Un cliché insolite, repéré sur Google Earth, montre un satellite de la constellation Starlink de SpaceX en train de traverser le champ de vision d’un satellite d’observation français. Cet événement, à la fois rare et technique, illustre l’encombrement croissant de l’orbite basse terrestre. Selon Futura Sciences, qui révèle cette découverte, l’image a été capturée par un satellite Pléiades d’Airbus Defence & Space, alors qu’il survolait le nord de Dallas, au Texas.
Ce qu'il faut retenir
- Un satellite Starlink a été photographié en plein vol par un satellite d’imagerie français Pléiades, d’après Futura Sciences.
- Cette image rare, repérée sur Google Earth, montre le satellite en train de traverser le champ de vision du satellite d’observation, à plus de 27 000 km/h.
- Plus de 7 000 satellites Starlink évoluent actuellement à environ 550 km d’altitude, contre 600 à 800 km pour les satellites d’imagerie comme Pléiades.
- Ce phénomène de « photobomb » par des satellites en orbite basse devrait se multiplier avec la croissance des mégaconstellations.
- La lumière réfléchie par les satellites Starlink perturbe déjà les observations des télescopes au sol et spatiaux, comme Hubble.
Une capture exceptionnelle entre deux satellites en orbite
Les images satellites haute résolution, comme celles fournies par Google Earth, sont généralement le fruit de plusieurs prises de vue successives en différentes longueurs d’onde (bleu, vert, rouge, panchromatique et proche infrarouge). Lorsque qu’un objet en mouvement rapide, comme un avion, traverse le champ lors de la capture, les différentes couches de couleur ne se superposent pas parfaitement. Il en va de même pour un satellite en orbite basse, dont la vitesse dépasse les 27 000 km/h. Sur l’image repérée au nord de Dallas, le satellite Starlink apparaît donc sous la forme d’une traînée colorée, preuve qu’il est passé devant l’objectif pendant le processus d’imagerie.
Selon Futura Sciences, il n’est pas exclu qu’il s’agisse d’un satellite chinois évoluant à proximité, mais la probabilité reste faible. La taille impressionnante du satellite Starlink, avec ses deux panneaux solaires déployés totalisant 30 mètres d’envergure, le rend particulièrement visible. À ce jour, SpaceX ne communique que des images de ses satellites en phase de déploiement, jamais en configuration opérationnelle complète.
L’orbite basse, un espace de plus en plus encombré
Cette image insolite n’est pas un simple hasard. Elle s’inscrit dans un contexte de saturation progressive de l’orbite basse terrestre. Avec plus de 10 000 satellites actifs en orbite, dont une majorité de Starlink, les risques de collisions ou d’interférences optiques augmentent. Les satellites d’imagerie comme Pléiades, qui évoluent entre 600 et 800 km d’altitude, voient ainsi leur travail perturbé par le passage de ces objets en mouvement rapide.
Le phénomène n’est pas sans conséquence. La lumière réfléchie par les satellites Starlink, notamment lors de leurs phases de rotation, génère une pollution lumineuse qui altère déjà les observations des télescopes terrestres. Selon Futura Sciences, le télescope spatial Hubble est lui aussi affecté. Et le problème devrait s’aggraver avec le déploiement de nouvelles mégaconstellations, comme celles prévues par Amazon ou d’autres acteurs du secteur spatial.
Un enjeu technique et stratégique
Cette capture fortuite soulève plusieurs questions. D’abord, elle offre aux scientifiques une image rare d’un satellite Starlink en configuration opérationnelle, une donnée utile pour étudier la signature optique de ces engins. Ensuite, elle rappelle l’importance de la gestion du trafic spatial. Avec des milliers de satellites en orbite, les risques de collisions, bien que rares, ne sont plus marginaux. Enfin, elle interroge sur la transparence des acteurs du New Space. SpaceX, en particulier, communique peu sur la localisation précise de ses satellites une fois déployés, ce qui complique la prévision des trajectoires et la coordination internationale.
« Ce genre de pollution des images satellites par Starlink devrait donc s’amplifier. La lumière réfléchie par Starlink pollue déjà les images prises par les observatoires et même celles du télescope spatial Hubble. Le problème va également s’amplifier avec l’arrivée des autres mégaconstellations satellites. »
Cette image insolite rappelle que l’espace, bien que vaste, n’est pas infini. Entre enjeux technologiques, économiques et stratégiques, la gestion des orbites basses pourrait rapidement devenir un sujet de tensions internationales. Pour l’instant, les satellites continuent de se croiser, parfois à la faveur d’un cliché rare.
Les satellites Starlink, en raison de leur grand nombre et de leur surface réfléchissante, réfléchissent la lumière du soleil vers les télescopes terrestres et spatiaux. Leur passage dans le champ de vision des instruments d’observation crée des traînées lumineuses qui altèrent la qualité des images. Ce phénomène est particulièrement marqué pour les télescopes au sol, mais affecte aussi des instruments en orbite comme Hubble.