Une nouvelle vague d’attaques russes a frappé plusieurs régions ukrainiennes ces dernières 48 heures, causant des dégâts matériels importants et faisant des victimes. Selon nos confrères de Euronews FR, les régions de Zaporijjia, Kyiv, Soumy, Kharkiv et Kherson ont été particulièrement visées par des frappes de drones et de bombes aériennes, alors que Moscou et Kyiv poursuivent leurs offensives de longue portée.
Ce qu’il faut retenir
- Une frappe de drone russe contre un hypermarché Epicentr à Zaporijjia a blessé quatre personnes et provoqué un incendie de 2 000 m².
- À Kyiv, une personne a été tuée et deux autres blessées lors d’attaques ciblant des entrepôts et des habitations.
- À Kherson, un homme de 61 ans est décédé après une frappe de drone, alors que les autorités appellent les habitants à évacuer avant l’hiver.
- La centrale énergétique de Kherson a été détruite, privant la ville d’électricité et de chauffage pour une période indéterminée.
- Depuis juillet, la Russie a largué 170 bombes aériennes guidées sur Kherson, soit plus que sur les six premiers mois de l’année.
- L’Ukraine intensifie ses propres frappes contre les infrastructures russes, visant des raffineries et des sites logistiques.
Zaporijjia et Kyiv dans la ligne de mire des drones russes
Un drone russe a frappé vendredi matin un hypermarché de bricolage Epicentr dans la ville de Zaporijjia, dans le sud-est de l’Ukraine. L’attaque a blessé quatre personnes et provoqué un incendie ravageant environ 2 000 mètres carrés du bâtiment, selon le gouverneur régional Ivan Fedorov. « Les pompiers interviennent pour maîtriser les flammes, mais les dégâts restent considérables », a-t-il précisé. Cet incident s’inscrit dans une série d’attaques menées simultanément dans plusieurs régions ukrainiennes.
Dans la région de Kyiv, capitale ukrainienne, les frappes russes ont fait une victime et deux blessés. Des entrepôts et des habitations ont été endommagés dans les districts de Boryspil et Fastiv, ainsi que dans d’autres zones autour de la ville. Les autorités locales ont signalé des attaques répétées de drones depuis deux jours. Ces opérations visent des infrastructures de plus en plus éloignées du front, marquant une escalade dans la stratégie russe. « Les drones et les bombes guidées s’attaquent désormais à des cibles stratégiques en profondeur », a souligné un responsable local.
Kherson en état d’urgence : appels à l’évacuation avant l’hiver
À Kherson, ville du sud de l’Ukraine reprise par les forces ukrainiennes en novembre 2022 mais toujours exposée aux frappes russes, les autorités ont appelé les habitants à quitter les lieux avant l’arrivée de l’hiver. Jeudi, le gouverneur régional Oleksandr Prokoudine a lancé un avertissement solennel : « En particulier les familles avec enfants et les personnes âgées sont invitées à partir en raison d’une situation sécuritaire extrêmement difficile ». Cette mise en garde fait suite à une série d’attaques meurtrières ces dernières semaines, dont une frappe contre un minibus ayant tué quatre personnes le 19 août.
Vendredi, un homme de 61 ans a succombé à ses blessures après une frappe de drone dans le district de Korabelnyi. Trois autres personnes ont été hospitalisées. La situation s’est encore aggravée avec la destruction de la centrale électrique et thermique de Kherson, touchée par quatre bombes aériennes guidées russes dans la nuit de jeudi à vendredi. La compagnie Naftogaz a confirmé que l’ensemble des équipements de production était hors service, mettant en péril l’approvisionnement en électricité et en chauffage pour des mois. « Les habitants pourraient se retrouver sans ces services non pas pendant des heures ou des jours, mais pour une longue période », a déclaré Prokoudine.
Depuis le début du mois de juillet, 170 bombes aériennes guidées ont été larguées sur la région de Kherson, un rythme bien supérieur à celui des six premiers mois de l’année. Les forces russes, déployées sur la rive opposée du Dnipro, maintiennent la ville sous une menace constante d’artillerie, de drones et de bombardements aériens. Les habitants, qui avaient déjà installé des filets anti-drones l’hiver dernier, font face à une nouvelle épreuve alors que l’hiver approche.
L’Ukraine riposte sur le front énergétique et logistique
Face à cette escalade, l’Ukraine a intensifié ses propres frappes de longue portée contre des cibles russes. Depuis plusieurs mois, Kyiv cible régulièrement les raffineries de pétrole, les installations énergétiques et les sites logistiques situés loin du front. Récemment, des entrepôts appartenant aux géants russes du commerce en ligne Wildberries et Ozon ont été visés, les autorités ukrainiennes accusant ces entreprises de soutenir l’effort de guerre russe. « Ces frappes visent à affaiblir la capacité logistique et industrielle de l’ennemi », a expliqué un porte-parole militaire.
Cette stratégie de frappe en profondeur, adoptée par les deux camps, reflète l’évolution du conflit depuis 2022. Les infrastructures civiles et énergétiques, autrefois épargnées, sont désormais des objectifs militaires. L’hiver dernier, les réseaux ukrainiens d’électricité et de chauffage avaient déjà été sévèrement endommagés, plongeant des millions de personnes dans le froid pendant des semaines. Avec les nouvelles destructions à Kherson, le risque de pénuries cet hiver s’accroît.
Contexte et perspectives d’un conflit toujours plus meurtrier
Le conflit en Ukraine, qui a débuté avec l’invasion russe en février 2022, s’est transformé en une guerre d’usure marquée par des frappes de précision et des attaques sur les infrastructures critiques. Kherson, symbole de la résistance ukrainienne après sa reprise en novembre 2022, est aujourd’hui en première ligne. La destruction de sa centrale énergétique rappelle les tactiques employées par Moscou pour fragiliser la société ukrainienne avant l’hiver, comme ce fut le cas lors de la saison 2022-2023.
Les appels à l’évacuation lancés à Kherson interviennent alors que les températures commencent à baisser. Les autorités locales tentent d’organiser des convois pour évacuer les civils les plus vulnérables, mais les routes et les ponts restent sous surveillance constante des forces russes. « La situation est critique, mais nous faisons tout pour protéger les habitants », a indiqué Yaroslav Shanko, chef de l’administration militaire de Kherson.
Les observateurs s’attendent à une intensification des combats à l’approche de l’hiver, alors que les deux camps cherchent à affaiblir l’adversaire avant le printemps. La destruction des infrastructures énergétiques à Kherson illustre cette dynamique, où les civils paient le prix d’une guerre qui s’éternise.
Kherson est stratégique à double titre : militairement, car les forces russes occupent la rive opposée du Dnipro et peuvent frapper la ville à volonté, et symboliquement, car elle a été reprise par l’Ukraine en 2022. Son infrastructure énergétique, qui alimente une grande partie de la région, en fait également une cible de choix pour affaiblir la résistance ukrainienne avant l’hiver.