Depuis près de trois ans, la PME sénégalaise Jokosun Energies transforme l’univers des piroguiers en Casamance et dans le Sine Saloum. L’entreprise propose de remplacer leurs moteurs thermiques, bruyants et polluants, par des systèmes électriques, bien moins coûteux à l’usage. Une initiative saluée par les acteurs locaux et portée par Raymond Sarr, un ancien ingénieur en conception d’avions chez Airbus, qui a choisi de revenir au Sénégal après deux décennies passées en France, rapporte RFI.
Ce qu'il faut retenir
- Jokosun Energies, une PME sénégalaise, propose des moteurs électriques pour pirogues depuis près de trois ans.
- L’entreprise opère en Casamance et dans le Sine Saloum, des zones où les pirogues sont un moyen de transport et de pêche essentiel.
- Raymond Sarr, ancien ingénieur chez Airbus, a fondé cette entreprise après 20 ans de carrière en France.
- Les moteurs électriques offrent un gain en silence et en économie par rapport aux moteurs thermiques traditionnels.
Un retour aux racines pour un ingénieur expérimenté
Après deux décennies à concevoir des avions pour Airbus en France, Raymond Sarr a fait le choix de quitter son poste pour se consacrer à un projet bien plus proche de ses origines. Né au Sénégal, il a souhaité mettre son expertise en ingénierie au service de son pays d’origine, en développant une solution innovante pour un secteur local : la pêche et le transport fluvial. « J’ai travaillé sur des projets aéronautiques pendant vingt ans, mais j’ai toujours eu envie de contribuer au développement de mon pays », a-t-il déclaré à RFI.
Des pirogues plus silencieuses et plus économiques
Le cœur de l’activité de Jokosun Energies repose sur la conversion des pirogues traditionnelles, équipées de moteurs thermiques souvent vieillissants, en versions électriques. Ces nouveaux systèmes, silencieux et sans émissions directes de CO₂, permettent aux piroguiers de réduire leurs coûts de carburant tout en améliorant leur confort de travail. Les régions de Casamance et du Sine Saloum, où les cours d’eau sont omniprésents, dépendent fortement de ces embarcations pour la pêche et les déplacements quotidiens.
Les premiers retours des utilisateurs soulignent une nette amélioration, tant sur le plan environnemental que financier. « Avec le moteur électrique, on économise jusqu’à 70 % sur la consommation de carburant par rapport à un moteur thermique classique », précise Sarr. Un argument de poids dans une région où les revenus des pêcheurs restent modestes.
Un modèle économique encore en construction
Si l’impact écologique et économique semble évident, le modèle de Jokosun Energies doit encore trouver sa place sur le marché. La jeune entreprise, qui a démarré ses activités il y a près de trois ans, s’appuie sur des partenariats locaux pour financer les conversions et former les piroguiers. L’objectif est de rendre ces solutions accessibles, malgré un coût initial plus élevé que les moteurs thermiques. « Nous proposons des solutions de location ou des systèmes de crédit pour faciliter l’accès », explique Raymond Sarr.
Cette initiative illustre une tendance plus large en Afrique de l’Ouest : l’adoption progressive des énergies renouvelables dans des secteurs traditionnels, où l’innovation se heurte parfois à des réalités économiques complexes. Pour l’heure, les piroguiers de Casamance et du Sine Saloum peuvent déjà mesurer les bénéfices concrets de cette transition.
D’après RFI, le coût varie entre 1,5 et 2 millions de francs CFA (2 300 à 3 000 euros), selon la taille de la pirogue. Cependant, Jokosun Energies propose des solutions de financement, comme des crédits ou des locations, pour rendre ces conversions accessibles.