Selon Ouest France, un Américain de 36 ans a découvert, après des années de recherches et un test ADN réalisé en 2024, qu’il faisait partie des milliers d’enfants chiliens victimes d’adoptions illégales sous la dictature d’Augusto Pinochet. Arraché à sa mère biologique à l’âge de 9 mois en 1990, il a pu la retrouver lors d’un voyage au Chili en février 2026, plus de trois décennies après leur séparation forcée.

Ce qu'il faut retenir

  • Un Américain a retrouvé sa mère biologique au Chili en février 2026, après avoir été adopté illégalement en 1990.
  • Il avait été séparé de sa mère à l’âge de 9 mois sous la dictature d’Augusto Pinochet.
  • La découverte a été rendue possible grâce à un test ADN effectué en 2024.
  • Son histoire s’inscrit dans le scandale des adoptions illégales au Chili entre les années 1970 et 1990.

Un parcours marqué par l’adoption illégale sous Pinochet

Adopté en 1990 par un couple américain, l’homme, aujourd’hui âgé de 36 ans, ignorait jusqu’en 2024 qu’il avait été victime d’un réseau d’adoptions illégales orchestré pendant la dictature chilienne. Selon les archives judiciaires et les enquêtes ultérieures, des milliers d’enfants ont été arrachés à leurs familles biologiques au Chili entre 1973 et 1990, souvent sous la pression des autorités ou via des intermédiaires corrompus. Ces pratiques, documentées par des commissions d’enquête chiliennes dans les années 2000, visaient notamment à « donner » ces enfants à des familles étrangères, souvent dans des pays comme les États-Unis, l’Espagne ou la France.

Le rôle décisif du test ADN et des recherches personnelles

C’est en 2024, après avoir effectué un test ADN via une plateforme généalogique, que l’Américain a découvert l’existence de sa famille biologique au Chili. Les résultats ont révélé des correspondances avec des membres de sa famille maternelle, confirmant ses origines chiliennes. Dès lors, il a entamé des démarches pour localiser sa mère, alors âgée de 68 ans, avec l’aide d’associations spécialisées dans les recherches d’enfants disparus sous Pinochet. Le contact a été établi début 2026, et une première rencontre a eu lieu en février de cette année-là, mettant fin à 35 ans de séparation.

Un témoignage parmi des milliers d’autres

L’histoire de cet Américain illustre l’ampleur du scandale des adoptions illégales au Chili, dont les répercussions se font encore sentir aujourd’hui. Entre 1973 et 1990, selon les estimations des organisations de défense des droits humains, plus de 20 000 enfants auraient été victimes de ces pratiques. Certaines enquêtes, comme celle menée par la commission Rettig en 1991, avaient déjà pointé du doigt des irrégularités dans les procédures d’adoption, mais ce n’est que dans les années 2010 que des poursuites judiciaires ont été engagées contre des médecins, des juges et des intermédiaires impliqués dans ces réseaux. En 2018, le gouvernement chilien a reconnu officiellement l’existence de ce système et présenté des excuses aux familles concernées.

« Ce cas rappelle que des centaines, voire des milliers de familles chiliennes sont toujours en quête de réponses sur le sort de leurs enfants disparus », a indiqué une porte-parole de l’association Hijos y Madres del Silencio, contactée par Ouest France. « Chaque retrouvaille est une victoire, mais aussi un rappel douloureux de l’impunité qui a longtemps entouré ces crimes. »

Et maintenant ?

Pour l’Américain en question, cette rencontre marque le début d’un processus de réconciliation familiale et de découverte de ses racines chiliennes. Ses proches ont indiqué qu’il prévoyait de retourner au Chili plusieurs fois cette année pour renforcer les liens avec sa famille maternelle. Du côté des autorités chiliennes, aucun nouveau texte de loi n’est attendu à court terme pour faciliter les recherches d’enfants adoptés illégalement, mais des associations continuent de faire pression pour que des archives judiciaires soient ouvertes et que les responsables encore en vie soient poursuivis. La prochaine échéance judiciaire concernant les adoptions illégales sous Pinochet est fixée au 15 septembre 2026, date à laquelle un tribunal chilien doit rendre un verdict dans l’affaire opposant l’État à plusieurs familles de victimes.

Si son histoire n’est pas unique, elle illustre la persistance des séquelles de la dictature chilienne, bien au-delà des frontières du pays. Elle soulève aussi des questions sur la responsabilité des pays étrangers dans l’accueil d’enfants issus de ces adoptions controversées, un sujet qui pourrait revenir sur le devant de la scène dans les mois à venir.

Le gouvernement chilien a officiellement reconnu en 2018 l’existence d’un système d’adoptions illégales sous Pinochet et présenté des excuses aux familles concernées. Plusieurs enquêtes judiciaires ont depuis été lancées, mais les poursuites restent limitées en raison de la prescription des faits pour certains cas et du décès de plusieurs responsables présumés.