La chanteuse sud-africaine Tyla a retiré de sa tournée internationale un concert prévu à Lagos, au Nigeria, dans un contexte de tensions diplomatiques exacerbées entre Pretoria et Abuja. Cette décision intervient alors que des appels au boycott du spectacle circulaient sur les réseaux sociaux nigérians, selon Franceinfo - Culture.

Ce changement de calendrier s’ajoute à une série de violences xénophobes en Afrique du Sud, où des étrangers sont accusés de prendre le travail des locaux. Le gouvernement nigérian a été l’un des plus critiques envers la gestion de cette crise par les autorités sud-africaines, ce qui a aggravé les relations entre les deux pays. Une rencontre tendue entre responsables nigérians et sud-africains, tenue cette semaine au ministère nigérian des Affaires étrangères, a illustré l’ampleur des désaccords.

Ce qu'il faut retenir

  • Tyla, star sud-africaine connue pour son tube « Water », a retiré son concert à Lagos de sa tournée mondiale « A*pop » sans fournir d’explication officielle.
  • Des appels au boycott du concert par des internautes nigérians ont précédé cette annulation, dans un contexte de montée des tensions xénophobes en Afrique du Sud.
  • Quatre morts au moins sont recensés par les autorités sud-africaines dans les violences anti-étrangers, mais plusieurs gouvernements africains évoquent un bilan bien plus lourd, avec plus de 160 000 rapatriements depuis fin mai.
  • Le Nigeria et le Ghana ont été les pays les plus virulents dans leurs critiques envers Pretoria, accusé de ne pas protéger suffisamment les migrants.
  • La tournée de Tyla, initialement prévue pour inclure Lagos, Paris, New York et Le Cap, a vu son étape nigériane disparaître du calendrier le 31 juillet.

Une tournée internationale perturbée par des tensions géopolitiques

Tyla, 24 ans, avait officiellement annoncé le 27 juillet les dates de sa tournée mondiale pour promouvoir son deuxième album, « A*pop ». Parmi les villes prévues figuraient Lagos, une étape phare pendant la période des festivités de fin d’année nigériane, connue sous le nom de « Detty December ». Le 31 juillet au matin, l’étape de Lagos avait déjà disparu du site officiel de l’artiste.

Contactée par l’AFP, l’équipe de Tyla n’a pas répondu aux sollicitations pour expliquer ce retrait. Les réseaux sociaux nigérians avaient joué un rôle clé dans cette décision, avec des appels massifs au boycott lancés contre l’artiste, perçue comme une ambassadrice de l’Afrique du Sud malgré elle.

L’Afrique du Sud face à une crise migratoire et sociale

Depuis plusieurs semaines, l’Afrique du Sud est secouée par des vagues de violences xénophobes ciblant les travailleurs étrangers. Le taux de chômage du pays dépasse les 30 %, et les immigrés, qu’ils soient en situation régulière ou non, sont régulièrement désignés comme responsables des difficultés économiques locales.

Selon les autorités sud-africaines, au moins quatre étrangers ont été tués lors d’attaques liées à ces manifestations. Cependant, plusieurs pays africains, dont le Nigeria et le Ghana, avancent un bilan bien plus lourd. D’après un décompte établi par l’AFP à partir des chiffres officiels, plus de 160 000 personnes ont quitté l’Afrique du Sud depuis fin mai, dont environ 1 500 Nigérians.

Le Nigeria a même organisé le rapatriement massif de ses ressortissants, tandis que d’autres pays comme le Kenya ou l’Éthiopie ont suivi le mouvement. Ces départs massifs illustrent l’ampleur de la crise, qui dépasse largement le cadre des violences ponctuelles pour toucher à la stabilité économique et sociale de la région.

Une escalade diplomatique entre Pretoria et Abuja

Les relations entre l’Afrique du Sud et le Nigeria, deux des principales puissances économiques africaines, se sont fortement dégradées ces dernières semaines. Le Nigeria a critiqué ouvertement la gestion par Pretoria de la crise xénophobe, qualifiant les violences de « honte pour le continent » et exigeant des mesures concrètes pour protéger les ressortissants nigérians.

Une rencontre au sommet entre hauts responsables des deux pays, organisée cette semaine à Abuja, s’est terminée sur une note particulièrement tendue. Les échanges ont porté sur la sécurité des migrants, mais aussi sur les conséquences économiques de ces violences. Le Nigeria, qui abrite la plus grande diaspora sud-africaine en Afrique, pourrait prendre des mesures commerciales en représailles, bien que rien ne soit encore acté.

Le rôle des réseaux sociaux et de l’opinion publique

L’annulation du concert de Tyla à Lagos est aussi le reflet d’une mobilisation populaire sur les réseaux sociaux. Des hashtags comme #BanTyla ou #BoycottTyla ont circulé massivement au Nigeria, poussant l’artiste à revoir ses plans. Cette pression numérique a joué un rôle déterminant, même si aucune déclaration officielle n’a été faite pour expliquer le retrait de l’étape nigériane.

Pour Tyla, qui collabore régulièrement avec des artistes internationaux comme Cardi B ou Travis Scott, cette situation représente un défi inédit. La jeune chanteuse, devenue une icône en Afrique du Sud après son tube « Water » et son entrée au Billboard, se retrouve malgré elle au cœur d’un conflit géopolitique.

Et maintenant ?

La tournée de Tyla devrait se poursuivre comme prévu dans les autres villes, notamment à Paris, New York et Le Cap. Cependant, la question d’un éventuel report ou annulation d’autres dates en Afrique subsaharienne pourrait se poser si les tensions persistent. Côté diplomatique, une escalade des mesures de rétorsion entre Pretoria et Abuja n’est pas à exclure, bien que les deux pays aient intérêt à éviter une rupture complète compte tenu de leurs échanges commerciaux. Enfin, la gestion de la crise migratoire en Afrique du Sud reste un enjeu majeur pour les prochains mois, avec des élections locales prévues en 2027 qui pourraient radicaliser encore davantage le débat sur l’immigration.

Ce retrait illustre la manière dont les tensions locales peuvent rapidement se transformer en crises internationales, avec des répercussions culturelles et économiques immédiates. Pour Tyla comme pour les autorités sud-africaines, l’enjeu sera de trouver un équilibre entre la protection des droits des migrants et la réponse aux frustrations sociales qui alimentent ces violences.

Le Nigeria est le pays africain avec l’une des plus grandes diasporas en Afrique du Sud. Depuis fin mai, plus de 1 500 Nigérians ont été rapatriés, et les violences xénophobes ont provoqué une vague de colère dans le pays. Les autorités nigérianes ont réagi en critiquant vivement Pretoria et en organisant des rapatriements massifs, ce qui a aggravé les tensions diplomatiques.