Depuis plusieurs années, un phénomène écologique inédit transforme la surface de l’océan Atlantique. D’après Futura Sciences, un ruban brun composé de millions de tonnes de sargasses pélagiques s’étire désormais d’un continent à l’autre, reliant les côtes de l’Afrique de l’Ouest au golfe du Mexique. Selon une vaste étude publiée dans la revue Harmful Algae et menée par des chercheurs du Harbor Branch Oceanographic Institute de la Florida Atlantic University, cette « Grande Ceinture de Sargasses de l’Atlantique » (GASB) n’existait pas il y a quinze ans.

Ce qu'il faut retenir

  • En mai 2026, les satellites ont révélé la présence de 37,5 millions de tonnes de sargasses formant un ruban continu de 8 850 kilomètres, soit plus de deux fois la largeur des États-Unis.
  • Cette prolifération, liée à un apport massif de nutriments issus des activités humaines, représente un changement de régime dans l’écosystème atlantique.
  • Les sargasses, autrefois confinées à la mer des Sargasses, étouffent désormais les plages, libèrent des gaz toxiques et menacent les récifs coralliens.
  • Les scientifiques appellent à une surveillance internationale et à une réduction durable des rejets de nutriments pour limiter l’expansion du phénomène.

Une invasion silencieuse devenue réalité

Vue depuis l’espace, la Grande Ceinture de Sargasses de l’Atlantique dessine une traînée brunâtre traversant l’océan, un spectacle inédit il y a encore deux décennies. Selon Futura Sciences, cette masse d’algues brunes, autrefois cantonnée à une zone pauvre en nutriments, s’étend désormais sur une superficie colossale. « Ce sont les prémices d’un changement de régime », a souligné un chercheur interrogé par le média. L’ampleur du phénomène interroge : faut-il y voir une conséquence directe du réchauffement climatique ou, avant tout, le résultat d’une pollution terrestre accrue ?

Les données satellites révèlent une progression fulgurante. Depuis 2011, année de la première apparition massive de sargasses, le phénomène s’amplifie presque chaque année, à l’exception de 2013. En 2025, la GASB a atteint une longueur record de 8 850 kilomètres, un chiffre confirmé par les relevés de la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration). Autant dire que l’océan Atlantique a radicalement changé de visage.

Des nutriments terrestres au cœur du problème

L’essor des sargasses s’explique en grande partie par l’eutrophisation, c’est-à-dire l’enrichissement excessif des eaux en azote et en phosphore. Ces nutriments, autrefois issus des remontées d’eau profonde, proviennent désormais en majorité des activités humaines : ruissellements agricoles, rejets d’eaux usées non traitées et dépôts atmosphériques. Le fleuve Amazone joue un rôle central dans ce mécanisme, charriant des quantités croissantes de nutriments vers l’océan lors de ses crues.

Les analyses menées sur les tissus de sargasses révèlent une évolution préoccupante. Entre 1980 et 2020, la teneur en azote de ces algues a augmenté de 55 %, tandis que leur rapport azote/phosphore a bondi de 50 %. Des expériences en laboratoire ont montré que, dans des eaux riches en nutriments, la biomasse des sargasses peut doubler en seulement onze jours. Autant dire que la prolifération est désormais exponentielle, bien au-delà des côtes.

Un écosystème menacé et des économies locales en péril

Les sargasses ne sont pas des intruses anodines. Selon la NOAA, elles constituent un habitat essentiel pour plus d’une centaine d’espèces marines, des poissons aux tortues en passant par les invertébrés. Pourtant, leur excès devient une menace. Lorsqu’elles s’échouent sur les plages, leur décomposition libère du sulfure d’hydrogène toxique, étouffe la faune et la flore locales, et endommage les récifs coralliens. Les coûts de nettoyage explosent, et certaines activités économiques, comme le tourisme ou la pêche, subissent des pertes importantes.

Les cas les plus emblématiques ne manquent pas. Dans le golfe du Mexique, les courants comme le Loop Current et le Gulf Stream transportent les sargasses, formant des « andains » d’algues brunes. Dès 2004-2005, des échouages massifs avaient déjà perturbé les écosystèmes locaux. En Floride, un épisode en 1991 avait même contraint l’arrêt d’une centrale nucléaire en raison de l’obstruction des systèmes de refroidissement. Aujourd’hui, la situation est devenue structurelle.

Un impact climatique encore mal évalué

Au-delà des nuisances locales, les sargasses pourraient jouer un rôle insoupçonné dans le cycle du carbone et le réchauffement climatique. Leur décomposition émet du méthane et d’autres gaz à effet de serre, bien que les quantités exactes restent difficiles à quantifier. « La Grande Ceinture de Sargasses pourrait n’être que le premier signe d’un bouleversement planétaire », a mis en garde un océanographe cité par Futura Sciences. Avec le réchauffement des océans et la poursuite des apports de nutriments, d’autres régions pourraient-elles connaître des marées brunes comparables ? La question reste ouverte.

Les scientifiques appellent à une meilleure compréhension des mécanismes en jeu. Une étude publiée en 2026 dans Harmful Algae souligne l’urgence d’une approche internationale, combinant surveillance par satellite, modèles de prévision améliorés et réduction des rejets de nutriments. Pour l’heure, les gouvernements peinent à coordonner leurs actions, faute de cadre réglementaire adapté.

Et maintenant ?

Pour les prochains mois, les chercheurs prévoient une intensification des échouages de sargasses sur les côtes africaines, des Caraïbes et de la Floride, en particulier entre septembre et décembre. La saison des crues en Amazonie, qui s’étend jusqu’à juin, devrait encore alimenter la prolifération. Des réunions internationales sont prévues en octobre 2026 sous l’égide de l’ONU pour tenter d’adopter un plan d’action global. Reste à voir si les États parviendront à agir avant que le phénomène ne devienne ingérable.

En attendant, les riverains des zones touchées doivent composer avec cette nouvelle donne. Les plages de la Guadeloupe, de la Martinique ou encore de la Floride voient leur paysage se transformer, tandis que les autorités locales multiplient les campagnes de nettoyage. Bref, l’océan Atlantique a changé de couleur – et c’est tout un écosystème qui doit s’adapter.

Oui, mais de manière indirecte. Leur décomposition libère du sulfure d’hydrogène, un gaz toxique qui peut provoquer des irritations des voies respiratoires ou des maux de tête. Les autorités sanitaires recommandent d’éviter les zones d’échouage et de ne pas s’exposer aux émanations.