Selon Le Figaro, la trottinette électrique s’est imposée depuis deux ans comme un outil privilégié du banditisme organisé dans la métropole lyonnaise. Autrefois associée aux déplacements urbains ludiques ou écologiques, elle est désormais devenue l’instrument de prédilection des narcotrafiquants et des auteurs de règlements de compte, en raison de sa maniabilité et de la difficulté à l’identifier.
Ce qu'il faut retenir
- Quatre hommes interpellés à Vaulx-en-Velin avec une trottinette équipée d’une kalachnikov, fin juillet 2026.
- Deux attaques à la voiture-bélier contre des restaurants lyonnais, perpétrées par des tireurs à trottinette.
- Un règlement de compte à Villeurbanne, où un homme a été abattu par un individu circulant à trottinette.
- La trottinette, plus discrète qu’un scooter, facilite les livraisons de stupéfiants et les déplacements rapides des malfaiteurs.
- Les forces de l’ordre lyonnaises constatent une hausse des infractions liées à ce mode de transport depuis 2024.
Un outil de prédilection pour les narcotrafiquants
Le phénomène ne date pas d’hier, mais il s’est systématisé ces dernières années. Le Figaro rapporte que les enquêtes de la Brigade anticriminalité (Bac) révèlent l’utilisation croissante des trottinettes électriques dans les opérations de trafic de drogue et les règlements de compte. Leur légèreté et leur capacité à se faufiler dans les ruelles étroites des quartiers denses en font un allié de taille pour les réseaux criminels.
Les patrouilles policières ont déjà intercepté des colis de stupéfiants livrés via ce biais. « Les trafiquants utilisent ces engins pour acheminer des doses ou des armes », explique un officier de la Bac sous couvert d’anonymat. Leur faible empreinte carbone et leur silence de fonctionnement compliquent les investigations, les forces de l’ordre devant souvent procéder à des analyses ADN ou des repérages en amont.
Les règlements de compte à trottinette se multiplient
Les faits divers se succèdent à un rythme soutenu. Fin juillet 2026, une patrouille de la Bac à Vaulx-en-Velin découvre, lors d’un contrôle de routine, quatre hommes affairés autour d’une camionnette. À l’intérieur, une trottinette électrique est dotée d’une arme de guerre de type kalachnikov. L’arsenal moderne mis au jour illustre l’évolution des méthodes des criminels.
Quelques jours plus tard, dans le centre de Lyon, deux restaurants subissent des attaques à la voiture-bélier, perpétrées par des individus circulant à trottinette. Le mode opératoire est identique : des coups de feu tirés en mouvement, puis une fuite rapide. « Les auteurs profitent de la vitesse et de la discrétion de ces engins », précise un rapport interne de la préfecture. Le 4 août 2026, un homme est abattu à Villeurbanne, près de la mairie, par un tireur circulant à trottinette. L’enquête, toujours en cours, cherche à établir les liens entre les victimes et les auteurs présumés, tous deux connus pour des faits liés au trafic de stupéfiants.
Pourquoi la trottinette s’impose-t-elle dans le milieu criminel ?
Plusieurs facteurs expliquent cette adoption massive. D’abord, son coût abordable : une trottinette électrique d’occasion se négocie à moins de 500 euros, ce qui la rend accessible même aux petits réseaux. Ensuite, sa maniabilité dans un trafic urbain congestionné est inégalée. Contrairement aux scooters, souvent surveillés par les caméras, les trottinettes passent inaperçues et permettent d’échapper aux contrôles routiers.
Enfin, leur faible identification rend leur traçage complexe. Peu d’engins sont immatriculés, et les numéros de série sont facilement modifiables. « Les trafiquants savent qu’ils peuvent abandonner ces véhicules sans risque », souligne un enquêteur de la PJ lyonnaise. Les forces de l’ordre estiment que près de 30 % des livraisons de drogue dans certains quartiers lyonnais s’effectuent désormais à trottinette.
Les forces de l’ordre face à ce nouveau défi
La police lyonnaise a dû adapter ses méthodes. Des unités spécialisées, comme la Brigade de recherche et d’intervention (BRI), ont intégré des techniques de pistage adaptées à ce mode de déplacement. « Nous multiplions les contrôles ciblés dans les zones sensibles », confie un responsable de la sécurité publique. Les patrouilles à pied et en véhicule léger sont renforcées, mais la tâche reste ardue face à la mobilité des criminels.
Les services de renseignement surveillent également les réseaux sociaux, où s’échangent parfois des informations sur les « points de chute » ou les itinéraires des trafiquants. Malgré ces efforts, les autorités reconnaissent que la lutte contre ce phénomène reste inégale. « Nous sommes en retard sur ce sujet », admet un haut gradé de la police nationale, qui plaide pour une coopération accrue avec les plateformes de location de trottinettes et les municipalités.
L’évolution de ce phénomène interroge sur la capacité des institutions à suivre le rythme d’un banditisme toujours plus innovant. Entre innovation technologique et criminalité organisée, la trottinette électrique incarne aujourd’hui le visage d’une délinquance qui n’a de cesse de se réinventer.
Pour l’heure, les caméras classiques peinent à identifier les trottinettes en mouvement, en raison de leur petite taille et de leur vitesse. Certaines municipalités testent des systèmes de détection thermique ou des algorithmes d’analyse vidéo en temps réel, mais ces technologies restent coûteuses et peu déployées à grande échelle. La police lyonnaise mise davantage sur le renseignement humain et les contrôles inopinés pour tenter de limiter ces pratiques.
Certains loueurs, comme Lime ou Dott, ont mis en place des protocoles de signalement en cas d’utilisation suspecte, notamment via des applications dédiées. Cependant, la collaboration reste limitée, car ces entreprises craignent une atteinte à leur image et à la confiance des utilisateurs. La préfecture de Lyon négocie actuellement avec ces acteurs pour renforcer les vérifications d’identité et limiter les abus, sans que des mesures concrètes n’aient encore été dévoilées.