Lors d’une cérémonie officielle organisée à Tunis le 5 avril 2026, le président tunisien Kaïs Saïed a vivement attaqué la télévision publique, la sommant de « changer de discours » et de « être au rendez-vous avec l’histoire ». Cette sortie, prononcée en hommage à l’ancien chef de l’État Habib Bourguiba, s’inscrit dans un contexte de tensions persistantes autour de la liberté de la presse dans le pays, selon RFI.
Ce qu'il faut retenir
- Le président tunisien Kaïs Saïed a critiqué la télévision publique lors d’une cérémonie d’hommage à Habib Bourguiba le 5 avril 2026.
- Il a exigé un « changement de discours » et une adaptation aux « exigences de l’histoire ».
- Cette intervention survient dans un contexte de restrictions croissantes de la liberté de la presse en Tunisie.
- La télévision publique, souvent perçue comme un relais des positions officielles, est au cœur des débats sur l’indépendance des médias.
Un discours musclé lors d’un hommage historique
Kaïs Saïed s’est exprimé publiquement lors d’une cérémonie marquant le 50ᵉ anniversaire de la mort de Habib Bourguiba, fondateur de la Tunisie moderne. Le chef de l’État a longuement évoqué l’héritage politique de son prédécesseur, tout en pointant du doigt les faiblesses de l’institution médiatique nationale. « La télévision publique doit sortir de sa torpeur et embrasser les défis de son époque », a-t-il lancé, avant d’ajouter : « Elle a une responsabilité historique ». Ces propos, retransmis en direct, ont immédiatement suscité des réactions contrastées dans le paysage politique et journalistique.
La liberté de la presse en Tunisie, un sujet récurrent
Depuis plusieurs années, les organisations de défense des droits humains alertent sur un durcissement des conditions de travail des journalistes en Tunisie. Selon Reporters sans frontières, le pays occupe en 2026 la 130ᵉ place sur 180 dans son classement mondial de la liberté de la presse, soit une baisse de 12 places par rapport à 2021. Les critiques portent notamment sur les pressions exercées sur les médias indépendants, les poursuites judiciaires contre des journalistes, et la mainmise progressive de l’État sur les chaînes publiques.
Dans ce contexte, les remarques de Kaïs Saïed ne surprennent pas totalement, bien qu’elles prennent une tournure plus directe. « On ne peut plus se permettre des discours qui s’éloignent de la réalité ou qui desservent l’intérêt national », a-t-il insisté, sans préciser quelles émissions ou quels contenus il visait précisément. — Une affirmation qui a rapidement alimenté les spéculations dans les cercles médiatiques.
Entre hommage et instrumentalisation politique
L’hommage rendu à Habib Bourguiba, premier président de la Tunisie indépendante, revêt une dimension symbolique forte. Bourguiba, connu pour son autoritarisme modéré mais réel, avait lui-même muselé une partie de la presse après l’indépendance, avant de libéraliser progressivement le secteur. Kaïs Saïed, qui se présente comme un héritier de cette tradition « modernisatrice », semble pourtant s’inscrire dans une logique inverse, renforçant le contrôle sur les médias publics.
Cette cérémonie, initialement prévue pour célébrer l’histoire du pays, a donc pris une tournure plus politique que prévu. « C’est une façon de rappeler que le pouvoir reste le garant ultime de la ligne éditoriale », analyse un observateur local sous couvert d’anonymat. Les associations de journalistes, elles, y voient une nouvelle preuve de la dérive autoritaire du régime.
Quoi qu’il en soit, cette intervention confirme une fois de plus que la question de la liberté de la presse reste un enjeu central en Tunisie, à l’heure où le pays tente de concilier héritage démocratique et aspirations autoritaires.
