La Ukraine Recovery Conference, qui s’ouvre ce jeudi 9 juillet à Gdansk (Pologne), se tient sous haute tension diplomatique après l’annonce de l’absence du président ukrainien Volodymyr Zelensky, alors que les relations entre Kyiv et Varsovie n’ont jamais été aussi tendues depuis des années, selon Euronews FR.

Pour cette édition 2026, organisée sur deux jours, les dirigeants ukrainiens et polonais ont choisi de ne pas participer directement. Zelensky, qui a récemment attribué le nom de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) à une unité militaire, a finalement décidé de ne pas se rendre à Gdansk. De son côté, le président polonais Karol Nawrocki a également annoncé son boycott, une première dans l’histoire de cette conférence dédiée à la reconstruction de l’Ukraine.

Ce qu'il faut retenir

  • La Ukraine Recovery Conference 2026 se déroule à Gdansk les 9 et 10 juillet sans la présence de Volodymyr Zelensky ni de Karol Nawrocki.
  • La crise diplomatique entre la Pologne et l’Ukraine s’est aggravée après le choix de Kiev de nommer une unité militaire d’après l’UPA, un groupe controversé en Pologne.
  • Plus de 30 accords d’une valeur de 1,5 milliard d’euros sont attendus, avec des projets dans le logement, les infrastructures et la relance économique.
  • Ursula von der Leyen doit annoncer un premier décaissement de 3,2 milliards d’euros dans le cadre d’un prêt de 90 milliards d’euros approuvé par l’UE en décembre 2025.
  • Le Royaume-Uni annoncera un nouveau paquet d’aide de 330 millions d’euros pour soutenir la reconstruction ukrainienne.
  • Les Premiers ministres ukrainienne et polonaise, Ioulia Svyrydenko et Donald Tusk, participeront aux négociations à la place de leurs présidents.

Une conférence sous le signe des tensions bilatérales

La décision de Zelensky de nommer une unité militaire ukrainienne en hommage à l’UPA a provoqué une réaction immédiate en Pologne. En Ukraine, ce groupe est célébré pour son rôle dans la résistance à l’occupation soviétique, mais en Pologne, il est associé à la tragédie de Volhynie (1943-1945), durant laquelle des dizaines de milliers de Polonais ont été tués par des nationalistes ukrainiens.

Le président polonais Karol Nawrocki a riposté en retirant à Zelensky l’Ordre de l’Aigle blanc, la plus haute distinction polonaise, avant que ce dernier ne renvoie la décoration à Varsovie. Cette « guerre des décorations », comme la surnomment certains médias, a achevé de plonger les relations entre les deux pays dans une crise sans précédent.

Le ministre polonais des Fonds de développement, Katarzyna Pełczyńska-Nałęcz, a estimé que l’absence de Zelensky à Gdansk était « une énorme erreur » et que cette décision « se tire une balle dans le pied ». Pourtant, à Kyiv, certains responsables s’étonnent que Varsovie critique désormais la non-participation du président ukrainien, alors même que les tensions avaient été initiées par la décision polonaise de retirer la décoration.

Reconstruction et financements au cœur des débats

Malgré les tensions, la conférence reste un événement majeur pour la reconstruction de l’Ukraine, souvent comparé au plan Marshall en raison de son ampleur. Selon Oleksiy Kuleba, vice-Premier ministre ukrainien, plus de 30 accords devraient être signés lors de ces deux jours, pour un montant total dépassant 1,5 milliard d’euros. Ces accords concernent principalement le logement, les infrastructures et la relance régionale.

Le ministère ukrainien du Développement présentera plus de 530 projets d’investissement issus des régions et des collectivités locales. Parmi les participants attendus figurent des figures majeures de l’Union européenne : le chancelier allemand Friedrich Merz, le président lituanien Gitanas Nausėda, le Premier ministre tchèque Andrej Babiš, le président du Conseil européen Antonio Costa et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

Cette dernière doit officialiser le premier versement d’un prêt de 90 milliards d’euros, approuvé par les dirigeants européens en décembre 2025. Une première tranche de 3,2 milliards d’euros sera débloquée pour répondre aux besoins financiers et budgétaires immédiats de l’Ukraine. Un deuxième décaissement, d’environ 5 milliards d’euros, devrait être annoncé d’ici la fin du mois pour financer la production de drones.

L’aide britannique et les enjeux stratégiques

Le Royaume-Uni, partenaire historique de l’Ukraine, annoncera un nouveau paquet d’aide de 330 millions d’euros (290 millions de livres sterling). Selon Yvette Cooper, ministre britannique des Affaires étrangères, ces fonds seront alloués au secteur énergétique et à la modernisation du système judiciaire ukrainien. « Cette aide renforcera la résilience de l’Ukraine face à l’aggression russe et soutiendra sa reconstruction à long terme », a-t-elle déclaré.

La conférence est également l’occasion pour les dirigeants de réaffirmer leur soutien à l’Ukraine face à la guerre. Pour Ursula von der Leyen, la reconstruction du pays est un enjeu de sécurité européenne : « L’Ukraine est en première ligne de notre défense collective. Soutenir sa reconstruction, c’est aussi soutenir notre propre sécurité ».

L’équilibrisme diplomatique de Donald Tusk

Sans la présence de Zelensky ni de Nawrocki, les négociations reviennent aux Premiers ministres. Côté ukrainien, Ioulia Svyrydenko, Première ministre, a adopté un discours pragmatique : « Notre mission est claire : signer des accords concrets pour renforcer la défense et la résilience de l’Ukraine, et développer la coopération économique avec nos partenaires ».

Du côté polonais, Donald Tusk tente d’éviter une escalade. « Compte tenu de la sécurité stratégique de la Pologne, je ne contribuerai pas à attiser ces tensions. Il est dans notre intérêt à long terme de bâtir des relations avec l’Ukraine fondées sur une vision d’avenir », a-t-il souligné. Tusk a également minimisé l’absence de Zelensky, estimant que cela pourrait même favoriser une discussion plus apaisée : « Il y aura moins d’émotion et une discussion plus substantielle, davantage centrée sur les politiques publiques ».

Le Premier ministre polonais a répété à plusieurs reprises que le conflit avec l’Ukraine ne profitait qu’à une seule partie : la Russie. « Cette escalade ne sert ni les Polonais ni les Ukrainiens. Elle sert Vladimir Poutine », a-t-il affirmé.

Et maintenant ?

Les prochaines heures seront cruciales pour évaluer l’impact de cette crise diplomatique sur la reconstruction de l’Ukraine. Si les accords signés à Gdansk devaient permettre des avancées concrètes, ils pourraient aussi être éclipsés par l’absence prolongée de dialogue entre les deux pays. Les prochaines semaines pourraient voir des tentatives de médiation, notamment de la part de l’Union européenne, pour éviter que cette tension ne s’aggrave davantage. Pour l’heure, la question reste ouverte : Varsovie et Kyiv parviendront-elles à surmonter leurs divergences historiques dans l’intérêt supérieur de la reconstruction ukrainienne ?

La conférence de Gdansk s’achève vendredi, mais les enjeux qu’elle soulève dépassent largement les deux jours d’échanges. Entre mémoire historique et réalités géopolitiques, l’Ukraine tente de se relever tandis que l’Europe cherche à maintenir une unité fragile face à l’agression russe. Autant dire que l’équilibre sera précaire.