Un enseignant en histoire-géographie et bénévole au sein de l’association Avane consacre une partie de son temps libre à résoudre l’une des énigmes les plus tenaces de la Côte d’Azur : l’identité de la « femme à la bague », retrouvée sans vie en 2008 et jamais identifiée. Selon BFM - Faits Divers, Nicolas Audebaud, 45 ans, s’est lancé dans cette quête il y a un an et demi, avec pour objectif de redonner une identité à cette victime enterrée sous X.
Ce qu'il faut retenir
- En 2008, le corps d’une femme âgée de 60 à 75 ans a été découvert près de Villefranche-sur-Mer, portant uniquement des chaussettes et plusieurs bijoux en or, dont une alliance gravée « Jean et Nelly, 25 juin 1960 ».
- Malgré les investigations, son identité est restée inconnue et son ADN ne correspond à aucun profil dans le Fichier national des empreintes génétiques (Fnaeg).
- Nicolas Audebaud, membre de l’association Avane, mène des recherches depuis 2024 pour élucider ce cold case, en s’appuyant sur des archives et des techniques d’enquête non judiciaires.
- Les bénévoles d’Avane, dont d’anciens magistrats et enquêteurs, ont recensé près de 500 cold cases en France et estiment que des milliers d’affaires restent non résolues depuis les années 1970.
- Une piste récente repose sur l’analyse d’une prothèse de hanche Landanger retrouvée sur la victime, tandis qu’un logiciel d’intelligence artificielle pourrait permettre une reconstruction faciale.
Un mystère vieux de 18 ans, toujours entier
En mars 2008, un promeneur découvre le corps d’une femme en contrebas d’une route reliant Villefranche-sur-Mer à Èze, dans les Alpes-Maritimes. Selon les constatations, la victime, vêtue uniquement de chaussettes, portait plusieurs bijoux en or, dont une alliance ornée de deux prénoms — « Jean et Nelly » — et d’une date, « 25 juin 1960 ». D’après les premiers éléments, sa position et sa nudité suggèrent l’intervention d’un tiers, peut-être poussée depuis le parapet bordant la route. Pourtant, malgré les investigations menées à l’époque, son identité n’a jamais pu être établie. Son ADN, prélevé et enregistré dans le Fnaeg, n’a jamais trouvé de correspondance, laissant l’enquête dans l’impasse.
Ce cold case a refait surface en 2023, lorsque Interpol a lancé la campagne « Identify Me », visant à relancer les recherches sur une cinquantaine de femmes victimes d’homicides en Europe et non identifiées. Parmi ces dossiers, celui de la « femme à la bague » a particulièrement retenu l’attention de l’association Avane, spécialisée dans l’aide aux victimes d’affaires non élucidées.
Un enseignant passionné par les affaires criminelles non résolues
Nicolas Audebaud, 45 ans, enseigne l’histoire-géographie dans un collège de Nice et consacre ses loisirs à des enquêtes criminelles non résolues. Passionné par les cold cases depuis des années — il cite notamment la tuerie de Chevaline en Haute-Savoie comme l’un des dossiers les plus marquants —, il a rejoint Avane en 2024 après avoir découvert l’association sur un forum en ligne. Son rôle ? Contribuer à la création d’une carte interactive recensant les affaires non résolues en France. « Pour l’instant, on en a trouvé environ 500. Mais ça n’est que la partie émergée de l’iceberg. On pense qu’il y aurait entre 4 000 et 6 000 affaires non résolues depuis la fin des années 1970 », explique-t-il à BFM - Faits Divers.
Pour mener ses recherches, il s’appuie sur des méthodes similaires à celles utilisées dans son mémoire de fin d’études, ainsi que sur des formations en droit pénal et en criminologie, qu’il compte reprendre prochainement. Au sein d’Avane, il collabore avec d’anciens magistrats, enquêteurs et experts, échangeant savoirs et compétences pour faire avancer les dossiers. « On se forme en même temps. Il y a une collaboration intense entre les membres, on échange des savoirs, des savoir-faire. On a tout un tas de gens qui nous font profiter de leurs compétences au sein de l’association », souligne-t-il.
Une piste prometteuse : les annuaires et la prothèse de hanche
Dès 2025, Nicolas Audebaud et ses collègues se lancent dans une enquête de longue haleine. Leur hypothèse ? Retrouver les traces de Jean et Nelly, un couple marié en juin 1960, en s’appuyant sur les annuaires du XXe siècle. Une tâche colossale, qui les mène à la Bibliothèque historique des postes et télécommunications (BHPT), où sont conservés des fonds d’annuaires couvrant l’ensemble des départements français.
« On est parti d’une hypothèse. On a du mal à croire que ce soit un féminicide : son mari Jean ne lui aurait sûrement pas laissé son alliance avec les deux prénoms alors qu’elle a été déshabillée. On peut légitimement penser que Jean n’est pas l’auteur du meurtre et qu’il est décédé avant elle. Ça expliquerait que personne ne réagisse à l’appel à témoins pour identifier Nelly », analyse-t-il. Malgré les faux espoirs — des mariages de Jean et Nelly trouvés à Nice, mais non concluants —, l’équipe persiste, consciente des limites de cette piste : la bague pourrait ne pas appartenir à la victime, ou « Nelly » pourrait être un diminutif, élargissant considérablement le champ des recherches.
Autre piste explorée : une prothèse de hanche Landanger retrouvée sur la victime. Nicolas Audebaud et ses collègues ont contacté les deux sociétés ayant racheté la marque, mais l’une d’elles refuse de collaborer. « Certaines entreprises ne répondent que sur réquisitions judiciaires et ne sont autorisées à communiquer des informations qu’à la police ou à la justice », déplore-t-il.
Les espoirs de l’ADN et de l’intelligence artificielle
Les bénévoles d’Avane misent également sur les avancées technologiques. Un logiciel d’intelligence artificielle pourrait permettre de reconstruire le visage de la victime, dont le corps était trop abîmé pour être identifiable en 2008. « Grâce à l’intelligence artificielle, on a une équipe d’universitaires qui travaille sur ça », précise Nicolas Audebaud.
Autre espoir : l’ADN de parentèle, une technique qui a récemment permis d’identifier Hakima Boukerouis, victime d’un homicide dans l’Est de la France et dont le corps avait été retrouvé dans un bidon de récupération d’eau en 2005. « C’est l’une des pistes que les enquêteurs pourraient remobiliser pour identifier la ‘femme à la bague’ », commente-t-il. Cette méthode consiste à comparer l’ADN de la victime avec celui de ses proches potentiels, afin de remonter à son identité.
Avane, un pont entre société civile et institutions
Pour Nicolas Audebaud, résoudre ce cold case serait une victoire symbolique pour Avane, dont l’une des missions est de « infuser la culture du cold case dans la société française ». « En France, c’est très cloisonné entre la société civile et les institutions. On a besoin de développer des passerelles et montrer qu’on est là en force d’appui, avec des bénévoles impliqués, qui ont du temps à donner. On veut faire ressusciter ces milliers d’affaires qui ont disparu de la mémoire collective. Et c’est un véritable travail d’archéologie judiciaire », explique-t-il.
L’association, fondée par Benoît de Maillard, rassemble des bénévoles aux profils variés : anciens magistrats, enquêteurs, avocats, experts en tous genres. Leur collaboration permet de mutualiser les compétences et d’aborder les dossiers sous différents angles. « On se forme en même temps. Il y a une collaboration intense entre les membres », souligne-t-il.
Reste à voir si cette mobilisation citoyenne portera ses fruits. Une chose est sûre : l’affaire de la « femme à la bague » illustre l’importance des initiatives comme Avane, qui permettent de maintenir vivante la mémoire des victimes et de faire avancer des enquêtes parfois oubliées des institutions.
Selon Nicolas Audebaud, plusieurs hypothèses sont envisageables : la bague pourrait avoir été héritée par la victime, trouvée ou même volée. De plus, le prénom « Nelly » pourrait être un diminutif, ce qui élargirait considérablement le champ des recherches. « On peut penser à Pénélope en Angleterre, à Cornélia en Italie. C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles on n’arrive pas à l’identifier », explique-t-il.