Une équipe de chercheurs de l’université du Vermont (États-Unis) vient de publier une étude majeure dans la revue Nature, révélant la découverte d’un cancer contagieux chez une variété de poisson-chat, la barbotte brune. Selon Franceinfo – Santé, ces travaux, rapportés par France Inter le 1er août 2026, confirment que ce mélanome se transmet entre individus par contact rapproché, un phénomène extrêmement rare dans le règne animal.

Ce qu'il faut retenir

  • Le cancer de la barbotte brune, un poisson-chat d’eau douce, se transmet par contact physique ou par ingestion de cellules cancéreuses en suspension dans l’eau.
  • Ce mélanome, apparu il y a plus de dix ans dans plusieurs lacs nord-américains, est le premier cas documenté chez les poissons.
  • Contrairement au cancer contagieux du diable de Tasmanie, cette pathologie n’entraîne pas de surmortalité chez les barbottes brunes.
  • Aucun risque de transmission à l’homme ou de contamination de l’eau potable n’est identifié à ce stade.
  • Les scientifiques explorent l’hypothèse d’un lien avec le changement climatique comme facteur favorisant.

Une découverte scientifique majeure dans un écosystème aquatique

La barbotte brune, poisson-chat d’eau douce largement répandu en Amérique du Nord, est au cœur d’une énigme scientifique depuis plus d’une décennie. Selon les travaux publiés dans Nature, des taches noires caractéristiques d’un mélanome ont été observées dès 2014 dans plusieurs lacs du continent. « Nous avons d’abord suspecté une infection virale ou une pollution environnementale », explique le Dr Thomas Logan, coauteur de l’étude. « Ce n’est qu’en analysant les génomes des tumeurs que nous avons compris qu’il s’agissait d’un cancer contagieux. »

Un mode de transmission inédit chez les poissons

Les chercheurs ont établi que ce cancer se propage principalement lors de la reproduction, lorsque les poissons entrent en contact étroit, ou en ingérant des cellules tumorales présentes dans l’eau. Cette transmission rappelle celle observée chez les diables de Tasmanie, mais avec une différence majeure : chez la barbotte brune, la maladie n’est pas mortelle à grande échelle. « Environ 10 % des individus développent des tumeurs, mais leur espérance de vie n’est pas significativement réduite », précise le biologiste marin.

Jusqu’à présent, seuls trois cas de cancers contagieux avaient été documentés dans le monde animal : chez les chiens, les diables de Tasmanie et certaines espèces de coquillages. Cette découverte marque donc une première chez les poissons, soulignant la diversité des mécanismes de transmission des maladies dans les écosystèmes aquatiques.

Des interrogations sur l’origine et les risques pour l’homme

Si l’étude exclut tout danger pour l’homme ou pour la consommation d’eau potable, les scientifiques restent prudents. « À ce stade, aucun lien n’a été établi entre ce cancer et les humains », rassure le Dr Logan. « Nos analyses génétiques montrent que les cellules tumorales sont spécifiques à la barbotte brune. » Cependant, l’équipe explore plusieurs pistes pour expliquer l’émergence de cette maladie, parmi lesquelles l’impact du changement climatique sur la santé des écosystèmes.

Les chercheurs évoquent notamment la hausse des températures de l’eau et la pollution comme facteurs potentiels de stress pour ces poissons, pouvant affaiblir leur système immunitaire et favoriser la propagation des cellules cancéreuses. Des études complémentaires sont prévues pour confirmer ou infirmer ces hypothèses.

Une pathologie sans impact immédiat, mais à surveiller

Contrairement à d’autres cancers transmissibles comme celui du diable de Tasmanie – qui décime 80 % des populations infectées –, la barbotte brune semble mieux résister à cette maladie. Les populations touchées ne présentent pas de déclin démographique alarmant, ce qui laisse penser que ce cancer pourrait coexister avec l’espèce sur le long terme. « C’est un cas fascinant de résistance naturelle », commente la Dre Elena Martinez, spécialiste des maladies aquatiques.

Pour autant, les scientifiques appellent à la vigilance. « Même si le risque pour l’homme est écarté, cette découverte rappelle que les écosystèmes sont interconnectés. Une perturbation dans un milieu peut avoir des répercussions insoupçonnées », souligne-t-elle. Les prochaines étapes consisteront à cartographier l’étendue géographique de ce cancer et à analyser son évolution sur plusieurs générations de poissons.

Et maintenant ?

Les recherches doivent désormais se concentrer sur deux axes principaux : d’une part, identifier l’origine exacte de ce cancer, et d’autre part, évaluer son potentiel évolutif. Les scientifiques prévoient d’étendre leurs analyses à d’autres espèces de poissons d’eau douce en Amérique du Nord et en Europe, où des taches cutanées similaires ont été signalées. Une réunion internationale est prévue en novembre 2026 pour partager les premières données et harmoniser les protocoles de surveillance.

Si cette pathologie ne représente pas une menace immédiate pour les humains ou les autres animaux, elle ouvre une nouvelle voie de recherche sur les maladies contagieuses en milieu aquatique. Pour les barbottes brunes, il s’agit d’une adaptation évolutive encore mal comprise, mais qui pourrait, à terme, servir de modèle pour étudier la résistance aux cancers dans d’autres espèces.

D’après les chercheurs, aucun risque n’a été identifié pour la consommation humaine. Les tumeurs restent localisées à la peau et ne touchent pas les tissus comestibles. Cependant, les autorités sanitaires recommandent de signaler toute observation de taches noires sur les poissons d’eau douce aux services vétérinaires locaux.