Depuis 2024, la Tunisie et surtout l’Algérie affichaient une alignement marqué avec les positions de Téhéran au Moyen-Orient. Pourtant, depuis le début du conflit en Iran, ces deux pays nord-africains ont opéré un virage diplomatique significatif, selon Libération.

Ce qu'il faut retenir

  • En 2024, la Tunisie et l’Algérie soutenaient activement les positions de l’Iran au Moyen-Orient
  • Depuis le début du conflit, ces deux pays ont revu leur diplomatie, adoptant une posture plus distanciée
  • Cette reconfiguration révèle une stratégie Maghreb-centrique, moins dépendante de Téhéran
  • Les relations entre Alger, Tunis et Téhéran s’en trouvent modifiées, avec des conséquences régionales

Les relations entre le Maghreb et l’Iran ont longtemps été marquées par une alliance stratégique, notamment depuis 2024, lorsque Tunis et Alger ont aligné leurs positions sur celles de Téhéran dans les crises régionales. Cette proximité diplomatique s’expliquait par des intérêts communs, notamment dans les dossiers libyen et palestinien. Pourtant, depuis le déclenchement du conflit en Iran, une rupture s’est opérée, comme le rapporte Libération.

L’Algérie, en particulier, a joué un rôle clé dans ce rapprochement avec Téhéran. Dès 2024, Alger avait multiplié les gestes symboliques en faveur de la république islamique, allant jusqu’à soutenir publiquement ses positions lors des votes à l’ONU. Mais depuis le début des hostilités, Alger a adopté une posture plus nuancée. « Nous restons attachés à la stabilité régionale, mais notre priorité est désormais la recherche d’une solution politique », a indiqué un haut responsable du ministère algérien des Affaires étrangères, sous couvert d’anonymat.

Côté tunisien, la situation est tout aussi révélatrice. Depuis 2024, Tunis avait choisi de s’aligner sur Téhéran, notamment sur la question palestinienne. Pourtant, depuis le début du conflit, le gouvernement tunisien a progressivement réduit ses déclarations de soutien à l’Iran, préférant adopter une position de neutralité. « La Tunisie ne souhaite pas être entraînée dans des conflits qui ne sont pas les siens », a précisé un diplomate tunisien.

Une reconfiguration diplomatique aux enjeux régionaux

Cette distanciation progressive entre Alger, Tunis et Téhéran s’inscrit dans une stratégie plus large de recentrage des pays du Maghreb sur leurs propres intérêts. Les deux capitales, Alger et Tunis, semblent désormais privilégier des relations équilibrées avec l’ensemble des acteurs régionaux, y compris les pays du Golfe et l’Union européenne. « Nous ne voulons pas être pris en otage dans des rivalités qui nous dépassent », a souligné un expert en géopolitique maghrébine.

Cette évolution diplomatique pourrait avoir des répercussions sur plusieurs dossiers brûlants. D’abord, le dossier libyen, où l’Algérie et la Tunisie jouent un rôle central. Ensuite, les relations avec l’Union européenne, qui pourrait voir d’un bon œil cette distanciation vis-à-vis de Téhéran. Enfin, les dynamiques internes dans chaque pays, où les opinions publiques restent divisées sur la question iranienne. « Cette réorientation est un pari risqué, mais il pourrait rapporter gros à moyen terme », estime un analyste politique basé à Alger.

Quelles conséquences pour les relations Maghreb-Iran ?

Les relations entre le Maghreb et l’Iran risquent de se tendre dans les mois à venir. Téhéran, qui a longtemps compté sur le soutien de Tunis et Alger, pourrait voir cette distanciation comme une trahison. De son côté, Alger et Tunis devront gérer cette transition avec prudence, afin d’éviter une rupture brutale qui pourrait fragiliser leurs positions respectives. « Nous ne voulons pas brûler les ponts, mais nous ne pouvons plus ignorer les réalités géopolitiques », a confié un conseiller du président algérien.

Sur le plan économique, cette reconfiguration pourrait aussi avoir des impacts. L’Algérie, par exemple, pourrait revoir ses accords commerciaux avec Téhéran, au profit de partenariats avec d’autres acteurs régionaux. La Tunisie, de son côté, pourrait diversifier ses sources d’approvisionnement en énergie, actuellement dépendantes en partie de l’Iran. « Une réorientation progressive est nécessaire pour sécuriser nos approvisionnements », a expliqué un responsable tunisien.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront cruciales pour évaluer l’ampleur de ce virage diplomatique. Plusieurs sommets régionaux sont prévus d’ici l’été 2026, notamment à Alger et Tunis, qui pourraient officialiser cette nouvelle posture. Par ailleurs, les négociations en cours pour un accord de libre-échange entre l’UE et le Maghreb pourraient accélérer cette dynamique, en encourageant les deux pays à s’éloigner de Téhéran. Reste à voir si cette stratégie portera ses fruits ou si elle entraînera des tensions supplémentaires avec l’Iran.

Une chose est sûre : le Maghreb semble vouloir tracer sa propre voie, loin des rivalités moyen-orientales. Une décision qui pourrait redessiner les équilibres diplomatiques en Afrique du Nord.

Selon Libération, cette alliance s’expliquait par des intérêts communs, notamment sur les dossiers libyen et palestinien, ainsi que par une volonté de contrer l’influence des pays du Golfe dans la région.