La ligue de football américain (NFL) fait face à une réalité préoccupante : au moins un ancien joueur sur quatre présente des signes d’encéphalopathie traumatique chronique (ETC), selon une étude publiée mardi par Time magazine. Ces résultats, obtenus après l’analyse de cerveaux de joueurs décédés entre 2016 et 2021, soulignent l’ampleur d’une maladie neurodégénérative liée aux traumatismes crâniens répétés subis durant leur carrière. Un chiffre qui, selon les chercheurs, est probablement sous-estimé.

Comme le rapporte Courrier International, cette étude confirme la dimension cumulative de l’ETC, dont les premiers effets peuvent remonter à des années, voire des décennies, avant même l’arrivée des joueurs en NFL. « Ce qui rend l’encéphalopathie traumatique chronique particulièrement insidieuse, c’est son caractère progressif. Elle se développe au fil des années, sous l’effet de chocs répétés, qui ne se limitent pas à la carrière professionnelle, mais peuvent commencer dès le lycée, voire l’enfance », explique le magazine.

Ce qu'il faut retenir

  • Un joueur de NFL sur quatre (soit 25 %) souffre d’ETC, d’après une étude portant sur des cerveaux de joueurs décédés entre 2016 et 2021.
  • Cette maladie neurodégénérative est liée à des commotions cérébrales répétées et à des chocs sous-concussifs subis tout au long de leur parcours sportif.
  • L’ETC est une pathologie insidieuse et progressive, dont les premiers signes peuvent apparaître des années avant l’arrivée en NFL.
  • Les chercheurs estiment que ce chiffre de 25 % est probablement sous-estimé en raison des limites méthodologiques de l’étude.
  • Depuis 2011, la NFL a instauré un protocole de gestion des commotions pour protéger les joueurs.

Une maladie qui hante le football américain depuis plus de vingt ans

L’encéphalopathie traumatique chronique s’est imposée comme l’un des principaux enjeux de santé publique du football américain. Dès les années 2000, des cas de joueurs décédés jeunes, après des années de symptômes inexpliqués (troubles de la mémoire, comportements agressifs, dépression), ont attiré l’attention des médias et des scientifiques. Ces révélations ont conduit à la création du premier protocole officiel de la NFL en 2011, visant à mieux encadrer la prise en charge des commotions.

Ce protocole impose notamment la mise à l’écart immédiate des joueurs présentant des signes de commotion, tels que confusion, amnésie, perte de contrôle musculaire ou évanouissement. « Il s’agit d’une avancée majeure pour limiter les risques, mais elle ne suffit pas à endiguer le problème », souligne Time magazine. En effet, les chocs sous-concussifs, moins visibles mais tout aussi dangereux, restent difficiles à prévenir.

Un diagnostic difficile et des conséquences dévastatrices

L’ETC se caractérise par une accumulation de protéines tau anormales dans le cerveau, entraînant une dégradation progressive des fonctions cognitives. Les symptômes, souvent subtils au début, incluent troubles de la mémoire, irritabilité, troubles du sommeil et difficultés de concentration. À un stade avancé, la maladie peut conduire à des troubles psychiatriques sévères, comme la dépression ou des comportements suicidaires. Le diagnostic définitif ne peut être établi qu’après autopsie, ce qui limite les possibilités de prise en charge précoce.

« Les joueurs concernés ne développent pas tous les symptômes de la même manière, mais une fois les lésions installées, il n’existe aucun traitement curatif », précise l’étude. Cette absence de solution thérapeutique rend d’autant plus urgente la prévention, notamment chez les jeunes athlètes. Plusieurs associations de joueurs ont déjà engagé des poursuites contre la NFL, accusant la ligue d’avoir minimisé les risques encourus.

La NFL tente de réagir, mais les critiques persistent

Face à la pression médiatique et juridique, la NFL a multiplié les initiatives pour améliorer la sécurité des joueurs. Outre le protocole de 2011, renforcé à plusieurs reprises, la ligue a investi des millions de dollars dans la recherche et financé des programmes de sensibilisation. En 2022, elle a également instauré des limites strictes aux entraînements en équipe lors de la pré-saison, afin de réduire l’exposition aux chocs.

Pourtant, ces mesures sont jugées insuffisantes par de nombreux experts. « Les protocoles actuels ne prennent pas en compte l’accumulation des micro-traumatismes, qui sont tout aussi dangereux que les commotions majeures », explique le Dr Julian Bailes, directeur du département de neurochirurgie à l’hôpital NorthShore de Chicago. La ligue, de son côté, assure que la situation s’améliore progressivement, mais les données récentes montrent que l’ETC reste un fléau persistant.

Et maintenant ?

La prochaine étape pourrait consister en un durcissement des règles de jeu, notamment en limitant les contacts lors des entraînements. Une commission indépendante, créée en 2024, devrait rendre ses conclusions d’ici la fin de l’année 2026. Dans l’immédiat, la NFL continue de financer des études pour mieux comprendre les mécanismes de l’ETC et développer des outils de détection précoce. Reste à savoir si ces efforts suffiront à inverser la tendance.

Pour les anciens joueurs déjà touchés, les espoirs résident désormais dans les avancées médicales. Plusieurs laboratoires testent actuellement des traitements expérimentaux, mais aucun n’a encore fait ses preuves à grande échelle. La prévention chez les jeunes, en revanche, pourrait permettre d’éviter de nouveaux cas à l’avenir.

L’ETC est une maladie neurodégénérative provoquée par des chocs répétés à la tête. Elle se caractérise par l’accumulation de protéines tau anormales dans le cerveau, entraînant une dégradation progressive des fonctions cognitives. Les symptômes incluent troubles de la mémoire, irritabilité et, à un stade avancé, des troubles psychiatriques sévères.

Oui. Depuis 2011, la NFL a instauré un protocole de gestion des commotions, imposant la mise à l’écart des joueurs présentant des signes de commotion. En 2022, elle a également limité les entraînements en équipe lors de la pré-saison. Ces mesures restent cependant critiquées pour leur efficacité limitée face aux micro-traumatismes.