Trois années après le déclenchement des hostilités, le Soudan reste plongé dans une impasse militaire et diplomatique, selon Libération. Depuis le 15 avril 2023, le pays est déchiré par un conflit opposant l’armée régulière aux Forces de soutien rapide (FSR), un groupe paramilitaire. Ce bilan humain est dramatique : des dizaines de milliers de civils ont péri, tandis que plus de 10 millions de personnes ont été contraintes de quitter leur foyer, selon les dernières estimations disponibles.

Ce qu'il faut retenir

  • Le conflit au Soudan oppose depuis le 15 avril 2023 l’armée régulière aux Forces de soutien rapide (FSR), un groupe paramilitaire
  • Les combats ont fait des dizaines de milliers de morts parmi les civils
  • Plus de 10 millions de déplacés internes ou réfugiés ont été recensés depuis le début des hostilités
  • Les négociations de paix sont au point mort, sans perspective de compromis entre les belligérants
  • La situation humanitaire s’aggrave avec des pénuries généralisées et des risques de famine

Un conflit aux origines politiques et ethniques

Le conflit soudanais plonge ses racines dans une rivalité de pouvoir entre le général Abdel Fattah al-Burhan, chef de l’État et commandant en chef des Forces armées soudanaises, et son ancien adjoint, le général Mohamed Hamdan Daglo, dit « Hemetti », leader des FSR. Ces deux figures, autrefois alliées dans la chute du régime d’Omar el-Béchir en 2019, se disputent désormais le contrôle du pays. Les FSR, issues de milices janjawids historiques, ont été intégrées à l’appareil sécuritaire avant de se retourner contre l’armée régulière.

Les affrontements, particulièrement intenses dans les régions du Darfour et de Khartoum, ont pris une tournure ethnique dans certaines zones. Des massacres de civils et des exactions ont été documentés par plusieurs organisations internationales, alimentant un climat de terreur et de vengeance communautaire.

Une crise humanitaire d’une ampleur inédite

Au-delà des pertes humaines, le conflit a plongé le Soudan dans une crise humanitaire sans précédent. Selon les Nations unies, plus de 25 millions de personnes — soit plus de la moitié de la population — ont besoin d’assistance urgente. Les infrastructures médicales et sanitaires, déjà fragiles, sont en partie détruites, tandis que les livraisons d’aide sont régulièrement entravées par les combats ou les blocages administratifs.

Les Nations unies et plusieurs ONG alertent sur le risque de famine généralisée, notamment dans les zones rurales isolées. Près de 5 millions de personnes sont déjà en situation de famine aiguë, selon le Programme alimentaire mondial (PAM). La sécheresse persistante dans la région aggrave encore la situation, réduisant les récoltes et limitant l’accès à l’eau potable.

Des négociations de paix dans l’impasse

Malgré plusieurs rounds de médiation — notamment sous l’égide de l’Union africaine, des États-Unis et de l’Arabie saoudite — les pourparlers entre les belligérants sont au point mort. Les deux camps rejettent toute proposition de cessez-le-feu durable ou de partage du pouvoir, préférant miser sur une victoire militaire. Les dernières discussions, organisées à Genève en mars 2026, n’ont abouti à aucun accord concret, selon Libération.

Les observateurs soulignent l’intransigeance des deux parties. «

Ni al-Burhan ni Hemetti ne sont prêts à faire le moindre compromis. Chacun croit encore pouvoir l’emporter par la force », a déclaré un analyste politique sous couvert d’anonymat. Les deux généraux, qui s’étaient jusqu’ici partagé les richesses du pays, refusent désormais toute perspective de cohabitation.

Et maintenant ?

Sans une pression internationale accrue ou un changement de stratégie de la part des belligérants, le conflit pourrait encore s’étendre. Les prochaines échéances diplomatiques, comme la réunion du Conseil de sécurité de l’ONU prévue en mai 2026, pourraient relancer les discussions — à condition que les parties acceptent de négocier de bonne foi. Dans l’immédiat, la priorité reste l’accès humanitaire aux zones les plus touchées, mais les obstacles logistiques et sécuritaires rendent cette tâche extrêmement difficile.

La communauté internationale, divisée sur la manière d’aborder le conflit, peine à trouver une réponse unifiée. Certains pays, comme l’Égypte ou l’Arabie saoudite, privilégient une approche discrète, tandis que d’autres, à l’instar des États-Unis, menacent de sanctions ciblées contre les responsables des exactions. Pour l’heure, aucune solution durable ne semble en vue.

Les échecs répétés s’expliquent principalement par l’intransigeance des deux camps. Aucun des deux généraux — al-Burhan et Hemetti — ne semble prêt à renoncer à ses ambitions de pouvoir. Par ailleurs, les FSR, dont les milices sont accusées de crimes de guerre, refusent toute discussion qui remettrait en cause leur intégration dans l’appareil sécuritaire. Enfin, les rivalités régionales et les soutiens externes (Égypte, Émirats, Russie pour les FSR ; Arabie saoudite et États-Unis pour l’armée) compliquent toute médiation neutre.