’espoir que cette affaire puisse inspirer de nouvelles méthodes pour résoudre les cold cases, ces affaires non élucidées qui continuent de hanter les services de police à travers le pays.

Le surnom du « Grêlé » fait référence aux marques laissées sur son visage par la varicelle contractée dans son enfance. Ce détail distinctif a été utilisé par les médias et les enquêteurs pour le désigner, mais il n’a été identifié formellement qu’en 2021, grâce à des analyses ADN.