Selon Courrier International, Kemal Kılıçdaroğlu, ancien candidat à la présidence turque et actuel dirigeant du principal parti d’opposition, le CHP, a organisé le 25 juillet 2026 à Istanbul un meeting destiné à simuler un engouement populaire autour de son retour aux affaires. Or, une partie des participants s’est révélée être des figurants recrutés via des agences de casting locales, déclenchant un scandale politique.

Ce qu'il faut retenir

  • 950 livres turques (18 euros) : c’est la rémunération perçue par chaque figurant pour assister à l’événement et applaudir à la demande.
  • Une centaine de figurants, principalement des retraités, chômeurs et migrants, ont été transportés en bus depuis Istanbul pour l’occasion.
  • Parmi eux figuraient des opposants déclarés au nouveau dirigeant du CHP, dont certains ont déclaré soutenir Ekrem İmamoğlu, maire d’Istanbul emprisonné depuis mars 2025.
  • Cet incident survient dans un contexte de tensions internes au CHP, où une frange majoritaire du parti menace de créer un nouveau mouvement politique, le Yeni Parti.
  • La révélation, publiée par le quotidien Birgün, suscite à la fois moqueries et critiques envers Kılıçdaroğlu, accusé de collaborer avec le pouvoir en place.

Un meeting organisé dans l’urgence pour contrer une scission interne

Samedi 25 juillet 2026, Kemal Kılıçdaroğlu, placé à la tête du CHP par la justice en mai 2026 sur ordre des autorités, a convoqué une cérémonie d’accueil pour les nouveaux adhérents à Istanbul. L’objectif affiché était de démontrer un regain de popularité après des mois de crise interne, marquée par la menace de scission d’une majorité de membres du parti. Ces derniers, menés par des figures historiques du kémalisme, préparent en effet la création du Yeni Parti, un mouvement qui pourrait emporter avec lui une grande partie des élus et des voix traditionnellement acquises au CHP.

Face à cette fronde, Kılıçdaroğlu a souhaité organiser un événement symbolique pour affirmer son contrôle sur le parti. Cependant, la révélation de l’utilisation de figurants pour gonfler artificiellement la foule de participants a immédiatement jeté le discrédit sur cette initiative. Selon Courrier International, le pouvoir turc est soupçonné d’avoir encouragé cette stratégie, dans une logique similaire à celle employée en Russie sous Vladimir Poutine pour contrôler les partis d’opposition.

Des figurants recrutés pour applaudir sous surveillance

C’est la journaliste Ebru Çelik, du quotidien Birgün, qui a révélé l’affaire après s’être infiltrée parmi les participants. Alertée par des agences de casting d’Istanbul recrutant des figurants pour un événement politique, elle s’est présentée aux casting et a été engagée pour 950 livres turques (18 euros), avec pour consigne d’applaudir et de scander des slogans pendant plusieurs heures. Les figurants, convoyés en bus depuis différents quartiers de la ville, se sont vu interdire de quitter la salle des congrès ou de se rendre aux toilettes.

Parmi la centaine de figurants recrutés figuraient des retraités, des chômeurs, mais aussi des migrants originaires d’Ouzbékistan, d’Égypte et d’Iran. Certains ont confié leur mépris pour la démarche. « Moi, je suis pour Ekrem İmamoğlu [le maire d’Istanbul emprisonné depuis mars 2025], je prends mon argent et je m’en vais », a ainsi déclaré un participant à la journaliste.

Un contexte politique explosif au sein du CHP

Le CHP, parti historique de l’opposition turque, traverse une crise sans précédent depuis l’arrivée de Kılıçdaroğlu à sa tête. Nommé par la justice en mai 2026 sous pression des autorités, il est accusé par une large partie de l’appareil du parti de servir les intérêts du pouvoir en place, en échange d’une tolérance accrue envers le CHP. Cette nomination intervient après l’échec de Kılıçdaroğlu face au président islamo-nationaliste Recep Tayyip Erdoğan lors de l’élection présidentielle de 2023.

La création du Yeni Parti, annoncée par les frondeurs du CHP, menace de priver le parti de ses figures les plus emblématiques et de sa base militante. Dans ce contexte, l’organisation d’un meeting artificiellement peuplé apparaît comme une tentative désespérée de Kılıçdaroğlu de prouver sa légitimité. Pourtant, la révélation de l’utilisation de figurants risque d’aggraver les tensions internes et de discréditer davantage sa direction.

Une méthode controversée qui rappelle les pratiques autoritaires

L’affaire des figurants du CHP s’inscrit dans une stratégie plus large de contrôle des oppositions en Turquie, où les partis non alignés sur le pouvoir sont régulièrement soumis à des pressions judiciaires, médiatiques ou politiques. La nomination de Kılıçdaroğlu, perçue comme un choix imposé par Erdoğan, rappelle les méthodes utilisées en Russie pour marginaliser les opposants, comme la création de partis fantoches ou la cooptation de figures dissidentes.

Cette affaire intervient également dans un climat de répression accrue contre les figures de l’opposition. Depuis mars 2025, Ekrem İmamoğlu, maire d’Istanbul et symbole de la résistance au pouvoir, est emprisonné. Son cas illustre la volonté des autorités de réduire au silence les opposants les plus visibles, tout en maintenant une façade démocratique.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient être déterminantes pour le CHP. Une réunion exceptionnelle de la direction du parti est prévue début septembre 2026 pour statuer sur l’avenir du Yeni Parti et sur la stratégie à adopter face à la crise actuelle. Par ailleurs, la justice turque devrait rendre prochainement un verdict dans plusieurs affaires judiciaires visant des membres du CHP, ce qui pourrait encore fragiliser la position de Kılıçdaroğlu. Enfin, la réaction de l’électorat kémaliste, traditionnellement méfiant envers toute alliance avec le pouvoir, pourrait s’avérer décisive dans les mois à venir.

Reste à voir si cet épisode des figurants marquera un tournant dans la vie du CHP ou s’il sera rapidement éclipsé par d’autres affaires politiques. Une chose est sûre : en Turquie, où les règles du jeu démocratique sont de plus en plus contestées, les méthodes de communication des partis d’opposition font désormais l’objet d’un examen minutieux.

Kemal Kılıçdaroğlu a organisé ce meeting le 25 juillet 2026 pour tenter de démontrer un regain de popularité au sein du CHP, alors que le parti est menacé par une scission majeure. L’objectif était de créer un mouvement de soutien artificiel pour contrer l’annonce de la création du Yeni Parti, un nouveau mouvement politique qui devrait emporter avec lui une grande partie des élus et des voix du CHP.

Cette affaire s’inscrit dans un contexte de répression accrue des oppositions en Turquie, où les partis non alignés sur le pouvoir sont soumis à des pressions judiciaires, médiatiques ou politiques. La nomination de Kılıçdaroğlu, perçue comme un choix imposé par le président Erdoğan, rappelle les méthodes utilisées en Russie pour marginaliser les opposants, comme la création de partis fantoches ou la cooptation de figures dissidentes.