Les autorités iraniennes ont prononcé quatre nouvelles condamnations à mort, dont une à l’encontre d’une femme, à l’issue de procédures judiciaires liées aux manifestations de janvier 2026 dans le pays. Cette annonce, rapportée par plusieurs organisations de défense des droits humains, s’ajoute à un bilan déjà lourd : sept exécutions ont déjà eu lieu dans ce contexte, selon des ONG locales et internationales. Ces décisions interviennent alors que la répression des mouvements de protestation a fait des milliers de morts et entraîné des dizaines de milliers d’arrestations.

Ce qu'il faut retenir

  • Quatre nouvelles condamnations à mort prononcées en Iran après les manifestations de janvier 2026, dont une femme
  • L’Iran a déjà exécuté sept personnes liées à ces événements, selon des ONG
  • Les procès ont été qualifiés d’expéditifs et inéquitables par plusieurs observateurs
  • Les condamnés sont accusés d’avoir agi pour le compte des États-Unis, notamment en jetant des blocs de béton sur les forces de sécurité
  • La répression a causé des milliers de morts et des dizaines de milliers d’arrestations depuis le début des manifestations

Des condamnations fondées sur des accusations de collaboration avec Washington

Les quatre personnes condamnées à mort par un tribunal révolutionnaire de Téhéran ont été reconnues coupables d’actions menées « pour le compte des États-Unis », selon les déclarations conjointes de l’ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA) et du Centre Abdorrahman Boroumand. Parmi elles, Bita Hemmati devient la première femme condamnée à mort dans ce cadre. Selon les sources, elle aurait été identifiée par les autorités iraniennes comme la femme apparaissant dans une vidéo diffusée en janvier par la télévision d’État, où elle était interrogée par le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejei.

Des procédures judiciaires dénoncées comme opaques et entachées de violations

Le Centre Abdorrahman Boroumand a critiqué « l’enregistrement et la diffusion d’aveux forcés de prévenus dans le cadre d’une procédure opaque ». De son côté, le Center for Human Rights in Iran, basé à New York, a dénoncé des « procès expéditifs profondément inéquitables, sans accès à un avocat indépendant et reposant sur des aveux extorqués sous la torture ». Ces pratiques, selon les ONG, visent à instrumentaliser la justice pour réprimer les contestations. En 2025, l’Iran avait déjà battu un record d’exécutions avec au moins 1 639 mises à mort, dont 48 femmes, selon le rapport annuel de l’ONG Iran Human Rights (IHR) et de l’organisation Ensemble contre la peine de mort (ECPM).

Un contexte de tensions accrues et de multiplication des sanctions

Ces condamnations surviennent alors que les tensions entre l’Iran et les États-Unis s’intensifient, notamment autour du détroit d’Ormuz, point de passage stratégique pour le trafic maritime mondial. Depuis fin février, l’Iran bloque partiellement le détroit en réponse aux frappes israéliennes et américaines, provoquant une flambée des prix de l’énergie et perturbant les chaînes d’approvisionnement. Washington a riposté en imposant un blocus des ports iraniens depuis lundi, une mesure qualifiée de « violation grave de la souveraineté » par Téhéran.

Emmanuel Macron a appelé mardi les présidents américain Donald Trump et iranien Massoud Pezeshkian à « reprendre les négociations » interrompues à Islamabad. « Il est essentiel que le cessez-le-feu soit strictement respecté par tous et qu’il inclue le Liban », a-t-il souligné sur le réseau social X. De son côté, le Pakistan tente de relancer des pourparlers entre les deux pays, après l’échec des discussions de dimanche. Donald Trump a affirmé que l’Iran « voudrait faire un accord à tout prix », tout en menaçant de « détruire tout navire militaire forçant le blocus ».

Une aide humanitaire enfin acheminée, mais insuffisante face aux besoins

Pour la première fois depuis le début du conflit, la Croix-Rouge a réussi à acheminer des convois d’aide en Iran. Dimanche, un premier convoi est entré en Iran en provenance de Turquie, transportant du matériel médical et des articles de première nécessité. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a également expédié 171 tonnes de secours depuis la Jordanie, suffisantes pour 25 000 personnes. Cependant, ces livraisons restent « largement sous-financées », selon le porte-parole de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), qui appelle à une solidarité accrue de la communauté internationale.

« Au-delà de ce premier envoi, nous espérons qu’il marquera le début d’une aide plus importante dans le pays. »
— Tommaso Della Longa, porte-parole de la FICR, selon Le Figaro

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour l’évolution de la situation en Iran. Les négociations entre Washington et Téhéran, suspendues depuis dimanche, pourraient reprendre sous l’égide du Pakistan ou d’autres médiateurs. La tenue de pourparlers entre Israël et le Liban à Washington, prévue ce mardi, ajoute une nouvelle dimension diplomatique au conflit, alors que les affrontements persistent dans le sud du Liban. Par ailleurs, l’Iran pourrait durcir sa réponse au blocus américain, risquant d’aggraver les tensions régionales. Enfin, la pression sur les chaînes d’approvisionnement humanitaire et énergétique devrait s’accentuer, avec des répercussions économiques mondiales.

Un bilan humain et politique toujours plus lourd

Les condamnations à mort annoncées mardi illustrent la fermeté du régime iranien face à la contestation, dans un contexte où la guerre au Moyen-Orient s’étend et où les espoirs de désescalade restent minces. Avec plus de 1 600 exécutions en 2025, l’Iran confirme sa place parmi les pays pratiquant le plus la peine de mort au monde. Les organisations de défense des droits humains craignent une intensification de ces pratiques, notamment en raison de l’état d’urgence lié aux conflits régionaux. La communauté internationale, déjà préoccupée par la crise humanitaire, devra rapidement évaluer l’impact de ces décisions sur les négociations en cours.

L’économie mondiale sous tension, entre sanctions et perturbations

Le blocus des ports iraniens et les tensions dans le détroit d’Ormuz pèsent sur les marchés mondiaux. Le Fonds monétaire international (FMI) a revu à la baisse ses prévisions de croissance pour la zone euro en 2026, citant « l’impact négatif du conflit au Moyen-Orient ». À Wall Street, les investisseurs misent sur une reprise des négociations entre les États-Unis et l’Iran, mais restent prudents face à l’instabilité persistante. La hausse des prix de l’énergie, déjà palpable, menace de s’aggraver si le conflit s’étend.

Dans ce contexte, l’acheminement de l’aide humanitaire en Iran prend une dimension urgente. Le FICR a lancé un appel à 120 millions de francs suisses (environ 130 millions d’euros) pour financer ses opérations, mais les fonds restent insuffisants. Les prochains jours diront si la diplomatie peut désamorcer la crise ou si, au contraire, les tensions continueront de s’exacerber, avec des conséquences humanitaires et économiques toujours plus graves.

Selon plusieurs organisations de défense des droits humains, comme le Center for Human Rights in Iran, l’Iran instrumentalise la peine de mort pour réprimer les contestations et dissuader toute nouvelle mobilisation. Les procès sont souvent expéditifs, sans accès à un avocat indépendant, et reposent sur des aveux extorqués sous la torture. Cette stratégie s’inscrit dans une politique de répression accrue, notamment depuis le début des manifestations de janvier 2026.