Un document caché dans les poutres d’une maison de Stratford-upon-Avon, longtemps attribué au père de William Shakespeare, aurait en réalité été rédigé par sa sœur cadette, Joan Shakespeare Hart. C’est ce que révèle une étude publiée le 24 avril 2026 dans la revue Shakespeare Quarterly, menée par des chercheurs de l’université de Bristol et rapportée par Futura Sciences. Cette découverte remet en cause plus de deux siècles d’interprétations historiques.
Ce qu'il faut retenir
- Un parchemin découvert en 1757 dans les combles de la maison familiale de Stratford-upon-Avon était attribué à John Shakespeare, père du dramaturge.
- Une étude récente, menée par des chercheurs de l’université de Bristol et publiée dans Shakespeare Quarterly, attribue désormais ce texte à Joan Shakespeare Hart, sœur de William Shakespeare.
- L’analyse des citations du document a permis de le relier à un traité religieux italien du XVIIe siècle, le Testament de l’âme, dont certaines versions linguistiques n’existaient pas encore à la mort de John Shakespeare en 1601.
- Ce texte exprime le souhait de mourir en catholique, ce qui aurait été dangereux dans l’Angleterre protestante de l’époque, suggérant une adhésion secrète au catholicisme au sein de la famille Shakespeare.
Un texte mystérieux attribué à tort au père de Shakespeare
Pendant plus de deux siècles, les historiens ont attribué à John Shakespeare un document religieux découvert en 1757 dans les combles de la maison familiale de Stratford-upon-Avon. Signé simplement « J. Shakespeare », ce texte exprimait le souhait de mourir en bon catholique, une déclaration qui semblait contradictoire avec le protestantisme affiché du père de William Shakespeare. Selon Futura Sciences, cette attribution avait déjà suscité des soupçons de falsification parmi les spécialistes.
L’étude récente, menée par le chercheur Matthew Steggle et publiée dans Shakespeare Quarterly, renverse cette hypothèse. En croisant le contenu du parchemin avec les premières éditions du Testament de l’âme, un traité religieux italien du XVIIe siècle traduit en six langues, les chercheurs ont établi que certaines versions linguistiques utilisées dans le document n’existaient pas encore à la mort de John Shakespeare en 1601. Le texte ne pouvait donc pas être de lui.
Joan Shakespeare Hart, une figure littéraire oubliée
Joan Shakespeare, sœur cadette de William, n’apparaît que dans sept documents connus de son vivant. Pourtant, Virginia Woolf l’avait choisie comme figure symbolique dans son essai Shakespeare’s Sister, pour incarner les femmes talentueuses condamnées au silence par leur époque. Cette découverte donne enfin une réalité concrète à ce symbole littéraire.
Selon Matthew Steggle, cité par Futura Sciences, l’enquête numérique menée à travers les archives de plusieurs bibliothèques a permis de retracer l’origine du document. Joan Shakespeare Hart, seule autre « J. Shakespeare » plausible, a survécu à son frère de trente ans et a continué à vivre dans la maison familiale jusqu’à sa mort. Les chercheurs ont pu confirmer cette attribution en analysant les archives numériques, une méthode impossible à réaliser il y a encore trente ans avec des catalogues papier.
Un contexte religieux et familial sous surveillance
L’Angleterre élisabéthaine était une époque dangereuse pour les catholiques. La famille Shakespeare évoluait pourtant dans cette zone d’ombre. Plusieurs éléments le suggèrent : le document trouvé dans les combles exprime explicitement le souhait de mourir en catholique, et certains historiens pensent que William Shakespeare lui-même aurait reçu la communion catholique sur son lit de mort. Joan a vécu discrètement dans la maison familiale après la mort de son mari, entourée de ses quatre enfants.
Ce contexte de prudence religieuse éclaire aussi la personnalité de William Shakespeare. Personnage secret, il n’a laissé ni lettres ni manuscrits autographes, seulement six signatures, toutes orthographiées différemment. Il séparait soigneusement sa vie londonienne de son existence à Stratford. Ses années manquantes entre 1585 et 1592, surnommées les lost years, alimentent encore les spéculations : fuite après une accusation de braconnage, carrière d’acteur à Londres, ou les deux à la fois. Ce cloisonnement entre vie publique et vie privée pourrait s’expliquer par la nécessité de protéger une famille de sympathisants catholiques dans une Angleterre protestante.
« Ce qui est fascinant n’est pas seulement l’identité de l’auteure. C’est ce que cela révèle sur les angles morts de l’histoire littéraire. »
Une révolution méthodologique grâce aux archives numériques
Shakespeare reste l’un des auteurs les plus étudiés au monde, avec 37 000 mots répartis dans ses pièces et environ 300 mots ajoutés à la langue anglaise. Pourtant, des zones entières de son entourage immédiat restaient dans l’ombre. La révolution numérique des archives permet désormais de croiser des textes que personne n’aurait pu comparer manuellement. Cette méthode a permis de rendre la parole à Joan Shakespeare Hart, révélant ainsi une figure littéraire méconnue.
Pour les chercheurs, cette découverte illustre comment les grandes avancées historiques peuvent émerger non pas sur le terrain, mais grâce à l’opiniâtreté d’un chercheur équipé d’un écran et d’une connexion aux bonnes bases de données. Selon Futura Sciences, cette étude marque un tournant dans la compréhension de l’entourage de Shakespeare et de son contexte familial et religieux.
Cette révélation soulève également des questions sur la réévaluation des attributions des œuvres attribuées à la famille Shakespeare. Si un texte aussi important que ce Testament spirituel a pu être mal attribué pendant plus de deux siècles, quels autres documents pourraient encore être réexaminés ? Les spécialistes appellent à une révision méthodique des archives disponibles, notamment grâce aux outils numériques, pour éviter de nouvelles erreurs d’interprétation.
L’étude récente a montré que certaines citations du parchemin provenaient de versions linguistiques du Testament de l’âme qui n’existaient pas encore à la mort de John Shakespeare en 1601. Le document ne pouvait donc pas être de lui, mais correspondait parfaitement à l’époque de Joan Shakespeare Hart, qui a survécu à son frère jusqu’en 1646.