Près de 30 % des citoyens de l’Union européenne âgés de 16 ans ou plus n’ont pas pu financer une semaine de vacances annuelle en dehors de leur domicile en 2025, selon les dernières données d’Eurostat, publiées par Euronews FR. Cette proportion, en légère hausse de 0,5 point par rapport à 2024, reste bien inférieure à celle observée il y a dix ans, où elle s’élevait à 37,7 %.

Ce qu'il faut retenir

  • En 2025, 30 % des Européens de 16 ans ou plus n’ont pas pu s’offrir une semaine de vacances hors de chez eux, selon Eurostat.
  • Cette proportion a augmenté de 0,5 point par rapport à 2024, mais reculé de 7,7 points depuis 2015.
  • Les pays les plus touchés sont la Roumanie, la Grèce, la Bulgarie et la Hongrie, où plus de 40 % de la population est concernée.
  • À l’inverse, le Luxembourg, la Suède et les Pays-Bas enregistrent les taux les plus bas, inférieurs à 10 %.
  • En 2024, 70 % des voyages des Européens ont eu lieu dans leur propre pays, avec des pics en Roumanie (90 %) et en Espagne (88 %).

Les disparités entre États membres restent marquées. Les pays d’Europe de l’Est, comme la Roumanie (43,9 %), la Grèce (42,1 %) ou la Bulgarie (40,8 %), affichent les taux les plus élevés de personnes incapables de se payer un séjour d’une semaine hors de leur foyer. Ils sont également ceux où la privation matérielle et sociale sévère chez les jeunes est la plus forte, selon Eurostat. À l’opposé, des nations comme le Luxembourg (5,3 %), la Suède (7,2 %) ou les Pays-Bas (7,5 %) présentent des situations bien plus favorables.

Cette situation s’explique en partie par l’augmentation des coûts du logement, des transports et de l’alimentation, couplée à une érosion du pouvoir d’achat et à des phénomènes de spéculation immobilière. « Les travailleurs sont pris au piège de postes précaires, mal rémunérés et non syndiqués », a souligné Esther Lynch, secrétaire générale de la Confédération européenne des syndicats, dans une déclaration recueillie par Europe in Motion et reprise par Euronews FR. « Chaque année, partir en vacances ressemble de plus en plus à un luxe réservé à une minorité, alors que cela devrait être un droit accessible à tous après une année de labeur. »

Pour Lynch, ces chiffres illustrent une « grave urgence en matière de qualité de l’emploi » en Europe. Elle dénonce un système où les gouvernements et les employeurs privilégient les contrats instables, sans protection sociale ni négociation collective. « Pendant que les responsables politiques s’offrent des vacances estivales, des millions de travailleurs affrontent des conditions dangereuses, comme les vagues de chaleur extrême dans les champs, les entrepôts ou en lutte contre les incendies, sans être assurés de toucher un salaire décent leur permettant de s’accorder eux-mêmes un répit », a-t-elle ajouté.

La majorité des Européens restent cantonnés aux voyages domestiques

L’incapacité à financer des vacances à l’étranger pousse une grande partie des Européens à opter pour des séjours dans leur propre pays. En 2024, 70 % des voyages effectués par les résidents de l’UE sont restés intra-muros, selon Eurostat. Parmi les États membres, la Roumanie (90 %), l’Espagne (88 %), la France, le Portugal et la Grèce (85 % chacun) affichent les proportions les plus élevées de voyages domestiques. À l’inverse, le Luxembourg (78 %), la Belgique (62 %) et Malte (48 %) enregistrent les taux les plus élevés de départs à l’étranger.

La durée moyenne d’un voyage varie également selon la destination. Pour les séjours au sein de l’UE, elle s’établit à quatre nuits, contre huit nuits pour les voyages en dehors du bloc. Ces données reflètent non seulement les contraintes budgétaires, mais aussi les habitudes culturelles et les facilités logistiques propres à chaque pays.

Un accès aux vacances inégal, reflet des fractures économiques européennes

Les écarts observés entre les États membres de l’UE révèlent des disparités structurelles persistantes. Les pays d’Europe du Sud et de l’Est, souvent confrontés à des taux de chômage élevés et à des salaires moyens inférieurs à la moyenne européenne, paient le prix fort en matière de pouvoir d’achat. La Roumanie, où 43,9 % de la population ne peut pas s’offrir de vacances, illustre cette réalité, tout comme la Grèce (42,1 %), encore marquée par les séquelles de la crise financière de 2008.

À l’inverse, les pays nordiques et du Benelux, caractérisés par des économies dynamiques et des systèmes de protection sociale robustes, offrent à leurs citoyens des conditions bien plus favorables. « Prendre une pause, que ce soit en famille ou entre amis, est essentiel pour la santé physique et mentale », rappelle Lynch. « C’est le minimum que devraient pouvoir s’offrir tous les travailleurs après une année de travail intense. »

« Ces chiffres montrent que l’Europe est confrontée à une grave urgence en matière de qualité de l’emploi. C’est la conséquence directe du choix des gouvernements et des employeurs en faveur de postes précaires, peu rémunérés et non syndiqués. » — Esther Lynch, secrétaire générale de la Confédération européenne des syndicats.

Logement, transports, alimentation : les trois piliers du budget qui pèsent sur les vacances

Le coût de la vie, en constante augmentation depuis plusieurs années, pèse lourdement sur la capacité des Européens à partir en vacances. L’inflation sur les produits alimentaires, les loyers et les billets de transport a réduit la marge de manœuvre des ménages, en particulier dans les pays où les salaires stagnent. « La spéculation immobilière, notamment dans les grandes villes, a également rendu l’accès au logement plus difficile, laissant peu de place dans le budget familial pour des dépenses non essentielles comme les vacances », explique un économiste interrogé par Euronews FR sous couvert d’anonymat.

Les inégalités d’accès aux vacances ne se limitent pas à la question financière. Elles sont aussi liées à la géographie, à l’âge et au statut professionnel. Les jeunes, souvent précaires, sont surreprésentés parmi les personnes incapables de s’offrir un séjour. En 2025, la privation matérielle sévère chez les jeunes était particulièrement élevée en Roumanie, en Grèce et en Bulgarie, où elle dépassait les 20 %, contre une moyenne européenne de 10 %.

Et maintenant ?

Les prochains mois pourraient apporter des éléments de réponse sur l’évolution de cette situation. Les négociations en cours sur la directive européenne relative aux salaires minima pourraient, si elles aboutissent, améliorer le pouvoir d’achat de millions de travailleurs. Par ailleurs, les discussions sur la transition écologique et ses impacts sur le coût de la vie seront déterminantes. Enfin, la publication des prochains indicateurs d’Eurostat, attendue d’ici la fin de l’année, permettra d’évaluer si la tendance à la baisse des dix dernières années se poursuit ou si, au contraire, la précarité en matière de vacances s’aggrave.

Reste à voir si les gouvernements européens parviendront à concilier relance économique et protection sociale, ou si, comme le craint Esther Lynch, « chaque été verra un peu plus de travailleurs privés de répit, tandis que les plus aisés continueront de profiter de leurs congés sans entrave ».

En 2024, les pays affichant les plus fortes proportions de voyages à l’étranger au sein de l’UE étaient le Luxembourg (78 %), la Belgique (62 %) et Malte (48 %), selon Eurostat. Ces chiffres reflètent à la fois les niveaux de revenus et les traditions touristiques locales.

Oui. En 2024, la durée moyenne d’un voyage effectué par un résident de l’UE au sein du bloc était de quatre nuits, contre huit nuits pour un séjour à l’extérieur de l’Union. Cette différence s’explique par les coûts supplémentaires liés aux voyages internationaux, comme les billets d’avion ou les frais de visa.